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FRANCE TELECOM : LE CONTRIBUABLE PAIERA PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jean Yves Naudet   
Mardi, 24 Septembre 2002 01:00

On pensait, en France, avoir tourné la page des entreprises publiques. Les privatisations étaient derrière nous, puisque l’on avait privatisé tout le secteur concurrentiel et cela essentiellement lors des alternances politiques de 1986 et 1993. Or on s’aperçoit aujourd’hui qu’il n’en est rien.

DES PRIVATISATIONS TRES PARTIELLES 

Il reste encore des entreprises « concurrentielles » appartenant au moins partiellement à l’Etat (comme Renault, Air France ou le Crédit Lyonnais), mais, surtout, il reste les fameux « services publics » qui eux aussi sont désormais dans le secteur concurrentiel : l’absence de concurrence ne s’expliquait- ou ne s’explique encore dans certains cas- que par un artifice, l’Etat ayant verrouillé le marché et empêchant des entreprises autres que le monopole public de s’y installer…

On avait, certes, expliqué que le gouvernement Jospin était celui qui avait le plus privatisé. On découvre aujourd’hui qu’il n’en est rien et qu’il n’avait fait que vendre une part – minoritaire - du capital des entreprises publiques, l’Etat conservant la majorité des actions, donc le contrôle de l’entreprise. Ce n’était donc pas une privatisation, mais une recherche de recettes fiscales, une « renationalisation » en quelque sorte. Si l’on ajoute que certaines entreprises demeurent totalement publiques (comme EDF, la SNCF ou la poste), ce que nous avons sous les yeux ce n’est pas une économie de marché concurrentielle, faite d’entreprises privées, c’est une économie mixte à la française. C’est elle qui est en cause aujourd’hui.

Quant à l’ouverture à la concurrence, effective dans certains secteurs seulement, comme les télécommunications, elle représente une évolution sans le moindre régulateur de responsabilité,  puisque les droits de propriété restent confisqués par l’Etat.

Il ne faut donc pas s’étonner de voir ces entreprises mixtes ou publiques, les unes après les autres, tomber en ruine. Signe des temps : les PDG eux-mêmes sont sanctionnés, comme si c’était une simple affaire de gestion : après avoir remplacé celui de la RATP, on va changer celui de la Poste.

70 MILLIARDS D’EUROS DE DETTES 

Bien entendu, cette semaine, c’est le cas de France Telecom qui a retenu l’attention et qui constitue un véritable cas d’école. Il rappelle le cas tristement célèbre du Crédit Lyonnais, autre gouffre financier public. Dans le cas de France Telecom, les pertes annoncées pour le premier semestre 2002 sont de l’ordre de 12 milliards d’euros, tandis que l’endettement total de l’entreprise atteint 70 milliards d’euros ( 460 milliards de francs), ce qui constitue le record du monde de l’entreprise la plus endettée. Dans l’immédiat, France Telecom a besoin à court terme de 15 milliards d’euros, avant même d’envisager le remboursement de la dette.

C’est donc l’irresponsabilité la plus totale qui a guidé la politique de France Telecom. On peut penser aux acquisitions irréfléchies, uniquement pour faire grandir l’entreprise à l’étranger, sans souci de la rentabilité, comme à la décision, imposée par l’Etat, d’acheter à un prix invraisemblable la licence UMTS. Bien entendu, on pourrait répondre qu’il arrive aussi au secteur privé ( voir le cas de Vivendi) de faire des erreurs de gestion ou d’acheter des entreprises non rentables ou dépassant ses capacités financières. Mais d’abord ce n’est pas en général le cas, car les dirigeants sont soucieux de leurs capitaux ou de ceux des actionnaires. Mais si ça l’est, c’est l’actionnaire qui paiera la facture. Voilà la différence essentielle avec une entreprise publique comme France Telecom : dans ce cas, on est sûr que quelqu’un paiera, malgré les plus grandes erreurs de gestion, et c’est l’Etat, par des fonds publics comme on dit, c’est à dire par l‘argent des contribuables : les fonds publics  viennent toujours de poches privées, par l’impôt, et finissent toujours dans d’autres poches privées. Dans le cas de France Telecom, c’est donc le contribuable qui paiera la facture. Bien entendu, le gouvernement a alors voulu sanctionner le PDG, d’où le départ de Michel BON, comme si c’était un problème de qualité des hommes ou de technique.  

UN PROBLEME DE DROITS DE PROPRIETE 

Or le problème est beaucoup plus simple : c’est une question de droits de propriété. Dans une entreprise privée, le PDG est responsable, soit parce qu’il gère son argent, soit parce qu’il gère celui des actionnaires qui vont en permanence lui demander des comptes. La valeur de l’action traduira aussitôt la qualité de la gestion et oblige à ne prendre que les risques nécessaires :cela rend le PDG responsable. SI ce n’est pas le cas, les titres vont baisser (d’où la réaction des actionnaires qui peuvent comme chez Vivendi provoquer le départ du PDG dont la politique ne leur plait pas ; la « corporate governance » accentue ce phénomène de contrôle des actionnaires, donc des propriétaires) et la baisse peut inciter une autre entreprise à s’intéresser à celle-ci en provoquant une OPA (Offre publique d’achat) qui fera passer la propriété des actions entre de nouvelles mains et une nouvelle direction. C’est tout l’intérêt des droits de propriété. Ils sont exclusifs, ce qui veut dire que les propriétaires subissent la sanction de leurs décisions –ou de celles du PDG qu’il ont mis en place - ce qui les incite à gérer au mieux de leurs capacités, et ils sont transférables, ce qui permet une mobilité du capital lorsque les commettants des propriétaires actuels gèrent mal : la propriété passera alors dans les mains de ceux qui pensent pouvoir mieux gérer l’entreprise.

Dans le cas de France Telecom, l’Etat possédant 54,6% du capital, ces mécanismes ne peuvent jouer : personne n’est responsable et c’est la porte ouverte à toutes les aventures et à tous les déficits. C’est le règne de l’irresponsabilité, d’autant plus grande que l’Etat propriétaire –via le contribuable- paiera en toutes circonstances…

La crise de France Telecom n’est donc pas une crise de gestion ; c’est la crise de l’économie mixte. Pour en sortir, il faut non seulement ouvrir vraiment tous les « services publics » à la concurrence, mais il faut surtout privatiser totalement les entreprises publiques C’est la seule façon d’introduire la responsabilité, l’efficacité et la moralité au cœur des entreprises.

 
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