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L’économie est déséquilibre

Figure emblématique de l’école « autrichienne », ce professeur à l’Université de New York a développé l’idée de son maître Mises : l’économie est déséquilibre.

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Le Figaro Premium - Pascal Salin : «Non, Emmanuel Macron n'est pas libéral» PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 17 Avril 2017 00:00

Macron n’est pas libéral : Pascal Salin démontre les incompatibilités entre le libéralisme et le programme économique de Macron. Par comparaison, Fillon propose deux mesures authentiquement libérales : la réforme du marché du travail et la flat tax pour les impôts sur les entreprises.

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Professeur honoraire à l'université Paris-Dauphine, l'économiste libéral juge sévèrement les programmes des candidats à l'élection présidentielle qui, selon lui, n'appréhendent pas dans toute son ampleur la gravité de la situation de notre pays.

LE FIGARO MAGAZINE. - Les candidats à l'élection présidentielle ont-ils suffisamment pris la mesure de la gravité de la situation économique de la France?

Pascal SALIN. - Aucun des candidats à l'élection présidentielle ne se préoccupe réellement des déficits publics, mis à part François Fillon qui avait déjà tiré la sonnette d'alarme lorsqu'il était premier ministre en annonçant que la France était au bord de la faillite. Tous pratiquement, sauf François Fillon là encore, proposent dans leur programme des dépenses supplémentaires. La France est pourtant championne en la matière avec un ratio dépenses publiques/PIB qui la situe au deuxième rang européen, derrière le Danemark.

Les candidats, pour la plupart, ne se rendent pas compte de la gravité de la situation. Notre économie se dégrade depuis plusieurs années déjà. Dans les années 70, les taux de croissance oscillaient entre 4 et 6 %. Depuis François Mitterrand, ils sont restés inférieurs à 3 % - plutôt de l'ordre de 1 à 2 % - sauf en 1988-1989, suite à la politique un peu plus libératrice menée pendant deux ans par Jacques Chirac lorsqu'il était premier ministre. Parallèlement à cet inquiétant ralentissement économique, on a assisté à une croissance continuelle de la fiscalité et des réglementations. Pourquoi personne ne s'étonne-t-il de ce parallélisme, pourtant très frappant qui, à mes yeux, explique une grande partie des maux français?

Les candidats refuseraient-ils de voir les réalités en face?

La tentation démagogique est bien entendu très forte au moment d'une élection. L'horizon des hommes politiques est celui de la prochaine échéance électorale. En l'occurrence cinq ans! Quand on a un horizon aussi limité, on est naturellement incité à proposer des dépenses sans se préoccuper de leur financement. D'où la croissance continuelle des emprunts qui fait peser une épée de Damoclès sur la France. Notre endettement atteint désormais des sommets. Il n'est plus admissible de continuer dans cette voie!

Mais l'endettement est devenu presque indolore: la charge de la dette ne nous a jamais coûté aussi peu cher…

Son coût est indolore, mais pour le moment seulement. C'est l'une des critiques que l'on peut faire de la politique absurde de taux d'intérêt nuls ou même négatifs pratiquée par la Banque centrale européenne. Non seulement cette politique crée des distorsions économiques invraisemblables et décourage l'épargne, mais elle incite les gouvernements à s'endetter avec excès pour profiter de la faiblesse des taux. Et là encore, même si l'on sait que ces derniers augmenteront de façon inéluctable, les gouvernements disent: «Après moi le déluge!» Il y a une véritable convergence d'irresponsabilité entre la politique monétaire et la politique budgétaire.

C'est pour cela que vous êtes un économiste libéral? Pensez-vous que l'Etat fuit ses responsabilités?

