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Jacques Garello l www.libres.org

Lettre ouverte aux retraités actuels et futurs, cet opuscule est un véritable condensé de tout ce que Jacques Garello a écrit sur le sujet. A lire absolument si vous vous interrogez sur le futur du système des retraites par répartition.

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Science économique, science du comportement 

Ludwig von Mises appartient à « l’école autrichienne d’économie » fondée par Carl Menger, dont il reprend les deux idées majeures : l’individualisme méthodologique (on ne peut comprendre l’économie qu’à partir des décisions prises par les individus), la subjectivité de la valeur (la valeur attribuée à un bien ou service varie avec chaque individu et chaque contexte).

Allant plus loin que son maître de Vienne, Mises fait de la science économique une branche de la « praxéologie », science de « l’agir humain » : comment les hommes se comportent-ils dans les choix qu’ils ont à faire dans la vie ? Obéissent-ils à une logique immuable et quantifiable (position des purs rationalistes et des inventeurs néo-classiques de l’homo oeconomicus) ? Sont-ils conditionnés par l’histoire (position des historicistes allemands qui entretiennent une violente querelle avec les économistes autrichiens) ? Ou sont-ils simplement guidés par ce qu’ils pensent être leur intérêt, compte tenu des multiples paramètres qui entrent dans leur calcul ? Ceci est la position des classiques libéraux depuis Adam Smith, c’est celle des économistes autrichiens.

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La libre entreprise et le libre échange responsable du chomâge ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Vendredi, 21 Septembre 2012 01:00
Le grand prophète de la "troisième révolution industrielle"

La liberté, c’est la fin du travail

 

Jeremy Rifkin est le grand prophète de la « troisième révolution industrielle ». Elle est encore à venir, mais elle ne manquera pas de se produire rapidement parce que la société libérale actuelle produit du chômage, dégrade la planète, et surconsomme des énergies fossiles.

Ce serait donc la triste rançon d’une économie où la recherche du profit consiste à vouloir toujours plus, donc à produire toujours plus en supprimant de plus en plus d’emplois.

 

La troisième révolution

Pour Rifkin et les siens, les technologies actuelles privent un grand nombre de salariés de leur emploi. Le travail naguère accompli par l’homme est désormais confié à des machines et robots, nés de l’informatique. L’informatique ne pourra jamais absorber tous les chômeurs victimes de la course à la productivité. La mondialisation aggrave le phénomène, car c’est vers les pays où le travail est moins payé et moins qualifié que les entreprises se délocalisent.

La technologie, la productivité, la mondialisation : voilà les ennemies du travail.

Il y aurait cependant une parade à cette prospective apocalyptique : la révolution à base de nouvelles énergies (dont l’hydrogène produit à partir d’énergies renouvelables). Cette nouvelle ère technologique s’accompagnerait d’un développement d’un tiers secteur ni public ni marchand et de la réapparition de l’empathie, désir de se dégager du matérialisme pour se mettre au service des autres.

 

Vers la saturation des biens économiques ?

La prospective de Rifkin passe tout à fait sous silence un trait fondamental de la nature humaine : nous sommes des insatisfaits. L’être humain préfère toujours plus à moins. Sa soif de satisfactions est inextinguible.

La célèbre échelle de Maslow rend à peu près compte du phénomène : après avoir pensé à survivre et à se protéger (besoin de nourriture, de logement, de vêtement), l’homme pense à communiquer (transport, langage, loisirs), puis aussi à élargir ses connaissances (instruction, culture), et à prendre conscience de sa dimension spirituelle. A chaque degré de cette échelle, les insatisfactions sont toujours présentes. La nourriture est devenue un plaisir autant qu’une condition de survie. L’imprimerie a élargi le savoir. La « révolution industrielle » a multiplié les produits, en quantité et en qualité.

Pourquoi cet élan vital, cette tension vers l’infini, cesseraient-ils avec le temps ? Nous disons bien que l’homme est un « éternel » insatisfait. Ce que Rifkin prend pour une course à l’apocalypse n’est en fait qu’une quête de progrès personnel. Qu’elle se fasse dans des conditions hasardeuses ne change rien à l’affaire ; tout au contraire, cela explique l’innovation qui vient corriger les erreurs de choix antérieures.

