Commandez

Catalogue de la SEFEL l www.libres.org

Lettre hebdomadaire (40 numéros) qui est dans sa 31ème année : c’est le commentaire libéral de l’actualité économique, sociale et politique, en toute indépendance. C’est aussi une source d’information sur les idées de la liberté dans le monde entier. Editorial de Jacques Garello, chronique de conjoncture de Jean Yves Naudet, rubriques d’actualité, revue des livres, dossiers.

8 pages, Abonnement électronique (format pdf) 40 € (40 numéros par an)

Bulletin d'abonnement

Portait

L’économie est déséquilibre

Figure emblématique de l’école « autrichienne », ce professeur à l’Université de New York a développé l’idée de son maître Mises : l’économie est déséquilibre.

Lire la suite...
Alexandria Book Library

Retour à la racine > Année 2007

Continuer l’Histoire
Dans son dernier livre, l’ancien ministre Hubert Védrine continue à donner des leçons sur la marche du monde. Avec les mêmes soucis d’inefficacité et d’impuissance. 
PDF Imprimer
Couverture du livre Continuer l’Histoire
Catégorie: Année 2007
Editeur: Fayard
Année: 2007
Visites: 4796
Avis des utilisateurs:  / 0
MauvaisExcellent 
Commentaire
Ecrit par Bogdan Calinescu

Un parcours typique d’un énarque haut-fonctionnaire : Conseiller diplomatique de François Mitterrand, Védrine a été nommé maître de requêtes au Conseil d’Etat en 1986. Il continue à occuper un poste de secrétaire général de l’Elysée en détachement. Après la défaite de la gauche en 1995, il préfère intégrer le cabinet d’avocats Jeantet et Associés. En détachement à nouveau, il est ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Jospin de 1997 à 2002. En 2003, Védrine se met à nouveau en disponibilité et crée une société de conseils en stratégie politique : HV Conseil. Malgré des demandes répétées auprès de son Cabinet, nous n’avons reçu aucun rapport de leurs travaux. Il entre aussi au conseil d’administration de LVMH.

Son livre est construit autour de trois constats : la fin du communisme n’a pas signifié la « fin de l’Histoire », « l’hyperpuissance » américaine n’a pas réussi à instaurer un « nouvel ordre mondial » et, enfin, le choc des civilisations théorisé par Samuel Huntington serait une « menace bien réelle, notamment entre l’islam et l’Occident ».

Je ne reviens pas sur Fukuyama. Cette salade est ressortie à chaque fois surtout par ceux qui n’ont jamais lu ses livres. Fukuyama n’a jamais dit qu’il ne se passerait plus rien dans le monde après la chute du mur de Berlin mais qu’il ne restait qu’une seule « idéologie » viable : l’économie de marché.

Concernant l’ « hyperpuissance » américaine, voici ce qu’en pense Jean-François Revel : « Le mot superpuissance lui paraissant trop faible et trop banal, Hubert Védrine (…) y substitua en 1998 le néologisme d’ « hyperpuissance », plus fort et convenant mieux, selon lui, à l’hégémonie actuelle des Etats-Unis dans le monde. On ne voit pas très bien en quoi, puisque le préfixe grec « hyper » a exactement le même sens que le préfixe latin « super ». Il définit, selon M. Védrine, la position d’un pays qui est dominant ou prédominant dans toutes les catégories, y compris « les attitudes, les concepts, la langue, les modes de vie ». Le préfixe « hyper », commenta le ministre, est considéré par les médias américains comme agressif, mais n’a cependant rien de péjoratif. Simplement, « nous ne pouvons accepter un monde politiquement unipolaire et culturellement uniforme, pas plus que l’unilatéralisme d’une seule hyperpuissance ». Argumentation contradictoire, car si le mot hyperpuissance n’est pas péjoratif, pourquoi la réalité qu’il désigne est-elle inacceptable ? » (…) « Les Européens tout particulièrement devraient s’astreindre à s’interroger sur leurs propres responsabilités dans la genèse de cette prépondérance ». (Jean-François Revel dans L’obsession anti-américaine, Plon, 2002, pages 40-41).

Enfin, pour ce qui est du choc des civilisations, je préfère parler d’une guerre pour la civilisation car je n’ai pas aperçu des signes de civilisation chez ceux qui égorgent et qui se font exploser sur les marchés. De plus, il existe une guerre à l’intérieur de l’islam, entre les musulmans qui se massacrent entre eux. Les pires ennemis des musulmans sont les musulmans radicaux dont le but est d’anéantir toute forme de tolérance.

