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Dévaluation compétitive : un tigre dans le moteur PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 27 Janvier 2015 00:00

L’effondrement de l’euro est présenté comme une « dévaluation compétitive » : avec une monnaie faible, les exportations de produits fabriqués en Euroland vont bénéficier d’un substantiel avantage comparatif : les étrangers à la zone euro pourront se procurer à vil prix une monnaie qui leur permettra de régler leurs achats, ils vont donc importer davantage nos produits, ils viendront en masse faire du tourisme, ils pourront investir dans nos entreprises.

Bref, Mario Draghi a donné une impulsion salutaire à l’économie de l’Euroland. Il a mis un tigre dans le moteur. Mais – simple détail – le moteur est hors service !

 

 

Un tigre de papier ?

La classe politique et la presse ne cessent de vanter les mérites de l’euro faible, comme naguère elles se lamentaient sur l’euro fort. Hier matin, Le Figaro Economie titrait « l’euro baisse, le moral des industriels français monte », et de donner plusieurs exemples d’entreprises stimulées par le coup de fouet monétaire : Rossignol, Airbus, Hennessy, Martell et Rémy-Martin. L’hôtellerie et la restauration ne manqueraient pas également d’attirer le chaland. Il y a, il est vrai, un effet mécanique et immédiat de toute dévaluation, mais il est moindre que ce que l’on peut imaginer et insuffisant sans doute pour créer des emplois en masse. Il est moindre, puisque 60 % de nos exportations et de notre tourisme se font avec des clients de l’euroland. Il est moindre parce qu’il est compensé par le renchérissement des importations nécessaires à produire, qu’il s’agisse de matières premières (pétrole exclu) ou d’équipements industriels, ou de services. On perdrait ainsi la moitié au moins de la rente monétaire. Enfin, il est bien connu que les Allemands, deuxièmes exportateurs du monde derrière les Chinois, n’ont jamais souffert de l’euro fort, même pour leur commerce hors zone euro, avec une augmentation l’an dernier de quelque 6 % vers le reste du monde.

L’effet de la dévaluation est en tout cas insuffisant pour une réduction massive du chômage, car les entreprises qui en bénéficient sont en général (comme Rossignol) en situation de sous-emploi, de sorte que les nouvelles commandes permettent de hausser le nombre d’heures travaillées, mais pas d’embaucher une nouvelle main d’œuvre. Pour créer des emplois, il faut avoir confiance dans un avenir éloigné puisqu’en France, en particulier, le risque et le coût du licenciement sont énormes. Pour créer des emplois, il faut également trouver des candidats qualifiés et fiables. Les professionnels de l’hôtellerie et de la restauration ont beaucoup de mal à trouver un personnel stable et productif, le personnel d’appoint saisonnier est difficile à gérer.

 

Le moteur est hors service

La dévaluation est une réaction que l’on croit salutaire face à un manque de compétitivité. A son tour ce manque peut avoir une origine monétaire (une monnaie « surévaluée ») ou une origine structurelle. Ce n’est pas par hasard que les entreprises françaises ont du mal à conquérir les marchés à partir de productions « made in France ». Pourquoi s’installent-elles hors France –ne serait-ce qu’en Allemagne, mais surtout dans des pays européens extérieurs à l’Euroland, comme la Russie (avant les sanctions imposées à Poutine), certains pays d’Europe centrale et de l’Est (République Tchèque, Pologne). C’est que le made in France est trop cher ou pas rentable : trop d’impôts, trop de charges sociales, trop de charges administratives, trop de pressions syndicales. C’est, directement ou indirect, le coût de l’Etat qui est trop élevé. En d’autres termes, la dévaluation n’a aucun effet durable si elle ne s’accompagne pas des indispensables réformes structurelles. Une preuve indirecte en a été donnée par la dévaluation de la Livre Sterling. La Banque d’Angleterre, sous la pression du nouveau gouvernement conservateur de David Cameron, a dévalué sa monnaie de quelque 25 % en 2010. Mais en même temps, le budget a été ramené à l’équilibre ; le contribuable a versé une TVA au taux relevé de 2,5 points, les salaires ont baissé de 5%, les projets d’investissements publics des travaillistes ont été abandonnés, les retraites ont été privatisées, le nombre de fonctionnaires a diminué de 500.000, mais en deux ans un million d’emplois a été créé. « L’austérité », si décriée aujourd’hui, a payé : plus de 3,5 % de croissance et un chômage autour de 5 %. La dévaluation en France n’est pas et ne sera pas compétitive tant que les vraies réformes n’auront pas été mises en œuvre. Chez nous, c’est le moteur de la croissance qui est hors service et le tigre monétaire n’y pourra rien.

 
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Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

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Connaissance du libéralisme :
La concurrence sauvage
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Bertrand Lemennicier, La nation, fétiche politique introuvable


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