Absolument. Cela m'amuse toujours d'entendre dire que l'Etat a par définition une vision de long terme, ce qui lui donnerait une forme d'autorité sur l'individu et le secteur privé. Contrairement à l'Etat, qui a le monopole de la contrainte légale, l'individu agit librement. Raisonnant à l'échelle de sa vie et de celle de ses enfants, il voit les choses à bien plus long terme que les hommes politiques et les bureaucrates qui agissent trop souvent de façon irresponsable, parce qu'ils savent qu'ils peuvent reporter sur autrui les difficultés futures.

Qu'est-ce qui vous fait penser que la hausse des taux d'intérêt est inéluctable?

«L'épargne est la condition de la croissance future : il n'y a pas de croissance économique sans accumulation de capital»

La préférence pour le présent est une notion essentielle de la théorie économique. L'individu recherche la satisfaction immédiate de ses besoins. Pour qu'il soit incité à sacrifier celle-ci au profit de satisfactions futures, via l'épargne, il faut que son effort soit rémunéré. Historiquement, sur le très long terme, les taux d'intérêt se sont toujours situés, en moyenne, entre 2 et 3 %. Un taux d'intérêt de 0 % est une absurdité logique au regard du comportement humain. Avec un taux d'intérêt nul, les gens n'épargnent pas, ou peu, comme c'est le cas aujourd'hui en France. Or l'épargne est la condition de la croissance future: il n'y a pas de croissance économique sans accumulation de capital.

Quelles seront les conséquences pour la France de la remontée des taux d'intérêt?

La charge de la dette va augmenter considérablement: les intérêts actuels, pour un taux de 0,5 %, s'élèvent à 40 milliards d'euros. Ils passeront à 60 milliards d'euros pour un taux de 2 %. L'équivalent d'un point de croissance en plus à payer.

Que préconisez-vous pour faire redémarrer l'économie française?

Face à la montée des déficits publics, les gouvernements successifs ont eu pour principal réflexe d'augmenter les impôts. C'est une grave erreur car la hausse de la fiscalité pénalise la croissance, ce qui réduit les recettes fiscales et a pour effet de maintenir, voire d'accroître les déficits. C'est un cercle vicieux continuel ! La seule solution est de réduire les dépenses publiques et parallèlement la fiscalité, mais aussi les excès de réglementation qui sont un autre puissant facteur de blocage en France. Ces deux freins que constituent l'impôt et la réglementation, tous deux excessifs, expliquent à eux seuls la faiblesse de notre croissance. Ils ont tué les incitations productives à travailler, à entreprendre, à innover, à épargner, à investir…

«Je préconise depuis longtemps l'instauration d'une flat tax permettant de répartir l'effort fiscal sur l'ensemble des citoyens, sur la base d'un taux d'imposition unique»

Nous disposons des moyens humains pour retrouver une croissance forte. Mais la progressivité de l'impôt sur le revenu agit de manière punitive sur les individus les plus productifs. C'est pourquoi je préconise depuis longtemps l'instauration d'une flat tax permettant de répartir l'effort fiscal sur l'ensemble des citoyens, sur la base d'un taux d'imposition unique. Une quarantaine de pays dans le monde ont mis en place un tel système avec succès, dont huit ou neuf en Europe, souvent dans l'ancien bloc de l'Est. L'un des tout premiers a été l'Estonie, dont le premier ministre s'était posé la question de savoir comment faire pour développer une classe moyenne d'entrepreneurs. Ancien professeur d'histoire, il n'avait pas lu d'ouvrages économiques, mis à part un livre de Milton Friedman qui l'avait favorablement inspiré. Pendant plusieurs années, l'Estonie a connu une croissance de l'ordre de 8 %, soit le taux le plus élevé de tous les anciens pays communistes. Elle a par la suite été imitée par plusieurs de ses voisins, dont la Russie qui a choisi d'instaurer une flat tax de 13 % en 2001.

Parmi les réglementations dont vous dénoncez le poids, celles concernant le marché du travail sont souvent pointées du doigt. Dans un contexte de fort chômage, n'est-il pas difficile de faire admettre aux salariés, qui sont aussi des électeurs, qu'ils seront moins bien protégés?