 

Le chômage progrès

L’innovation, il est vrai, va déplacer les efforts productifs d’un produit vers un autre, d’une technique à l’autre, d’une entreprise à l’autre. Ce déplacement se fait parfois à l’intérieur même de l’entreprise, et c’est ce qui assure sa pérennité et celle des emplois : au sein de la firme, on développe tel modèle, tel département, et on y adapte le personnel.

Mais il est également probable que le déplacement amène à supprimer des emplois.

En ce sens, on peut dire en effet que le progrès crée du chômage.

Il faut cependant observer les caractéristiques de ce chômage :

1° Il est d’une amplitude bien faible, et ne représente guère que 2 ou 3 % du total de la main d’œuvre active. Sur une population de 25 millions d’actifs, on peut estimer à 250.000 le nombre de personnes qui quittent un emploi chaque année. C’est une sorte de « volant d’inertie » de l’économie. On est loin des 3 millions de chômeurs.

2° Il est de courte période, car en même temps que des emplois anciens disparaissent à cause de l’innovation, de nouveaux emplois apparaissent. Ce qui est décisif, c’est le temps de passage des uns aux autres, c’est la facilité avec laquelle la main d’œuvre peut se déplacer et s’adapter. Les systèmes de placement et de formation sont ici en cause. Mais c’est surtout la réglementation qui importe : elle peut favoriser ou entraver la fluidité des emplois. Jusqu’à une période récente, la durée moyenne de chômage aux Etats Unis était inférieure à 6 mois. Le chômage progrès n’est donc pas la cause du chômage de longue durée, qui est bien plus dramatique, humainement et économiquement.

 

Le chômage refus

En fait le chômage massif et de longue durée connu depuis des années par certains pays (comme la France) ne doit rien à la productivité ni à l’innovation. Il est dû aux interventions intempestives de l’Etat sur les marchés et dans les entreprises. Il oppose un refus à l’adaptation et à la mobilité.

Contre l’innovation qui menace certains emplois, les pouvoirs publics vont adopter des politiques de soutien : subventions, prix administrés, exonérations fiscales et sociales, permettent la survie d’entreprises incapables de s’adapter. Les nouveaux emplois n’apparaîtront pas, tandis que l’on s’accrochera à des emplois qui, à plus ou moins long terme, disparaîtront de toutes façons. On peut manquer de main d’œuvre dans certains secteurs, alors qu’elle est pléthorique ailleurs. Les entreprises publiques, dont les déficits sont couverts par les contribuables, peuvent se permettre de « garantir » des emplois. La meilleure garantie : l’emploi à vie des fonctionnaires – ce qui écarte tout risque d’innovation et de productivité !

Mais, pire encore, la réglementation du marché du travail a des effets destructeurs d’emplois. Les difficultés administratives et sociales mises à l’embauche et au licenciement dissuadent les entreprises de gonfler leurs effectifs. Les rémunérations (à commencer par le SMIC) ferment l’accès au travail des jeunes en particulier.

 

 Le chômage massif provient de ce que l’on subventionne le travail non qualifié

Progrès de l’emploi, progrès des hommes

En Europe, comme l’a démontré Gary Becker, le chômage massif provient de ce que l’on subventionne le travail non qualifié : son coût relativement élevé par rapport au salaire d’une personne qualifiée donne la préférence à celui qui est qualifié. Un travailleur non qualifié qui bénéficie d’un salaire supérieur à sa productivité ne voit pas l’intérêt de se qualifier : le supplément de gain ne vaut pas un effort ou une responsabilité supplémentaire. Or, il se trouve aussi que le travailleur sans qualification est celui qui sera le premier évincé, et celui qui subit la pression la plus forte de la concurrence des travailleurs des pays émergents.

Distorsion des prix et des profits, irresponsabilité, rigidité : voilà de quoi créer toutes les conditions d’un chômage qui devient ainsi un fléau social.

C’est un scandale public, doublement public : d’une part, parce que l’origine en est la puissance publique ; d’autre part, parce que l’on sait très bien réduire ce chômage au minimum et que les autorités publiques ne veulent pas le faire.

Jeremy Rifkin et les autres se trompent : ce n’est pas la technique qui tue l’emploi, c’est la politique. Les hommes qui cherchent le progrès ne sont pas suicidaires ; ils méritent qu’on les laisse libres de progresser eux-mêmes et d’occuper les emplois du progrès.

 
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Au sommaire du n°1337 du 14 octobre 2017

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