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« Il ne se dit pas en un siècle une formule aussi éblouissante. Je la tiens pour un trésor plus grand que toute la fortune des Rothschild ».

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Pourquoi les Français n’aiment pas les réformes PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Mardi, 12 Septembre 2017 00:00
Réformes l www.libres.org

Jupiter est par nature olympien. Il devait donc s’adresser aux humains du haut du Parthénon. L’héroïsme politique s’exprime plus facilement à Athènes, aujourd’hui ville de Tsipras, symbole de la démocratie européenne.

 

 

 

Il faut dire que les humains, en particulier les Européens, et spécialement les Français, commencent à irriter Emmanuel Macron. Le peuple de France avait déjà été averti fin août : « La France n’est pas un pays qui se réforme ». Le Président annonçait la couleur : sa mission s’annonçait impossible. Mais il l’acceptait, car il avait une recette : l’héroïsme politique qui permet d’« atteindre ce qui est décrit comme impossible ». Vendredi dernier à Athènes, mécontent des réactions négatives de ses sujets à propos de la CSG, de l’APL et de la loi travail, il confirme sa détermination : « Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes ».

En effet, il faut un certain courage pour dénoncer les adversaires structurels de toute réforme. Mais je pense que le Président a enfoncé une porte ouverte, dans laquelle se sont engouffrés les Présidents et Premiers Ministres successifs : conscients de l’immensité de la tâche, ils se sont résignés à ne rien changer au système politique et social – dont la survie en fait finalement « le meilleur du monde ».

Mais le courage ne signifie pas la lucidité. Emmanuel Macron, comme tant d’autres, ne comprend pas pourquoi les réformes ne se font pas en France, alors qu’elles sont possibles et bénéfiques ailleurs. Il ne comprend pas le drame de l’histoire de France, qui n’a été qu’emprise croissante de la politique sur la vie du peuple. De la sorte, le pouvoir politique devenu absolu a pris en charge les réformes attendues par un peuple asservi. La royauté française a inventé la souveraineté. La Révolution a renforcé le jacobinisme. La Libération a créé le « modèle social ».

Lorsque les Cahiers de Doléance préparent les Etats Généraux de 1789, la principale aspiration des Français est la diminution des impôts, et les idées de la liberté hantent les esprits. La Révolution et l’Empire se terminent en dictature, et la charge de l’Etat sera sans cesse plus lourde. Lorsque dans les années 1860 l’Empire jusque là « autoritaire » se veut « libéral », c’est pour mettre en place les principes et les hommes de Saint Simon : les grands esprits vont durablement contrôler le pays, l’énarchie est déjà là. Lorsque le Conseil National de la Résistance choisit la planification, les nationalisations, la Sécurité Sociale, il instaure l’Etat Providence, à un souffle de l’Etat totalitaire prôné par l’Internationale. Et c’est bien l’Etat Providence qui crée ceux que Macron appelle maladroitement « les fainéants, les cyniques et les extrêmes ». Maladresse puisque fainéantise, cynisme et extrémisme ne sont que sous-produits des interdits et des privilèges mis en place par l’Etat Providence. Toute  réforme bloquée par l’Etat Providence.

Fainéantise ? L’Etat Providence est en effet source de revenus sans effort, et de spoliation de ceux qui travaillent, épargnent et entreprennent. La redistribution égalitariste modifie le choix entre activité et loisir.

Cynisme ? L’Etat Providence est aussi source de corruption, de clientélisme et de privilèges. Chacun cherche à se débrouiller, à resquiller, à jouer du piston, et tous les moyens sont bons : corporatisme et syndicalisme, fonction publique, connivence entre milieux d’affaires et classe politique.

Extrémisme ? L’Etat Providence déçoit et révolte. Il déçoit parce qu’à la longue il n’a plus les moyens de tenir les promesses attendues par les fainéants et les cyniques. Il révolte les déçus, mais aussi les spoliés. La redistribution détruit la croissance, elle dresse nécessairement les uns contre les autres. La réaction est d’accuser ceux qui « en prennent trop » : la lutte devient celle des classes, des races, des communautés, des sectes. La révolution gronde, elle tiendra lieu de réforme.

Dans ces conditions, toute réforme menace les efforts déployés par ceux qui ont réussi dans le captage de la rente. La réforme menace les rentes. Et le nombre des capteurs s’accroît avec la Providence de l’Etat. Un Français sur deux vit de la chose publique : salariés de l’Etat, des entreprises publiques, fournisseurs de l’Etat, subventionnés par l’Etat, protégés de la concurrence par l’Etat. Pourtant la seule réforme susceptible de réduire les prélèvements, le chômage, de sauver les retraites et la santé est en France, comme ailleurs, de réduire le périmètre de l’Etat. Comment les Français pourraient-ils aimer les réformes ?

Leurs résistances et leurs doutes  sont aggravés par le fait que de façon constante les gouvernants successifs ont présenté comme « réformes » des aménagements et des bricolages qui ne changeaient rien au système : réforme de l’emploi, réforme des retraites, réforme de l’école, réforme du territoire.

C’est donc à la base qu’il faut reprendre le concept et la méthode de réforme. Ordre créé et ordre spontané (Hayek) : la réforme ne peut être créée par le pouvoir politique, elle n’est significative et durable que lorsqu’elle procède de l’expérience sociale, dans sa diversité, ses essais et ses erreurs.

Encore faut-il que les citoyens soient libres et responsables. La réforme exige un préalable : la libération.

En conclusion, vous vous direz sans doute que j’ai enfoncé une porte ouverte, vous saviez tout cela sur la réforme et les Français. Mais j’ai surtout voulu souligner qu’une porte reste fermée dans notre pays : celle de la liberté. Nous sommes esclaves de la politique qui ne réforme que pour sa pleine souveraineté.

 
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Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

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