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SCHUMPETER (1883-1950) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Vendredi, 13 Mai 2011 01:00

Innovation et destruction créatrice

C’est certainement au titre de sa théorie de l’innovation et de la destruction créatrice que Schumpeter est le plus connu. Il a le mérite de replacer au cœur de l’économie le personnage de l’entrepreneur, totalement oublié depuis Jean Baptiste Say.

 

L’entrepreneur est un innovateur : il trouve de nouveaux produits (nova) ou de nouvelles méthodes de production (novae). L’innovation est créatrice : elle améliore les performances de la firme, mais fait un meilleur usage des ressources productives (travail et capital) au niveau global, et par là même stimule la croissance. Mais cette redistribution des activités signe aussi le déclin de certains secteurs et la disparition d’entreprises et d’emplois : l’innovation est destructrice. Loin de justifier le statu quo ou le protectionnisme Schumpeter a voulu simplement souligner que la vie économique est faite d’adaptations permanentes. La fluidité des marchés du travail et du capital est une condition nécessaire et suffisante pour une croissance socialement harmonisée.

L’entrepreneur superman

Plus contestable est l’image que Schumpeter donne du personnage de l’entrepreneur. En innovant, dit-il, l’entrepreneur prend des risques que n’oserait affronter un individu ordinaire. Il faut des vertus particulières pour entreprendre (c’était déjà l’opinion de Say). Le profit serait la rémunération du risque pris (Frank Knight développera ce thème).

Mais l’aversion pour le risque augmente avec le niveau de revenu : dans les pays riches on ne veut pas abandonner la proie pour l’ombre. Le capitalisme serait ainsi victime de son propre succès : il y aurait de moins en moins de candidats à l’entreprise. On en arrive même au « crépuscule de la fonction d’entrepreneur » : le personnage central et naguère moteur de l’économie capitaliste est en voie de disparition, et avec lui le système lui-même.

L’entreprise manageriale

L’erreur de Schumpeter a consisté à croire que l’entreprise capitaliste est condamnée à se concentrer. Cette idée est très répandue dans les années 1930, secouées par la Grande Dépression (en laquelle certains – socialistes en tête - voient une crise du système). De nombreux économistes s’occupent des monopoles, des « grands trusts », de la « concurrence monopolistique », etc. Burnham écrit « l’ère des organisateurs ». En arrière plan le marxisme, inspiré par Ricardo, prédit la concentration des fortunes et la « baisse tendancielle des profits » éliminant toutes les petites entreprises et les classes intermédiaires (paysans, artisans). Schumpeter, tout en affirmant son attachement au capitalisme, redoute sa fin prochaine. Il compare l’évolution des entreprises à celle des armées. Aujourd’hui la guerre n’est plus l’affaire d’officiers menant l’assaut à la tête de leurs troupes, mais des états-majors bardés de compétences, qui ont horreur du risque. De même l’entreprise n’est plus dirigée par des « capitaines d’industrie » prenant tous les risques de l’innovation : elle est passée sous la coupe des dirigeants, et ces managers ne sont pas là pour se lancer dans l’aventure. Les actionnaires ont abandonné le pouvoir entre les mains des grands patrons (Berle et Means).

Capitalisme, socialisme et démocratie

C’est le titre de l’ouvrage majeur de Schumpeter, écrit en 1938. Bien que partisan du capitalisme, Schumpeter se résigne à sa disparition : l’entreprise manageriale est la première étape vers une socialisation du risque. Cette prédiction sera reprise et systématisée par Galbraith, annonçant et souhaitant la fusion des systèmes capitaliste et socialiste dans le « nouvel état industriel ». En fait, l’entreprise capitaliste a survécu, la croissance économique a été de plus en plus animée par les petites entreprises, même si la presse n’a de regards que pour les sociétés du CAC 40. Aux Etats-Unis 25 millions d’emplois ont été créés en dix ans par 9 millions d’entreprises et quelques très grandes compagnies ont disparu, notamment avec la « destruction » des emplois industriels et la « création » des activités de service. La mission de l’entrepreneur, qui justifie le profit, n’est pas la prise de risque, mais au contraire la connaissance du marché et l’anticipation dans l’information : business man à la Kirzner contre superman à la Schumpeter.

 

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