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Dévaluations : externes ou internes ? PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 21 Février 2017 00:00

Les dévaluations reviennent en force dans le débat économique. Au niveau théorique, tout a été dit par Pascal Salin dans son récent ouvrage « Les systèmes monétaires ». L’actualité a provoqué de nouvelles interrogations : avec le Brexit, les variations du couple dollar/euro et la renaissance de l’inflation, et les projets de sortie de l’euro. Parmi ces interrogations : doit-on préférer la dévaluation interne à la classique dévaluation externe ? En fait, on en revient toujours à la même conclusion : la dévaluation est un leurre, seule compte la compétitivité réelle.

 

L’euro bloque les dévaluations classiques

Au sens strict du terme une dévaluation est une baisse soudaine et délibérée d’une parité officielle, elle n’existe que dans un système de parités fixes. Depuis 1978 ce système a pratiquement disparu et les taux de change entre monnaies varient suivant les fluctuations du marché : la dévaluation s’entend alors d’une dépréciation : le prix pour se procurer une devise est à la baisse, et payer dans cette devise est plus avantageux. Cette conjoncture a été observée dans le taux de change dollar/euro. Le dollar s’est longtemps déprécié par rapport à l’euro (entre 30 et 40 % en moyenne entre 2001 et 2010) aujourd’hui les deux monnaies sont à peu près à égalité. Le taux a été inversé par des facteurs réels (indépendance énergétique des USA) et artificiels (politique d’affaiblissement de l’euro par Mario Draghi). La création de la zone euro a eu pour conséquence la disparition des monnaies nationales, de sorte que la dévaluation ne peut exister qu’au niveau de l’euro lui-même. Un pays qui veut dévaluer doit sortir de l’euro, c’est ce que propose Marine Le Pen. Les Anglais ne se sont pas posé de question puisqu’ils n’ont pas accepté l’euro, de sorte que la Livre sterling peut être librement dépréciée, par exemple de 20 % par la Banque d’Angleterre en 2008.

 

La dévaluation interne

Si on ne veut pas sortir de la zone euro, il y a une autre façon de redonner vigueur à la production nationale, c’est de diminuer le pouvoir d’achat des nationaux grâce aux leviers de la fiscalité et de la politique sociale. C’est ce qu’on appelle la « dévaluation interne », appellation qui n’a d’autre sens que de dire que la dévaluation, par nature externe, n’est pas possible. Si les salaires baissent, dit-on, les entreprises voient leurs coûts diminuer, et elles retrouvent de la compétitivité par rapport à leurs concurrents étrangers. Mais en fait les salaires peuvent difficilement baisser en termes nominaux. On peut soit les bloquer (ne pas modifier le SMIC par exemple), soit les dévaloriser grâce à l’inflation nationale (les prix français augmentant plus vite que ceux des concurrents, notamment à travers les surcoûts des importations). Il y alors baisse des salaires réels. Mais une autre technique complémentaire est plus simple : diminuer non pas le salaire réel, mais les charges sociales et fiscales qui l’accompagnent et gonfler le coût du travail, c’est ce qu’envisage le programme Fillon. Cependant cette baisse qui pénalise les administrations (Etat et Sécurité Sociale) doit être compensée : il ne reste qu’à trouver des ressources de substitution, par exemple l’accroissement de quelques points de TVA. Ainsi naît la TVA sociale, forme subtile de patriotisme économique payée par les consommateurs.

 

Vanité des artifices monétaires

Que la dévaluation soit interne ou externe, elle n’est qu’un coup de pouce sans lendemain. D’une part, toute mesure protectionniste entraîne des mesures de rétorsion (et peut faire l’objet de pénalités par les autorités de l’Union Européenne en la circonstance). D’autre part, cette mesure conjoncturelle ne réussit pas à masquer durablement les vices de la production nationale. Si des entreprises nationales manquent de compétitivité c’est que quelque chose ne va pas : salaires supérieurs à la productivité à cause des pressions syndicales et politiques, rigidité du marché du travail, faiblesse de l’épargne investie dans le secteur marchand. La dévaluation n’a de raison d’être que si elle s’accompagne très vite des réformes structurelles de nature à éliminer ces blocages et ces erreurs. La réforme majeure consiste sans doute à réduire les dépenses publiques, donc le périmètre des administrations, de leurs coûts et de leur bureaucratie. La dévaluation en soi a les mêmes méfaits que ceux de l’inflation : entretenir les illusions, fausser les prix et les revenus, gaspiller l’épargne et finalement créer le chômage.

 

 
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Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1351 du 7 février 2018

Editorial : En marche sans bouger
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