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La France pour la vie
Jusqu’à la page 215 (sur 260), je me suis demandé quel genre de livre je parcourais. Un roman intimiste qui dépeignait avec quelque talent littéraire les états d’âme d'un président, que l’on n’avait pas compris. Le prologue était pourtant attrayant.
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Couverture du livre La France pour la vie
Catégorie: Année 2016
Editeur: Plon
Année: 2016
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Commentaire
Ecrit par Administrator

Jusqu’à la page 215 (sur 260), je me suis demandé quel genre de livre je parcourais. Un roman intimiste qui dépeignait avec quelque talent littéraire les états d’âme de ce pauvre président, que l’on n’avait pas compris, qui avait commis quelques rares erreurs avouées avec sincérité. Le prologue était pourtant attrayant : en employant le « nous », Sarkozy mettait le lecteur dans son jeu. Dans les mois prochains et avant l’été, nous allons faire quelque chose ensemble : définir les contours précis d’un nouvel ordre républicain. Mais ce grand projet national disparaît, dès le premier chapitre et c’est le « je » qui va désormais nous guider : le président ouvre son esprit et son cœur. De longues pages émouvantes sur ses problèmes familiaux, sur ses sentiments dans la tourmente, le regret sincère de s’être égaré (l’apostrophe ordurière au salon de l’agriculture, le yacht de Bolloré, le Fouquet’s). Un aveu encore plus sincère : j’aime la politique « quand je fais de la politique j’ai le sentiment de vivre pleinement ». Confidence : « je tenais beaucoup à faire partager aux Français mon émotion et la confiance indestructible que j’éprouverai toujours pour notre pays » . Le partage s’étale sur plusieurs chapitres : Sarkozy écrit ses mémoires, faisant admirer son bilan, dénonçant les vilénies et injustices qu’il a vécues, réglant au passage ses comptes avec les magistrats et les journalistes, écorchant au passage François Hollande, décrochant quelques flèches contre les « amis » qui l’ont trahi, comme Patrick Buisson et Jean–Pierre Jouyet, et contre ses partenaires politiques décevants : comme  Chirac, et  Fillon. Visiblement Nicolas Sarkozy a écrit ce livre pour lui, plus que pour ses électeurs potentiels : « J’ai voulu faire cet effort d’aller chercher, au fond de moi, ma vérité ».

Evidemment, la politique qu’il a menée durant son quinquennat était la meilleur possible : la gestion de la crise a été réussie, les réformes décisives ont été réalisées : âge de la retraite, régimes spéciaux de retraites, RSA, TVA sociale, autonomie des universités, fusion de l’ANPE et de l’Unedic. Mais ces réformes ne méritent pas plus de quelques lignes et sont obérées par deux erreurs majeures : 35 heures et ISF. Elles lui ont coûté cher, il l’avoue.

Si vous arrivez sans vous perdre dans le dédale des autosatisfactions jusqu’à la page 215, vous verrez l’esquisse d’un programme. Mais il ne sera jamais doctrinal car, dit Sarkozy, un gouvernement ne peut pas être monocolore, on ne doit pas diriger un pays entre amis (comme Juppé en 1995). Les mesures envisagées portent sur le code du travail et naturellement la durée légale du travail, l’école qui doit inciter les enseignants à être plus près des élèves,  les retraites qui ne pourront subsister qu’en reculant l’âge de la retraite, les collectivités locales qui dépensent trop. La réduction des dépenses de l’Etat doit se faire au rythme de 100 milliards par an et par la réduction du nombre de fonctionnaires (1 sur 2 à ne pas remplacer).  Tout cela est expédié en quelque quinze pages, mais il est vrai que les Républicains vont se mettre au travail d’ici l’été.  Sans doute pour obliger les candidats à la primaire à souscrire à un  programme bien ficelé par le parti. Mais attention : les réformes peuvent déplaire aux corps intermédiaires et aux syndicats, et il faut « connaître et « sentir » le pays et ses concitoyens, imaginer et projeter la capacité de ces derniers à accepter une mesure difficile […] La politique est l’art du possible ». Moi je m’en tiens à une autre définition : « La politique est l’art de rendre possible ce qui est souhaitable ».

Bref nous attendons  un nouvel ouvrage de notre président écrivain qui nous en dise plus sur le but et la façon de réformer. Si vous êtes en attente d’un projet de société, vous pouvez donc vous dispenser de cette première lecture. Mais si vous aimez Madame Bovary, ce roman autobiographique peut vous distraire.

Date d'insertion: Mardi, 02 Février 2016 18:53

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Au sommaire du n°1333 du 12 septembre 2017


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