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QUELLE EUROPE APRES COPENHAGUE ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jean Yves Naudet   
Mardi, 24 Décembre 2002 01:00

D’un côté, ce qui s’est passé à Copenhague est historique. Comme le dit Jean-Paul II, l’Europe respire enfin avec ses deux poumons. Mais, de l’autre, quelle Europe les dix viennent-ils de rejoindre : celle de la redistribution et de la réglementation ou celle de la liberté ?  

L’EUROPE, DE QUINZE A VINGT-CINQ 

On peut avoir une lecture optimiste du sommet de Copenhague. L’Europe est enfin réunie et l’on prend conscience de manière tangible de la chute du mur de Berlin, il y a treize ans. Le rideau de fer a bien disparu et l’Europe libre va jusqu’à la frontière de la Russie. Tout cela était inimaginable il y a encore quinze ans.

De ce point de vue, ne boudons pas notre plaisir. Ce cinquième élargissement de l’Union européenne est non seulement le plus vaste, mais aussi le plus important sur le plan historique. Sur les dix nouveaux pays admis dans l’Union européenne, huit viennent des anciens pays socialistes d’Europe centrale et orientale, certains faisant même partie de l’ex-URSS : l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Slovénie, tous ces pays chargés des drames de l’histoire et marqués durablement par le totalitarisme communiste enfin vaincu. A cela s’ajoutent deux autres pays, Malte et Chypre, qui achèvent l’élargissement européen vers le sud.

Le sommet de Copenhague marque l’accord officiel entre les quinze et les dix. Les traités d’adhésion seront signés à Athènes en avril 2003 et l’adhésion des nouveaux membres sera achevée le 1er mai 2004. Il restera à admettre un peu plus tard deux autres pays d’Europe centrale et orientale, qui ont pris du retard dans leur transition vers le libre marché : la Roumanie et la Bulgarie : ce sera sans doute pour 2007. 

L’Union européenne élargit ainsi son espace à toute l’Europe ou presque. Son territoire progresse d’un quart, et elle gagne 75 millions d’habitants, pour devenir, avec 453 millions d’Européens, le troisième ensemble mondial. Tout cela n’est pas rien et l’Europe, en refaisant son unité, a retrouvé partout les libertés politiques et économiques.  

L’EUROPE DE LA REDISTRIBUTION 

Pourtant, notre plaisir est gâché par les conditions mêmes de l’adhésion et du déroulement des discussions. C’est ce que le premier ministre luxembourgeois a appelé un « souk généralisé ». L’image que l’Union européenne a donnée d’elle-même est celle d’une vaste machine à redistribuer, où chacun espère, comme avec l’Etat, vivre au détriment de tous les autres.

Ce n’est pas de liberté dont il a été question jusqu’à la dernière minute, mais de redistribution, ce que les Polonais ont bien compris en réclamant jusqu’au bout leur part du gâteau. Au total ce sont plus de quarante milliards d’euros qui seront dépensés par les quinze entre 2004 et 2006 pour financer l’arrivée des dix nouveaux. Jusqu’à la dernière minute, les Polonais ont arraché un milliard de plus pour leurs agriculteurs et il a fallu ensuite, pour calmer les autres, rajouter 300 millions d’euros de « cadeaux » supplémentaires.

C’est surtout l’agriculture, ce qui n’est pas surprenant, qui a été au cœur de ces marchandages. Il a été décidé en particulier que les aides agricoles destinées aux nouveaux adhérents seraient plafonnées à un montant correspondant à 45% du prix européen en 2004, 50% en 2005 et 55% en 2006. Ces pays pourront aller plus loin en complétant ces aides par leur propre budget. Les revendications de la Pologne allaient des problèmes du maïs jusqu’aux quotas de bananes en passant par les quotas laitiers. Mais les autres secteurs ne sont pas en reste et Malte par exemple a obtenu des exemptions fiscales de TVA sur la nourriture et les médicaments.

Et encore tout cela ne porte–t-il que jusqu’en 2006. D’ici là, il faudra discuter, entre les 25, du prochain budget pour 2007-2015 et surtout redéfinir l’avenir de la politique agricole commune, ce qui est sans doute le point central de débat entre les libéraux et les autres : allons-nous rester dans la logique redistributrice ? 

EUROPE DES REGLEMENTATIONS OU EUROPE DES LIBERTES ? 

Mais pour l’instant il n’y a pas que la redistribution qui porte atteinte aux libertés ; il y a aussi toute la réglementation dans laquelle l’Europe excelle. Or les dix nouveaux ont vite compris le système. Notre confrère le Figaro dresse un florilège des dérogations aux règles communes. Quelques exemples suffisent à donner une idée de la bureaucratie européenne. Chypre pourra continuer à accorder pendant sept ans des aides d’Etat - contraires à la concurrence - par exemple aux producteurs d’amendes. L’Estonie pourra continuer à chasser le Lynx, ce qui est interdit ailleurs. La Palinka hongroise sera inscrite au registre des appellations contrôlées à condition qu’elle soit écrite dans son orthographe hongroise. La Lettonie pourra  avoir un lait qui ne correspond pas aux normes européennes en teneur en matière grasses. La Lituanie aura ses vaches allaitantes éligibles aux primes communautaires si elles ont été couvertes ou inséminées par des taureaux d’une race à viande. La République Tchèque pourra avoir des aides directes aux agriculteurs plus élevées qu’ailleurs, en particulier pour les pommes de terre subventionnées au double du taux de base. La Slovénie pourra ne pas respecter le degré minimum requis pour certains de ses vins, mais il lui faudra passer en 2007 de 9,2° à 9,5°…

On pourrait poursuivre l’inventaire à la Prévert. Mais il montre la réalité de l’Europe d’aujourd’hui, que ce soit à 15 ou à 25. Que sont venu chercher les dix nouveaux membres ? Des réglementations et des dérogations aux réglementations communes, ou un espace de libertés ? L’Europe des réglementations n’a aucun avenir et les dix verront vite qu’en multipliant les réglementations -comme les subventions- on détruit peu à peu le dynamisme des économies de marché. A quinze ou à vingt-cinq, si l’Europe veut vraiment compter dans l’économie mondialisée, elle doit rejoindre le camp des libertés économiques. C’est cela qu’il aurait fallu expliquer aux nouveaux adhérents si l’on ne veut pas demain en faire des aigris. L’Europe sera prospère durablement si elle se libère du carcan de Bruxelles.

 

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Au sommaire du n°1341 du 15 novembre 2017

Editorial : La voix de son maître
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