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A l’occasion du bicentenaire d’Alexis de Tocqueville et de la 28ème Université d’Eté de la Nouvelle Economie (2005), l’ALEPS plaide pour le retour de la société civile :
« Beaucoup de nos contemporains ne font plus confiance à la société politique pour surmonter la crise économique, sociale et morale qui frappe le pays. Alors, ne serait-il pas temps de se tourner vers la société civile ? Mais où est-elle ? Que fait-elle ? Que pourrait-elle faire ? » Et aujourd’hui ?
 

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L’intérêt général, fruit des intérêts personnels

Turgot partage sans doute avec Adam Smith la paternité de la science économique ; contemporains, les deux hommes n’ont cessé de correspondre et de s’influencer mutuellement. Puisque l’économie se ramène au jeu de l’échange, les divers acteurs de la production y recherchent leur intérêt personnel. Les conflits d’intérêts sont naturels, mais ils se règlent harmonieusement par le contrat. Par contraste vouloir établir d’en haut un intérêt général et recourir à la puissance publique pour l’imposer ne fait que contrarier les intérêts des uns pour mieux servir les intérêts des autres. C’est en cela que les procédures marchandes sont supérieures aux administrations politiques.

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Libéralisme et aliénation PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Vendredi, 22 Juin 2012 01:00
 Galbraith image

L’avoir et l’être 

« La société de consommation a privilégié l'avoir au détriment de l'être ».

La sentence de Jacques Delors mérite d’être commentée, car elle dit tout et son contraire.

Au premier degré, il s’agit d’une attaque contre le libéralisme : la recherche de la rentabilité et de la productivité aboutirait à déposséder l’être humain de sa personnalité (être) pour le rendre esclave de la consommation (avoir). Le libéralisme serait aliénation, servitude. L’abondance de toutes choses dégraderait les vertus morales. Le libéralisme serait corrupteur.

Mais il s’agit aussi d’une curieuse conception de l’être humain, emporté dans la spirale sociale, privé de toute volonté, de toute autonomie, incapable de braver les interdits ou les pulsions de la société. Alors est-ce l’homme qui a changé de nature en consommant, ou est-ce la société qui a emporté l’homme dans le matérialisme ? Responsabilité personnelle ou collective ? 

Consommation subie ou consommation choisie 

L’esclavage de l’homme pourrait venir de la pression exercée par les producteurs sur les consommateurs, notamment à travers la publicité. Celui qui serait spontanément porté vers une vie d’équilibre et de modération en serait rendu incapable par le matraquage publicitaire dont il est l’objet. Il consomme, surconsomme, s’endette, se surendette. Il n’est pas jusqu’au keynésianisme, pourtant aux antipodes du libéralisme pour expliquer que consommer est un devoir, un bienfait social, parce que la dépense, même inconsidérée, crée des emplois et des richesses. C’est le sens de la Fable des Abeilles de Mandeville.

L’être humain ne serait-il qu’un jouet entre les mains des magiciens de la publicité et des mass media ? C’est ce qu’a prétendu John Kenneth Galbraith : « Ce sont les entreprises qui imposent des produits aux consommateurs, et non l'inverse ».

Heureusement il n’en est rien. La publicité est avant tout une information sur les services rendus par un produit. L’information sur le produit fait partie du produit, et le producteur n’a aucun intérêt à tromper durablement tous les consommateurs. Certes, les études de marché ont pour but de mettre en avant ce qui a le plus de chance de plaire au client. Mais c’est le sens de l’économie et de l’entreprise que de répondre aux insatisfactions. Si la publicité est mensongère, le client finira bien par s’en apercevoir. Sans doute essayer un produit pour s’apercevoir qu’il n’est pas celui que l’on désire engendre une dépense et un gaspillage, d’autant plus dommageables que le produit est cher. Voilà pourquoi l’acheteur d’une automobile n’est pas aussi influençable que l’acheteur d’une poudre à laver ; il cherchera à confronter l’information donnée par le constructeur avec celle qu’il peut trouver dans son entourage, dans des revues spécialisées, auprès d’autres utilisateurs. Dès lors, la consommation est bien l’objet d’un libre choix. 

