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STATU QUO MONETAIRE A LA BCE PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jean Yves Naudet   
Mardi, 22 Octobre 2002 01:00

Grande déception dans le petit monde des « experts » et surtout des politiques : la Banque centrale européenne n’a pas modifié son taux d’intérêt directeur le 10 octobre, lors de la réunion du Conseil des gouverneurs. Son principal taux de refinancement reste fixé à 3,25%. Décidément, dit-on, Wim DUISENBERG, Président de la banque centrale européenne, ne comprend rien aux difficultés économiques actuelles. Au moment où une nouvelle poussée de chômage est enregistrée parce que la croissance se traîne, ne faudrait-il pas une relance monétaire ?

N’en déplaise aux inconditionnels du keynésianisme, ce serait une erreur dramatique. 

LA POLITIQUE KEYNESIENNE DE BAISSE DES TAUX 

A écouter tous ces « experts », il aurait en effet fallu baisser le taux d’intérêt. C’est une politique qui a été largement pratiquée ces dernières années au Japon, où l’on est même arrivé à des taux d’intérêt réels négatifs, et cela avec le succès que l’on sait sur la conjoncture économique : jamais le Japon ne s’est porté aussi mal. C’est aussi la politique qu’a menée pendant des mois le patron de la FED, Alan GREENSPAN, qui n’a cessé mois après mois de réduire le taux d’intérêt ; cela n’a pas empêché la récession en 2001 et si les Etats-Unis s’en sortent mieux que nous ces derniers temps, ce n’est pas à cause de cette politique de faible taux d’intérêt, mais en dépit d’elle et grâce aux baisses d’impôts qui ont stimulé l’offre, ce qui est tout à fait différent. Un article récent de Gary Becker, prix Nobel d’économie 1992, ne laisse aucun doute à ce sujet : faire plaisir à Wall Street pour permettre aux opérateurs de mieux digérer la baisse des cours ne conduit qu’à pérenniser de mauvais investissements, ce qui a été l’origine du Jeudi Noir de 1929. 

Pourtant, c’est cette politique de baisse des taux d’intérêt que certains voudraient voir appliquée par la BCE. Ils s’inscrivent simplement dans la grande tradition keynésienne qui remonte au milieu des années trente. Dans la panoplie keynésienne, il y a l’arme budgétaire et l’arme monétaire. L’arme budgétaire consiste à accroître les dépenses publiques (grands travaux par exemple) et à augmenter massivement le déficit budgétaire, de façon à « relancer »  l’économie. C’est ce qu’essaie de faire le gouvernement français avec le budget 2003 et nous avons expliqué ici même il y a trois semaines pourquoi cette politique était vouée à l’échec. Mais dans le keynésianisme, il y a aussi le volet monétaire. Il suffirait de baisser le taux d’intérêt pour relancer l’économie, grâce au redémarrage des investissements privés. Le problème, c’est que la banque centrale ne peut pas baisser son taux d’intérêt sans accroître la quantité de monnaie en circulation et donc sans provoquer de l’inflation, au lieu d’une reprise. De plus il est évident que les entrepreneurs, à la différence des boursiers, ne sont pas d’abord sensibles au niveau –artificiel- des taux d’intérêt, mais aux conditions du développement de l’offre : taux de fiscalité, flexibilité, qualité des institutions ont beaucoup plus d’importance qu’une manipulation de taux que tout le monde sait être artificielle et anticipe donc comme telle. La politique keynésienne a échoué, partout et toujours, car la dépense n’est pas en soi une recette de prospérité, c’est la satisfaction des attentes du marché qui assure le succès. 

LES INCERTITUDES DE LA BCE 

La baisse artificielle des taux serait donc une erreur. En ce sens, la BCE a eu raison de tenir bon le cap. Mais on peut en même temps s’inquiéter de la position réelle de la BCE. D’habitude, elle jugeait le taux d’intérêt « approprié ». Ce terme a disparu du nouveau communiqué, qui se contente d’affirmer « Notre conclusion est que les risques pour la stabilité des prix sont équilibrés. C’est pourquoi nous avons laissé notre taux inchangé ». Beaucoup d’observateurs en ont conclu que le Président de la BCE ne trouvait plus le taux actuel aussi approprié qu’avant et qu’il n’excluait pas une baisse ultérieure, « au moment opportun ». Certains, par exemple, font remarquer que la prochaine réunion des comités monétaires aura lieu pour la Fed le 6 novembre et pour la BCE le 7 et ils annoncent déjà une baisse des taux américains suivie le lendemain par une baisse des taux européens.

C’est dire que la position de la BCE ne paraît guère solide. Certes, elle sait - ce sont ses statuts qui lui en font obligation- qu’elle a pour seule mission de lutter contre l’inflation. Elle s’est d’ailleurs fixée une inflation inférieure à 2% par an, objectif pour l’instant à peu près tenu. Mais elle centre sa politique sur les taux d’intérêt, alors que l’on sait que ce qui est déterminant dans l’inflation, c’est la quantité de monnaie en circulation.  

QUEL SYSTEME MONETAIRE POUR L’EUROPE 

C’est donc le contrôle de la masse monétaire qui est l’élément central, lorsqu’il existe une banque centrale monopolistique comme en Europe, qui doit être au cœur de la lutte contre l’inflation. Il faut, comme l’a montré Milton FRIEDMAN, que la masse monétaire augmente d’un rythme faible et régulier, compatible avec l’évolution de la demande de monnaie. Dans ces conditions, le rôle de la banque centrale ne doit pas être de manipuler le taux d’intérêt mais de favoriser cette croissance régulière de l’offre de monnaie. Mais dans ce cas, la politique de la banque centrale ne doit pas accompagner la conjoncture ou se modifier au gré des circonstances. Cette politique monétaire doit être automatique et donc on pourrait, comme l’a dit FRIEDMAN, « remplacer le gouverneur de la banque centrale par une exponentielle ». On peut même aller plus loin que Friedman et, comme Hayek le préconisait, instaurer la concurrence monétaire. Car les Banques Centrales nationales ou Européennes sont soumises aux pressions des dirigeants politiques et leurs erreurs ne peuvent être rattrapées puisqu’elles jouissent d’un monopole.

Une concurrence monétaire, entre plusieurs monnaies que l’on pourrait choisir librement, serait beaucoup plus conforme à une véritable économie de libre marché. Et surtout, en privilégiant alors la qualité de la monnaie, la confiance que l’on peut placer en elle, elle serait bien mieux à même de maintenir la stabilité des prix. Mais c’est sans doute quelque chose de difficile à admettre pour le monopole de la BCE, qui n’a aucune envie de se saborder.

 

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