L’originalité et la profondeur des analyses de notre socialiste se reconnaissent aussi par leur caractère exclusivement anti-américains et pas seulement contre Bush car le terme d’« hyperpuissance » a été lancé en 1998 lorsque Védrine était encore ministre dans le gouvernement Jospin. Pratiquement toutes ses interventions médiatiques se font dans une perspective de dénonciation de cette fameuse « hyperpuissance » des Etats-Unis d’Amérique. Et cela quelle que soit la réalité. Or, ce terme trahit un aveu d’impuissance. Impuissance de la France et de l’Europe de jouer un rôle sur la scène internationale. On a eu un aperçu de sa doctrine le 21 avril 2006. Invité sur Europe 1 par Jean-Pierre Elkabbach, Védrine parle de l’Iran et du nucléaire comme d’un problème grave mais sans faire la moindre allusion à l’échec des négociations européennes avec le régime de Téhéran. Son grand problème existentiel est l’Amérique. Védrine prône un retour à la « politique de la détente ». Pour amadouer le dictateur de Pyongyang et le fou de Téhéran, l’ancien ministre brandit le spectre du dialogue comme au bon vieux temps du rideau de fer. Ah, la fameuse détente dont Kissinger fut le principal architecte dans les années 1970… D’accord pour le débat et le dialogue mais pourvu qu’il ait des résultats ! Or, à l’époque de la fameuse détente, c’est-à-dire depuis les Accords d’Helsinki de 1975, l’URSS reprend de plus belle son expansion en Afrique, en Amérique centrale, relance le terrorisme en Europe, déploie les fusées SS20 et envahit l’Afghanistan. Beaux exemples de réussite de la détente. En 1980, Soljenitsyne parlait de « l’effet Kissinger »[1] : « Tant qu’on occupe un poste important, on poursuit une politique faite de concessions et de capitulations que l’Occident aura à payer par de longues années d’efforts et par de nombreuses vies humaines. (…) Pendant de longues années, la politique d’apaisement a consisté à céder ses propres positions et à consolider celles de l’adversaire ». Si Reagan avait continué sur cette voie, l’URSS et le bloc de l’Est en seraient probablement encore là.

Les affirmations de M. Védrine sont non seulement basées sur des considérations idéologiques mais, en plus, elles sont fausses. Tout d’abord, les Américains ont proposé plusieurs fois des négociations directes avec Téhéran. C’est le pouvoir islamique qui a refusé le dialogue comme il a d’ailleurs méprisé les envoyés onusiens en continuant l’enrichissement de l’uranium. Les derniers rapports (dont un très complet rendu public le 28 avril 2006) de l’AEIA accusent sans hésitation l’Iran de ne pas respecter les résolutions de l’ONU et de mener la course pour se doter de l’arme nucléaire.

Ensuite, comment « renouer le dialogue »[2] avec un pays où, à l’instigation du pouvoir, l’on brûle le drapeau américain, l’on organise régulièrement des expos antisémites et où le dictateur agrémente pratiquement tous ses discours par des considérations détaillées sur la façon dont il rayera Israël de la carte ? Hubert Védrine a sûrement la réponse : il est clair que ces dérapages ne sont dus qu’à l’ « hyperpuissance américaine ». Ce qui est sûr c’est qu’il lui-même passé maître dans l’art de l’ « hyperidéologie ». Pour montrer qu’il est prêt pour le dialogue, l’Iran prennent en otage une quinzaine de soldats britanniques au mois de mars 2007. Prétextant qu’ils seraient entrés dans les eaux territoriales iraniennes, les soldats sont retenus plusieurs jours, exhibés devant les télés (une femme avec un tchador sur la tête) et obligé de « reconnaître leur faute ». Autrement dit, ils ont subi des pressions (tortures) psychologiques pour « avouer » ce qu’ils n’ont pas fait. Il n’y a pas eu beaucoup de protestations internationales (à part les Etats-Unis) et cela est étonnant car ces soldats faisaient des inspections dans le Golfe Persique sous mandat de l’ONU. Il est évident qu’après les humiliations subies, la Grande-Bretagne devrait se précipiter à la table des négociations et « discuter » avec le pouvoir de Téhéran.

En fait, Védrine n’arrive pas à s’habituer à l’idée que le "dialogue" décline partout et qu’il se révèle impuissant.

 ________________________________________
[1] Dans L’Erreur de l’Occident, 1980 (réédité en 2006 chez Grasset).

[2] Védrine avait déjà prêché pour le dialogue dans une longue interview accordée à la revue L’Express (31 août 2006).

Date d'insertion: Vendredi, 25 Mai 2007 21:19

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

Editorial : Victoire des Black Blocks
Actualité
:
Cinquante ans plus tard - Service national : pour quelle nation ? - Peut-on faire confiance aux iraniens ? 
Connaissance du libéralisme :
La concurrence sauvage
Lu pour vous :
Bertrand Lemennicier, La nation, fétiche politique introuvable


Acheter le numéro

Revue des Livres

Jacques De Guenin

Œuvres complètes de Bastiat

Le livre à lire cette semaine n’est pas celui d...

Pascal Salin

FREDERIC BASTIAT PERE DE LA SCIENCE ECONOMIQUE MOD...

Vous pourrez tomber à votre tour sous le charme d...