Depuis des décennies, la France est prisonnière, là encore, d'un cercle vicieux. En période de chômage, on tend à renforcer la sécurité des salariés, ce qui décourage les employeurs de recruter. C'est humain: quand un chef d'entreprise sait qu'il est difficile de licencier un salarié, il hésite à l'embaucher. Il faut sortir de ce piège, responsable de la montée du chômage. Et accepter dans un premier temps les problèmes liés à la transition. L'allégement des sécurités dont bénéficient les salariés fait peur car le chômage reste au départ à un niveau élevé: ceux qui sont licenciés éprouvent dans l'immédiat des difficultés à retrouver un emploi. Mais à moyen terme, on peut légitimement espérer que la modification du droit du travail et l'allégement des contraintes vont favoriser l'emploi et conduiront même vers le plein-emploi. Le licenciement cessera alors d'être vécu comme un drame. Dans une telle situation, les gens quittent d'ailleurs souvent d'eux-mêmes leur emploi pour en trouver un autre. Ils sont dans une position de force. En 1991, la Nouvelle-Zélande a considérablement allégé sa législation du travail. Résultat: le chômage a diminué de près de la moitié en trois ans. Les leaders syndicaux ont applaudi: devenus conseillers en droit du travail, ils gagnaient bien mieux leur vie!

Vous soutenez ouvertement François Fillon. Pourquoi?

«Je suis très favorable au programme de François Fillon. Il est le seul qui, aujourd'hui, est capable de résoudre les problèmes de la France»

Je suis très favorable au programme de François Fillon. Il est le seul qui, aujourd'hui, est capable de résoudre les problèmes de la France. La politique économique qu'il propose est cohérente et réaliste: elle repose sur la baisse des dépenses publiques, la diminution de la fiscalité (avec notamment la diminution de l'impôt sur les sociétés et des cotisations sociales pour restaurer la compétitivité des entreprises ; la suppression de l'ISF, l'instauration d'une flat tax de 30 % sur les revenus du capital) et l'assouplissement des réglementations, en particulier sur le marché du travail. Si toutes ces mesures sont appliquées, la France brisera les cercles vicieux qui l'empêchent de prospérer et retrouvera une situation de plein-emploi.

François Fillon a commencé sa campagne en disant: «Je veux rendre les Français libres.» Et cette soif de liberté s'exprime dans tous les domaines, qu'il s'agisse de donner plus d'autonomie aux établissements scolaires, aux salariés, aux entreprises, aux assurés sociaux… Il a compris que pour améliorer la situation de la France, il faut rendre leur liberté aux individus dans tous les domaines, pour en faire des citoyens responsables. Le grand problème de notre époque, c'est le manque de responsabilité.

Sa politique est-elle brutale, notamment à l'égard des fonctionnaires ?

Même avec 500.000 fonctionnaires en moins, la France comptera le même nombre d'agents publics qu'en 2000: elle restera dans le peloton de tête des pays les plus administrés au monde! Notez par ailleurs que si l'on diminue le poids des réglementations, on aura besoin de moins de fonctionnaires, une grande partie de l'activité de ces derniers consistant à opérer des contrôles.

Il est sage, sinon indispensable, d'adopter des politiques vigoureuses sans plus attendre. Mieux vaut un petit choc maintenant qu'un très gros choc demain. L'hypothèse d'une faillite de la France n'est pas à écarter, compte tenu du niveau élevé de son déficit et de son endettement, surtout quand les taux remonteront. Notre pays ne pourrait plus alors rembourser ses échéances d'emprunt, les fonctionnaires ne seraient plus - ou mal - payés, les retraités ne toucheraient plus l'intégralité de leurs pensions et il faudrait faire des coupes brutales dans les dépenses publiques. Quant aux banques, elles pourraient être amenées à confisquer les avoirs de leurs clients comme la législation européenne les y autorise désormais. Si on ne fait rien aujourd'hui, c'est un véritable choc qui menace les Français!

