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Les sentiments, bases de la société

Charles Fourier a inspiré Proudhon, mais Marx l’a méprisé. Marx l’économiste rejettera avec violence les « utopies » des Français, construites en ignorance totale des lois de l’économie. Il est vrai que Fourier part du principe qu’une société ne peut être harmonieuse que si elle rencontre les sentiments des individus.

 

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RECUL DES INVESTISSEMENTS PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jean Yves Naudet   
Mardi, 03 Décembre 2002 01:00

« Les profits d’hier sont les investissements de demain et les emplois d’après demain ». La formule d’Helmut SCHMIDT a eu le succès qu’elle méritait. On peut la méditer actuellement face à la conjoncture française. Car les aspects conjoncturels de notre économie attirent l’attention, et ils sont en rapport étroit avec la dégradation des données structurelles (indices de liberté et de compétitivité) dont nous avons parlé la semaine dernière.  

LA CROISSANCE SE RALENTIT 

En effet, l’INSEE ne cesse, de rapport en rapport, de fournir des indications de plus en plus alarmistes sur l’économie française. Déjà, dans son point de conjoncture du 4 octobre, l’INSEE avait ramené sa prévision de croissance économique à 1% pour l’ensemble de l’année 2002. En particulier, cet Institut annonçait une croissance de 0,4% au troisième comme au quatrième trimestre 2002. Moins de deux mois plus tard, l’INSEE doit revoir sa copie et selon les résultats publiés le 22 novembre, la croissance a été moitié moindre que prévu entre juillet et septembre : la hausse du PIB n’est que de 0,2% pour le troisième trimestre, ce qui représente un rythme annuel de 0,8%. La hausse était de 0,6% au premier trimestre et de 0,4% au second : le ralentissement est donc de plus en plus marqué.

L’INSEE s’interroge sur les aspects conjoncturels de ce mauvais résultat. Il semble que la consommation soit restée assez soutenue, puisque la hausse est de 0,7% au troisième trimestre, contre 0,4% au second trimestre ; sa contribution à la croissance serait de 0,4% pour le troisième trimestre : la baisse des impôts est passé par là dans ses effets keynésiens immédiats, mais, on le voit, cela n’a pas suffi, et de loin à soutenir la croissance qui obéît à autre chose qu’à la consommation immédiate. En outre, les observateurs keynésiens attendaient une hausse bien plus spectaculaire de la consommation, et c’est l’épargne qui a progressé… Le taux d’épargne était de 16,6% fin juin ; il devrait passer à 18,3% à la fin de l’année : preuve qu’on ne pilote pas une économie comme une simple machine.

La commerce extérieur, lui, a légèrement soutenu la croissance à hauteur de 0,3%, mais les exportations ne progressent que de 1,2% et surtout les importations ne progressent que de 0,2%, signe de ralentissement économique. 

CHUTE DE 7% DES INVESTISSEMENTS EN 2002 

Ce qui pose véritablement un problème dans la conjoncture, ce sont les entreprises et en particulier leurs investissements. C’est là que les choses se sont fortement dégradées. L’investissement des entreprises a reculé de 0,8% au troisième trimestre, après avoir déjà reculé de 0,5% au second trimestre. Rien ne va donc plus du côté des entreprises. L’investissement total (comprenant aussi les achats immobiliers des ménages) a, lui aussi, reculé de 0,9% ce trimestre. La contribution des investissements à la croissance du PIB est donc négative.

Or  la situation des stocks des entreprises est elle aussi préoccupante. Ils ont reculé au second comme au troisième trimestre et leur contribution à la croissance est négative : - 0,1% et – 0,3% respectivement. Ainsi, pour répondre à la demande, les entreprises ont puisé largement dans leurs stocks, au lieu de développer leur capacité de production, preuve une nouvelle fois que les tentatives de relance keynésienne ne fonctionnent absolument pas.

Cette analyse sur l’évolution passée des investissements est malheureusement confirmée par une enquête de l’INSEE publiée cette fois le 15 novembre sur les perspectives d’investissement dans l’industrie. Les chefs d’entreprises interrogés apportent une tonalité beaucoup plus négative. C’est ainsi qu’ils prévoient une baisse de leurs investissements de 7% pour l’ensemble de l’année 2002 : le résultat du quatrième trimestre risque donc d’être catastrophique. Plus encore, dans l’industrie manufacturière, la réduction prévue des investissements est de 9%. En ce qui concerne les biens intermédiaires, les investissements devraient même reculer de 13% en 2002.

L’avenir est tout aussi sombre. Selon l’INSEE « les industriels, dans leur ensemble, ne prévoient pas une nette reprise de leurs investissements dès le premier semestre 2003 » . Leur jugement sur l’an prochain demeure pour le moins réservé. 

SANS PROFITS, PAS D’INVESTISSEMENTS 

Comment expliquer cette dégradation des investissements ? L’INSEE met en avant la faiblesse des profits pour 2002, de même que celle des profits anticipés pour 2003 : pas d’amélioration en vue. De même, les patrons ne constatent pas d’amélioration du niveau d’autofinancement des entreprises, « qui a fortement régressé depuis un an ». Bien entendu, l’INSEE met aussi en avant le manque de confiance des entreprises dans l’avenir, qui ne les incite guère à investir.

Cet attentisme est-il surprenant ? Pour investir, il fait certes le vouloir, mais il faut aussi le pouvoir. Comment investir sans capacité suffisante d’autofinancement ? Et comment avoir un autofinancement suffisant sans profits suffisants ? Or les profits restent faibles en raison des impôts et des charges qui pénalisent nos entreprises et viennent taxer la richesse avant même qu’elle ne soit créée. C’est là que l’on retrouve les conséquences de nos mauvais indices relevés la semaine dernière : nous sommes parmi les plus mal placés pour le poids des impôts, charges et autres prélèvements obligatoires ; nous sommes en tête pour celui des dépenses publiques. Comment s’étonner si les entreprises ne dégagent pas assez de profit pour investir ?

Certes, elles pourraient aussi recourir à l’emprunt. Mais outre le fait que beaucoup sont déjà très endettées, le poids des déficits publics vient peser sur le marché de l’épargne : les déficits croissants de l’Etat viennent puiser dans l’épargne des ménages et ne laissent guère d’argent, à des conditions acceptables, aux entreprises pour financer leurs investissements. D’ailleurs les entreprises ne sont guère incitées à investir dans les conditions actuelles, au moment où les réglementations publiques paralysent de plus en plus leur action. Pourquoi investir si ensuite on n’est pas libre d‘agir et encore moins d’embaucher ?

Que la conjoncture française se dégrade du côté des entreprises et des investissements est donc très inquiétant et marque une nouvelle fois l’affaiblissement de l’économie française. Dans ces conditions, le chômage poursuivra sa montée inexorable en 2003. Le seul espoir ne pourrait venir que d’une libéralisation des entreprises et d’une restauration en conséquence de leurs marges. C’est le chemin que doivent prendre le gouvernement et le Parlement. On leur demande un surcroît de courage pour éviter un cataclysme social.