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La route de la Kolyma
L’historien Nicolas Werth est allé au pays du Goulag. Son récit bouleversant est un retour vers la plus impressionnante entreprise de destruction de l’homme : plus de 20 millions de personnes (1 adulte sur 6) sont passées par le goulag de la Kolyma.
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Couverture du livre La route de la Kolyma
Catégorie: Année 2013
Auteur: Nicolas Werth
Editeur: Berlin
Année: 2012
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Commentaire
Ecrit par Bogdan Calinescu

C’est une région deux fois plus grande que la France (environ 1 million de km2) située à plus de 9 heures de vol de Moscou. Aujourd’hui c’est une région sinistrée avec des immeubles délabrés et des villages désertés. Pourtant, c’est là que des millions de victimes du communisme ont été déportées. Nicolas Werth, co-auteur du Livre noir du communisme, est allé sur place, rencontrer les derniers survivants de cette période, visiter les restes des camps, les quelques musées qui se proposent de montrer les horreurs des camps. A l’époque (surtout durant les années de la Grande Terreur, 1937-1938), les victimes des purges mettaient plus de deux mois, entassées dans des wagons à bestiaux, avant d’arriver dans cette région. Les prisonniers avaient été arrêtés et condamnés à au moins 10 ans de goulag pour des raisons totalement imaginaire, la plus fréquente était celle d’être un «ennemi du peuple ».

C’est là, à Kolyma, à 8 000 km de Moscou, qu’on découvre l’étendue des camps et les fosses communes situées dans la Serpantinka, le plus important lieu d’exécutions de masse. Des centaines de milliers de cadavres sont enfouies sur place…  Plus de 20 millions de personnes ont été enfermées au Goulag de la Kolyma (un adulte sur 6) et 2 millions ont péri. Le territoire est immense mais plusieurs endroits sont encore plus poignants que d’autres. Comme Boutovo où se trouve l’un des grands charniers de la Grande Terreur : près de 21 000 condamnés à mort ont été exécutés par le NKVD ici entre le 8 août 1937 et le 19 octobre 1938 dans le plus grand secret. Magadan est la plus importante ville de la région. D’un côté, il y a la ville « haute » où vivaient les « libres » (moins de 10 % de la population) et, de l’autre, la ville « basse » avec les détenus (les 90 % restants de la population).

A partir de la fin des années 1950, la ville a commencé à être démantelée mais il reste encore quelques survivants de l’époque du Goulag. Certains, après des années de goulag se retrouvaient sans famille et ne pouvaient aller nulle part. Comme Miron (83 ans) qui se pose des questions sur l’efficacité de la recherche historique : « Vous cherchez les dernières traces avant qu’elles ne s’effacent. Des traces ? Je ne comprends pas. Ce n’est pas le mot qui convient. Le Goulag, il est dans nos gênes. Il fait partie de notre patrimoine génétique. Cette réalité du Goulag m’a collé à la peau dès ma prime enfance lorsque mes camarades de classe disparaissaient les une après les autres. Leurs parents étaient envoyés au Goulag et eux dans des orphelinats. »

On découvre aussi Eduard Berzine, le fondateur et le « Directeur » du Goulag qui finira, comme d’autres dirigeants lors des grandes purges, par être fusillé. Ancien élève de l’Académie des Beaux-Arts, Berzine était fier de son camp de concentration. Il ne faut pas oublier que, en plus d’être un lieu d’extermination, le Goulag était un camp d’esclavage. Les détenus étaient non seulement enfermés mais obligés de travailler dans les mines, sur les champs ou à la construction des routes en échange d’une bouchée de pain et d’une soupe claire par jour. Des dizaines de milliers sont morts de faim et de froid.

 

Nicolas Werth révèle une « civilisation goulaguienne ». C’est un mode vie, un système de production qui a tué et façonné toute une génération.

Date d'insertion: Vendredi, 15 Février 2013 12:53

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