Certains voient en Emmanuel Macron un libéral. Pas vous?

Macron «est clairement un homme de gauche : il n'a pas de véritable programme de diminution des dépenses»

Il a voulu se donner cette image, mais je ne trouve pas dans son programme de véritables propositions libérales. Sauf parfois de manière très parcellaire, car il essaye de ratisser dans tous les coins de façon démagogique. Certains disent qu'il est libéral parce qu'il a libéralisé le transport par car, ce qui aurait dû être fait depuis longtemps. Mais cela ne suffit pas: je ne vois ni vision ni conviction libérale en lui. Et en plus, il veut augmenter la CSG! C'est clairement un homme de gauche: il n'a pas de véritable programme de diminution des dépenses. Au contraire, il les accroît en augmentant l'indemnisation du chômage ou en lançant un grand plan d'investissement.

Que pensez-vous de son idée de maintenir l'ISF sur les seuls biens immobiliers?

Cela montre à quel point Emmanuel Macron ne comprend pas les problèmes économiques. Il prétend qu'il faut supprimer l'ISF sur le capital productif tout en le maintenant sur l'immobilier. Pourquoi faire une telle distinction? C'est une erreur intellectuelle monumentale. Les biens immobiliers répondent à un besoin fondamental: se loger. Or si la pierre est surtaxée par rapport aux autres actifs, personne ne voudra plus investir dans l'immobilier et l'on manquera de logements, ce qui est déjà le cas en France. Accéder à la propriété est le rêve légitime de beaucoup de Français. En accroissant la fiscalité pesant sur la pierre, on tue ce rêve, et avec lui, l'espoir d'améliorer son sort. C'est tout le problème de la France socialiste: un jeune qui voudrait faire des efforts, gagner plus pour un jour acheter un bien immobilier pour se loger est d'avance découragé. C'est l'une des raisons de l'exil si massif de nos jeunes talents. Ceux qui veulent réussir vont le faire ailleurs qu'en France !

Emmanuel Macron éprouve une sorte de haine des propriétaires. Outre le maintien de l'ISF, ces derniers subiront sans aucun doute les conséquences de la diminution de la taxe d'habitation qu'il souhaite accorder à 80 % des ménages. Comment cette perte de recettes pour les collectivités locales sera-t-elle compensée? Bien entendu par l'augmentation de l'impôt foncier, supporté par les propriétaires!

Comment jugez-vous les propositions économiques de Marine Le Pen?

Je crois avoir été l'un des premiers à dire dans vos pages que Marine Le Pen a un programme de gauche, et même d'extrême gauche. Elle est très favorable à la progressivité de l'impôt, au maintien de l'ISF, à l'augmentation de la dépense publique, au protectionnisme… Elle prône par ailleurs la sortie de l'euro pour de mauvaises raisons: faire de la création monétaire et dévaluer la monnaie. Le libéral que je suis ne peut approuver un tel interventionnisme monétaire teinté de souverainisme.

Les Systèmes monétaires - Des besoins individuels auxréalités internationales, Odile Jacob, 368 p., 29,90 €.

Frédéric Bastiat, père de la science économique moderne. Editions Charles Coquelin, 2015.

 

 

Flashes du jour

Macron guérit des écrouelles

Emmanuel Macron en visite à la Faculté de Droit de Lille

 

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Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1318 du 18 avril 2017


Editorial : 23 avril : fête de la Miséricorde

Conjoncture : Diminuer les charges sociales

Actualité  : Turquie : la dictature est en place - Trump contre Kim Jong-Un

Spécial présidentielles  : Pourquoi nous, économistes, soutenons Fillon - Fillon - Macron : comparaisons

Lu pour vous  : Sur le site libres.org : veille de campagne

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Revue des Livres

Jacques De Guenin

Œuvres complètes de Bastiat

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