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Innovation et destruction créatrice

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A quoi jouent les candidats de la gauche ? PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 13 Décembre 2016 00:00

On a l’impression qu’ils sont suicidaires. Mais pas du tout !

 

Globalement ils donnent l’impression d’être tombés sur la tête. Mais ce n’est qu’une impression. L’explication de leur comportement est limpide : sachant qu’ils n’ont aucune chance d’être au deuxième tour, ils préparent l’avenir. L’avenir immédiat des législatives : sauver des sièges. L’avenir plus lointain : en 2020 les municipales, en 2022 les présidentielles.

Commençons par Jean Luc Mélanchon. Il a arraché le soutien des communistes, pourtant sourcilleux sur le chapitre de leur indépendance. Cela s’est fait sur la promesse d’alliance dans les rares circonscriptions où l’extrême gauche a encore quelque chance de figurer, et de négocier avec d’autres candidats socialistes ou verts. En aucun cas ils ne se rangeront derrière le vainqueur des primaires de la gauche. Soutiendraient-ils Marine Le Pen au deuxième tour ?
Eux sûrement pas, leurs électeurs peut-être.

La candidature de Valls est a priori la plus orthodoxe pour le Parti Socialiste. Moins radical que Hamon, moins « libéral » que Montebourg, il incarne la ligne de centre gauche sur laquelle Hollande était calé. Mais il est le plus populaire en vue d’un « rassemblement » qui échouera. Son programme est pour l’instant sans grande originalité ; si ce n’est le retour à l’exemption fiscale des heures supplémentaires et le revenu minimum de 800 euros pour tout Français (sous condition de ressources) – une charge de quelque 40 milliards d’euros. Mais l’important n’est-il pas de distribuer du pouvoir d’achat ?

Alors pourquoi cette profusion de candidatures aux primaires de la gauche, et surtout celle de Vincent Peillon ? Le « philosophe » a été propulsé dans la mêlée par deux fédérations importantes : celles de Paris et de Marseille. A Paris, Anne Hidalgo est allergique à Valls ; à Marseille, Mennucci veut retrouver une position nationale après avoir été défait aux municipales. Martine Aubry tire les ficelles des uns et des autres, tandis que Ségolène Royal fait les yeux doux à Macron.

Et Macron ? Il se défend d’être de gauche, mais aussi d’être socialiste. Sa ligne politique est bien affirmée : il est social libéral, ce qui est évidemment un oxymore ou une plaisanterie. Son libéralisme fait long feu. Il ne veut pas supprimer la durée légale du travail ; il veut surtaxer le capital ; il veut supprimer les cotisations maladie et chômage des salariés et compenser par une recette originale : la CSG sociale.

Il refuse obstinément de se présenter aux primaires (qu’il gagnerait peut-être). Il est difficile de trouver la clé de cette candidature. On peut chercher du côté de ses soutiens, notamment financiers – car il faut beaucoup d’argent pour s’installer dans une permanence aussi luxueuse, pour louer la salle de la Porte de Versailles, organiser un meeting de 10.000 personnes, faire une escapade à New York, et autres signes extérieurs de richesse. Les soutiens, dit-on, sont du côté du richissime François Patriat, de Claude Bebear, de Jean Peyrelevade, de l’Institut Montaigne, du think-tank Terranova, de jouvençaux pseudo-libertariens. Ces gens appartiennent à des réseaux et cercles bien connus à Paris : la promotion Voltaire (à laquelle appartient Henri de Castres, successeur de Claude Bébéar mais qui a joué Fillon), les nostalgiques de Rocard et Mendès France, bref une élite qui voudrait garder le contrôle de la vie publique et de la haute administration. Grâce à son âge, à son charisme (relatif tout de même), Macron leur semble être le candidat idéal non pas pour l’immédiat, mais pour plus tard, après avoir créé un parti en dehors des partis actuels. Il faut montrer que l’on est incontournable pour exercer le pouvoir.

En conclusion, aucun de ces comportements, aucune de ces candidatures n’est suicidaire. Dès que la primaire de janvier sera passée, on discutera sérieusement des investitures pour juin 2017. D’ici là, il faut prouver que l’on existe, par tous les moyens, en espérant que soit rendu le verdict des électeurs de janvier et des sondages subséquents. Heureusement, la droite n’a pas ce genre de problème : seul François Bayrou croit qu’il a encore une chance – ce que les médias et les sondages laissent croire du moins. Le risque encouru par François Fillon est dans son entourage : nombreux sont ceux qui le soutiennent sans partager ses convictions et ont commencé à « adoucir » son projet. Jérôme Chartier nous a d’ailleurs prévenus : François Fillon n’est pas tenu par son projet (celui qui lui a valu son succès), il travaille maintenant à un programme (qui a pour nature d’entrer dans le détail, donc de modifier le projet). Jacques Garello a parlé de la volatilité des électeurs de novembre. La volatilité peut bien venir du fait que les électeurs n’aiment pas être pris pour des volatiles (des pigeons en l’occurrence).

 

 
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