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ENFIN, UNE VRAIE RELANCE… PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jean Yves Naudet   
Mardi, 01 Octobre 2002 01:00

Le budget 2003 est enfin bouclé. Les arbitrages sont rendus. On discutera dans les médias de telle ou telle mesure symbolique, de la victoire d’un ministre plus dépensier sur un autre, moins dépensier que lui, ou de l’évolution infinitésimale – à la baisse – de tel impôt, largement compensée par une hausse de telle ou telle taxe…Tout cela est vain si l’on n’a pas d’abord une vue d’ensemble  du budget, ainsi que des intentions gouvernementales profondes.

Jusqu’à ces dernières semaines, on pouvait se méprendre sur celles-ci. Ne parlait-on pas de baisse d’impôts, de maîtrise des dépenses, ou de contenir le déficit ? Tout cela n’est pas mauvais en soi. Mais les dernières déclarations du Premier ministre ont un son bien différent et ont de quoi inquiéter tous ceux qui ont un peu de bon sens en économie. 

LA RELANCE PAR LA CONSOMMATION 

Le cadre général est simple : « la clef de tous les arbitrages a été l’emploi » (selon une dépêche de l’AFP du 20 septembre rapportant les propos de M. RAFFARIN).Jusque là rien de choquant, et l’on peut veiller à l’emploi en réduisant massivement les dépenses publiques et les impôts, par exemple. L’emploi devient une « priorité nationale », marquant, ce qui est à noter, un  changement de cap ou du moins de boussole, comme le soulignent les Echos du 23 septembre.

Mais le premier ministre va plus loin « Le gouvernement a fait le choix du soutien du pouvoir d’achat, de la consommation, avec prés de 4 milliards d’euros qui vont être injectés dans les semaines à venir dans notre économie grâce à l’allégement des impôts, à la prime pour l’emploi, tout en soutenant les entreprises ». Au cas où ce ne serait pas assez clair, J.P.RAFFARIN précise « Quand le carburant ne vient pas de l’international, il faut le stimuler dans notre économie, soutenir la consommation ». De toutes façons, si cela ne suffit pas, le soutien du pouvoir d’achat, ajoute le gouvernement, aura lieu grâce à l’uniformisation des SMIC (à la hausse, bien sûr). Bref ce budget réputé infaisable n’est pas subi, mais voulu, et il y a un refus de mener une politique de rigueur « qui n’aurait fait qu’aggraver la situation».C’est un choix pour la croissance (estimée à 2,4% seulement, en dépit de ces choix budgétaires…).

Comment n’y avions-nous pas pensé plus tôt ? La mauvaise situation de l’économie française, la récession et le chômage viennent d’un manque de carburant, et plus précisément de la consommation. Il faut combler ce manque et c’est l’Etat qui le fera en relançant la consommation.

Il y a un économiste qui avait fort bien préconisé cela. C’était, dans l’entre deux guerres, un certain John Maynard KEYNES. Sa politique de relance avait eu un grand succès politique, car elle plaît beaucoup aux politiciens : elle en fait des sauveurs de l’économie et elle leur permet de relancer la croissance et l’emploi uniquement en dépensant plus  qu’il n’y a  de recettes, c’est à dire sans que cela ne coûte - en apparence – à personne. Un véritable rêve pour les gouvernants. Bien entendu, cette politique a été employée presque sans interruption en France et ailleurs depuis la crise de 1929, du New deal ou autres relances du Front Populaire et d’ailleurs, jusqu’à son apothéose en 1981 avec la fameuse relance du début du premier septennat de François MITTERRAND, appliquée de main de maître par Pierre MAUROY et Jacques DELORS. Mais voilà 20 ans que l’on n’y pensait plus, du moins dans les rangs libéraux. 

KEYNES SEUL CONTRE TOUS 

Il est vrai que certains économistes chagrins- et de seconde zone- par exemple la quasi-totalité des prix Nobel d’économie, HAYEK et FRIEDMAN en tête, avaient cru bon de déclarer que la relance keynésienne était toujours vouée à l’échec. Ils prétendaient même le démontrer.

Certains expliquaient que les dépenses publiques, financées par l’impôt ou par le déficit (donc par l’emprunt) provoquaient un « effet d’éviction » en réduisant d’autant l’activité dans le secteur privé, faute de financement. Si l’on dépense de l’argent public, il reste moins d’argent pour le privé. D’autres affirmaient que toute politique conjoncturelle était vouée à l’échec parce qu’un effet éventuel- et provisoire- n’intervenait qu’avec retard ( un an au moins) et qu’entre temps la conjoncture avait le mauvais goût de changer, la relance intervenant au moment où l’économie était retombée en surchauffe. D’autres encore avaient le mauvais goût d’expliquer que si la relance de 1981 en France avait eu un effet, c’était d’avoir relancé l’économie allemande, qui, elle, avait les capacités d’offre pour répondre. Enfin les plus extrémistes racontaient que ce qui comptait ce n’était pas la demande, mais les capacités d’offre, l’investissement des entreprises, les incitations à entreprendre et à travailler, voire même la flexibilité et que tout cela viendrait d’un recul de l’Etat et en particulier d’une baisse de la pression fiscale et des dépenses publiques. 

RETOUR A 1981 

Après les chocs pétroliers de 1973-1975, la plupart des pays avaient donc abandonné les politiques keynésiennes au profit d’une économie de l’offre (« supply side ») qui a eu le mauvais effet de réduire le chômage et de relancer la croissance. La France elle-même se convertissait aux nouvelles idées : Raymond BARRE donnait la priorité à la stabilité monétaire alors que les keynésiens voulaient continuer à sacrifier la monnaie sur l’autel d’un « plein emploi » grâce aux illusions de l’inflation. Puis vint 1981. puis vinrent les socialistes. Puis viennent maintenant J.CHIRAC et J-P RAFFARIN. Alors que la France est au bord du gouffre, ils ressortent les vieilles recettes keynésiennes, la relance par la consommation et les dépenses publiques, ainsi que les bons vieux déficits budgétaires. Nous allons donc, seuls au monde, en tirer tous les bénéfices dès que l’admirable budget 2003 sera appliqué.

On peut, bien sûr, ne pas nous croire et nous accuser de faire un procès d’intention au gouvernement. Mais comment qualifier un budget dans lequel les dépenses publiques progressent (les effectifs budgétaires vont diminuer de 0,05% !), le déficit s’envole(44,6 milliards d’euros de déficit, alors qu’on en était encore à 29 milliards en 2000 et 32 en 2001 à l’époque de JOSPIN : c’est tout dire !) ainsi que la dette publique, et les impôts sont à peine réduits (sans que l’on touche vraiment à la progressivité) : c’est ce que l’on appelle un budget keynésien. Nous revoici sur le chemin de1981…

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1341 du 15 novembre 2017

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