James Buchanan : la pensée libérale en deuil PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Mercredi, 16 Janvier 2013 00:00

Nobel d’économie en 1986, il avait analysé avec lucidité la classe politique

Un grand économiste nous a quittés cette semaine. Un grand ami aussi, puisque j’ai eu l’occasion de côtoyer « Jim » pendant trente ans au sein de la Société du Mont Pèlerin, qu’il a présidée de 1984 à 1986. La timidité de Jim lui valait sa discrétion et son apparente raideur. Mais il se déridait volontiers dans la chaleur des échanges intellectuels, et il était d’une extrême amabilité. En 1990, il s’est réjoui de la décision d’organiser la réunion mondiale de la Société à Cannes, il aimait beaucoup la France.

L’apport scientifique de James Buchanan a été considérable. Il a été, avec son compère et ami Gordon Tullock, le grand théoricien du « public choice », qu’il ne faut pas traduire par « choix publics », mais par « analyse des décisions publiques ».

Comment se décident les hommes de la classe politique ? Ils sont des hommes comme les autres, et non pas des idoles, des prophètes ou des génies. Leur objectif premier est de prendre ou de conserver le pouvoir. Dans les pays démocratiques, une stratégie électorale doit donc être mise en place. Comment obtenir une majorité ? La recherche d’un « consensus » conduit à des compromis, voire des compromissions.

Buchanan a démasqué l’escroquerie de « l’intérêt général » qui serait sensé sortir des urnes. Il a dénoncé le « miracle de l’isoloir » : comment des citoyens égoïstes et animés de leurs vils intérêts personnels se dépouilleraient-ils de leurs vices pour dire l’intérêt général lorsqu’ils passent dans l’isoloir pour voter ?

Buchanan démontrait donc que l’Etat et les décisions des hommes d’Etat ne résultent que d’intérêts privés, soigneusement présentés aux électeurs sous forme d’intérêt général. L’Etat est sensé protéger les libertés. En fait, au prétexte de les garantir, il les dévore, comme le monstre Léviathan évoqué par Hobbes au XVIIème siècle. Quand le mur de Berlin est tombé, Buchanan a immédiatement réagi : « le communisme est mort, mais le Léviathan est toujours vivant ». Il avait raison : l’étatisation n’a cessé de progresser depuis trente ans.

Peut-on, nous Français, nous souvenir que nous avons eu aussi un grand théoricien des « public choice » ? Il s’appelait Frédéric Bastiat : « L’Etat est cette grande fiction sociale à travers laquelle chacun essaye de vivre aux dépens de tous les autres ».

 
More Articles :

» IL FAUT SAUVER LA SECU !

Revoilà le déficit de la Sécu. La Commission des Comptes de la Sécurité Sociale annonce, le 5 juin, un déficit plus important que prévu. Trois jours plus tôt la Commission de Bruxelles laissait la France sous procédure de déficit...

» Matteo Renzi, le Tony Blair italien ?

Président d’un parti de gauche, il veut engager des réformes libérales

» La « ligne sociale libérale » de François Hollande

Le « pacte de responsabilité » : un revirement dans la politique présidentielle ?

» Platitudes

La mode est à la platitude : le système fiscal doit être remis à plat, tout comme les retraites des fonctionnaires, ou encore la malheureuse écotaxe. C’est évidemment le propre d’un gouvernement lui-même à plat, écrasé par une...

» Hollande va gagner le match retour

Récupération « adroite » de la victoire des footballeurs français

Commandez

Catalogue de la SEFEL l www.libres.org

 

Pas de sérieuse diminution des dépenses publiques sans réduction du périmètre de l’Etat. Des privatisations généralisées ne nuisent pas à la santé, ni à l’éducation, ni aux communications, ni aux retraites de la population : c’est tout le contraire, comme le prouvent les réformes pratiquées en Allemagne, en Grande Bretagne, en Scandinavie, en Europe Centrale ou au Canada, il est facile, confortable et économique de se passer de l’Etat dans beaucoup de domaines.

36 pages, 5€

Bulletin de commande

Catalogue de la Sefel

Revue des Livres

Jacques Garello

Comment sauver vos retraites

L’ouvrage est sorti des presses jeudi 28 novembr...

Olivier Marteau

L’étrange défaite de la France dans la mondial...

Evidemment, cette défaite est masquée par les qu...

Portait

Un nouveau monde de science et d’industrie

Saint Simon « le dernier des gentilshommes et le premier des socialistes » (se définissait-il modestement) partage l’idée d’Auguste Comte : avec le XIXème siècle le monde est entré dans une ère scientifique. L’organisation sociale est encore décalée : elle a été mise en place dans l’ère militaire, puis dans l’ère législative. Il faut donc bâtir un nouveau monde, inventer de nouvelles relations humaines. Il faut une organisation scientifique de la société.

En économie, la place doit être faite à la science aussi : elle s’exprime à travers l’industrie. Les industriels, les ingénieurs, les savants, les créateurs, y compris les créateurs artistiques : voilà ceux qui doivent être au cœur d’une société actuellement occupée par les politiciens, les juristes, les corporations. C’est la nouvelle élite qui doit régner sur la société. Rien d’étonnant à ce que Saint Simon ait été si populaire dans les grandes écoles ; il s’était d’ailleurs installé en face de l’Ecole Polytechnique et Monge était son ami.

Lire la suite...