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A l’occasion du bicentenaire d’Alexis de Tocqueville et de la 28ème Université d’Eté de la Nouvelle Economie (2005), l’ALEPS plaide pour le retour de la société civile :
« Beaucoup de nos contemporains ne font plus confiance à la société politique pour surmonter la crise économique, sociale et morale qui frappe le pays. Alors, ne serait-il pas temps de se tourner vers la société civile ? Mais où est-elle ? Que fait-elle ? Que pourrait-elle faire ? » Et aujourd’hui ?
 

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D’où viennent les néo-conservateurs ?
Le philosophe Fukuyama serait devenu fréquentable ? Fukuyama serait devenu un défenseur de l’Etat en général et un grand critique des néo-conservateurs et du président Bush. Ce constat est pourtant assez éloigné des écrits du philosophe.
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Couverture du livre D’où viennent les néo-conservateurs ?
Catégorie: Année 2007
Editeur: Grasset
Année: 2007
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Commentaire
Ecrit par Bogdan Calinescu

On l’avait déjà constaté avec La Fin de l’Histoire lorsque son ouvrage a été mal lu et déformé. Ensuite, il a été une nouvelle fois « corrigé » lors de la parution du State building. Gouvernance et ordre du monde au XXIe siècle (La Table Ronde, 2005) (voir notre chronique sur le site).

Enfin, troisième « malentendu », son dernier livre, D’où viennent les conservateurs ?, considéré comme une attaque acerbe contre les « idéologues de Bush » (voir Le Monde du 14 janvier dernier). Il n’en est rien. L’auteur est bien critique sur la stratégie post-guerre en Irak de l’administration Bush mais son livre est en fait une mise au point à propos de ce courant de pensée. C’est une approche historique, claire, concise, qui démolit plein de clichés et d’idées reçues.

« Une bonne partie de cette littérature (concernant ce mouvement) est fondée sur des faits erronés et animée d’intentions polémiques ; elle constitue une déformation délibérée des actes et des propos de l’administration Bush et de ses partisans », précise Fukuyama dans sa courte introduction. Et l’auteur d’approfondir son analyse ? Tout d’abord, le courant néo-conservateur n’est pas monolithique, ses origines sont ancrées dans les traditions intellectuelles américaines. Certains de ses théoriciens, comme par exemple, Irving Kristol, Daniel Bell, Irving Howe, Seymour Martin Lipset, Philip Selznic, Nathan Glazer et Daniel Patrick Mynihan ont fait partie d’un groupe d’intellectuel regroupé autour du City College of New-York (CCNY). La principale idée qui coagulait ce groupe était l’anticommunisme. Et pour cause. Certains, comme Kristol, avaient été trotskystes et leur anticommunisme se complétait par une méfiance accrue envers les « libéraux » (au sens américain) coupables de connivence avec les idées communistes.

Un deuxième courant de pensée néo-conservateur s’organise autour de la revue The Public Interest fondée en 1965 par Irving Kristol et Daniel Bell. Celui-ci se concentre sur les batailles à mener à l’intérieur des Etats-Unis contre la Gauche démocrate et les idéologies gauchisantes à la mode pendant les années 1960. D’excellents travaux sont publiés par l’équipe de cette revue sur : les effets pervers des aides sociales, les causes de la pauvreté et de l’insécurité, la façon dont il faut traiter les libertés des minorités, etc. Afin d’élargir les champs d’analyse, Kristol crée une deuxième revue consacrée à la politique étrangère, The National Interest. Là-aussi, Fukuyama remet les choses à leur juste place. Contrairement à ce que disent nos fins observateurs, l’administration Bush n’a jamais été influencée par une quelconque théorie « straussienne » pour déclencher la guerre en Irak. Pour la simple raison qu’aucun membre de l’équipe Bush ne connaissait le philosophe Léo Strauss et aussi parce que celui-ci n’a pratiquement rien dit sur la politique étrangère. Comme le montre très bien Fukuyama, ses théories sur le « régime » étaient même aux antipodes des initiatives américaines de l’après-guerre. Le philosophe allemand ne considérait pas les régimes comme de simples instituions et structures mais comme étant directement déterminés et façonnés par les sociétés.

En réalité, c’est le logicien des mathématiques et collaborateur de la Rand Corporation, Albert Wohlstetter, l’éminence grise en politique étrangère américaine. Méfiant à l’égard de la « realpolitik » de Kissinger, adversaire de la théorie du « bouclier nucléaire », adepte des « frappes chirurgicales », Wohlstetter fut, avec Richard Perle et Robert Kagan, l’inspirateur de la doctrine wilsonienne de l’intervention préventive sans la collaboration des institutions internationales.

Les néo-conservateurs auront aussi des parcours différents. Kristol sera reaganien, Bell et Glazer deviendront plutôt centristes tandis que Daniel Patrick Moynihan sera démocrate et deviendra sénateur de New York. S’il existe une convergence de vues néo-conservatrice autour de l’anticommunisme et de l’antisoviétisme, l’unité théorique s’effondre après la chute du mur de Berlin. Kristol prône le désengagement américain en Europe, Owen Harries, rédacteur en chef du National Interest soutient que les Etats-Unis devraient bien réfléchir à leurs intérêts dans le monde avant d’intervenir. En réalité, c’est Robert Kagan et le fils d’Irving Kristol (William) qui délivre le message de l’interventionnisme reaganien au milieu des années 1990 et cela malgré l’effondrement de l’URSS. « Il s’agissait de résister et - où que possible – de saper l’essor des dictatures et des idéologies hostiles ; (…) de soutenir les intérêts américains et les principes démocratiques libéraux ; et (…) de prêter assistance à ceux qui luttaient contre les manifestations les plus extrêmes du mal humain ».

Et George W. Bush ? Est-il néo-conservateur ? Fukuyama n’hésite pas. C’est Reagan le vrai « neo-con », Bush ne l’est qu’en partie, surtout durant son second mandat. D’ailleurs, peu de gens se souviennent de son discours à la nation de janvier 2001 et de ses positions « isolationnistes ». « Bush a eu un excellent programme de promotion de la démocratie, continue l’auteur. Son effort a posteriori pour justifier une guerre préventive en termes idéalistes a conduit beaucoup de critiques à privilégier systématiquement le contraire de ce qu’il veut, sur quelque sujet que ce soit. »

Quel bilan ? Les néo-conservateurs ont eu largement raison de combattre le communisme et ils ont gagné. Leur scepticisme à l’égard de l’efficacité des institutions internationales est en très grande partie fondé, l’envie d’exporter la démocratie et le bien-être est totalement justifié du point de vue moral. N’assiste-t-on pas plutôt à une mauvaise (partielle) application de leurs concepts par les politiques et les administrations ?

Date d'insertion: Vendredi, 19 Janvier 2007 12:54

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