 La liberté du choix

La liberté du choix  

C’est le titre d’un ouvrage célèbre de Milton Friedman. Si la société de consommation et l’économie de marché sont l’objet de tant d’attaques, c’est que trop de beaux esprits s’arrogent le droit de dire ce qui est bien et ce qui est mal, de ranger les consommations nécessaires de celles qui ne le sont pas. Il y a le nécessaire et le superflu.

Mais qui est capable de définir le superflu ? Le superflu de l’un peut être tenu pour nécessaire par l’autre. Et, suivant les circonstances, je tiendrai demain pour superflu ce qui me semble aujourd’hui nécessaire. Ai-je besoin de lunettes de soleil les jours de pluie ?

En fait, ceux qui se proposent et se permettent de juger les choix des consommateurs sont hostiles à la liberté du choix ; ils ne veulent pas admettre la subjectivité des décisions individuelles.

Ainsi les choix de consommation sont-ils l’expression de la personnalité. Cela est visible même dans des communautés réduites comme la famille, où il pourrait y avoir un mimétisme niveleur. Trois frères peuvent pratiquer trois sports différents. L’un claque tout son argent, l’autre fait construire une maison, un troisième collectionne les objets de luxe.

En ce sens il est impossible d’opposer l’avoir et l’être. Car ce que je consomme (avoir) est un reflet de mes goûts (être). Et ce que je possède (avoir) n’est en général que le résultat de mes talents personnels (être). 

La liberté et le marché limitent la corruption 

La vertu morale du marché est de rendre les hommes responsables de leurs décisions. Ils ne peuvent consommer que sur la base des services qu’ils ont eux-mêmes rendus. Nous sommes tous simultanément consommateurs et producteurs.

Cette correspondance entre libres choix et justes rémunérations est brisée dans plusieurs cas, qui précisément sont éloignés de la logique de l’échange marchand. Il y a le cas de celui qui consomme plus que ce qu’il a produit : il vit à crédit – ce qui n’est pas une vie. Il y a le cas de celui qui sans produire a de l’argent pour consommer : il bénéficie d’une redistribution du « droit à consommer » qu’est l’argent. Il y a enfin et surtout le cas des économies dirigées, où ne peut vivre dans l’aisance qu’une nomenklatura politique et bureaucratique. Ici c’est le règne du marché noir, des prévarications, des spoliations : oui, vraiment, il s’agit d’une société où l’être est sacrifié sur l’autel de l’avoir. Mais voilà : ce n’est pas une société de liberté. 

La liberté ordonnée à la dignité 

En fait, ce que Jacques Delors déplore, c’est que les choix de consommation puissent modifier la personnalité des êtres humains, jusqu’à la ruiner. Ce risque est réel, mais c’est le risque de la liberté : nous avons le choix entre nous épanouir et développer nos vertus morales et spirituelles, ou nous avilir et cultiver nos vices.

Sans doute les habitants des pays pauvres n’ont-ils pas, ou pas autant, à gérer ce dilemme de la consommation qui détruit. La « société de consommation » suppose un niveau de développement et de croissance qui donne le choix aux consommateurs, c’est déjà mieux que rien.

Que les personnes fassent de mauvais choix, considérés en tout cas comme tels dans une perspective morale traditionnelle, c’est encore et toujours le corollaire de la liberté. Dans cette perspective, on peut certainement condamner certaines consommations (de drogue par exemple) qui transforment l’homme libre en esclave dépendant. On peut aussi regretter qu’une partie importante du budget passe en consommations « subies » ou mimétiques (avalanches de jouets, énormes voitures, etc.).

Mais ce sont alors les qualités personnelles qui font défaut. L’éducation n’a pas été adaptée à la liberté nouvelle : les « nouveaux riches » n’ont pas encore maîtrisé la liberté qui leur est offerte par le progrès économique. Beaucoup de gens ne savent pas encore que la liberté a pour prolongement la responsabilité, et que la liberté n’a pas été inscrite dans notre nature pour nous faire revenir à l’état animal. La liberté est faite pour que nous soyons un peu plus humains, un peu plus dignes. Il faut parfois toute une vie, ou plusieurs générations, pour le comprendre. Etre plus en ayant plus : tel est le défi, il est moral et personnel.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1337 du 14 octobre 2017

Editorial : L'école de la République
Actualité
:
Une grève tout à fait logique - L’avenir est-il à la confédération ?  - La discussion du budget 2018 est en marche
Connaissance du libéralisme :
Liberté et droit, la synthèse
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