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Dimension morale du libéralisme PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Vendredi, 28 Septembre 2012 01:00
Le libéralisme détruit la foi

Le libéralisme détruit la foi

Un croyant peut-il être libéral ? Beaucoup de personnes s’arrêtent aux portes du libéralisme quand il devient libéralisme philosophique. D’accord pour le libéralisme économique, le marché et la propriété, d’accord pour le libéralisme politique, l’état de droit et la démocratie, mais pas d’accord pour le libéralisme philosophique : il combat la religion et conduit au relativisme.

 

Libéralisme, religion et vérité

La condamnation du libéralisme philosophique par le Pape Pie IX en 1864 (dans l’encyclique Quanta Cura et le Syllabus) hante l’esprit de beaucoup de catholiques. Mais de quel libéralisme s’agit-il ? A n’en pas douter, Pie IX a visé certains philosophes des Lumières et la Libre Pensée maçonnique fortement anti-religieuse et anti-cléricale. Dans cette mouvance intellectuelle, l’homme est libre quand il se dégage de Dieu, ou du moins du Dieu révélé et ressuscité qui fonde le christianisme ; à plus forte raison l’homme doit-il se libérer de l’Eglise catholique.

Mais l’attaque contre le libéralisme philosophique ne vient pas que des catholiques. On la trouve chez Tocqueville (qui passe pour libéral) dans sa critique de l’individualisme : la liberté politique est un bienfait, mais elle débride un individualisme forcené qui donne à chacun l’illusion qu’il connaît tout et détient sa propre vérité.

Ce relativisme est poussé à l’extrême chez les « post-modernes » : il n’existe pas de vérité, ni même d’évolution, parce que seul existe l’instant présent, de sorte que les individus et les groupes se régénèrent et se restructurent en permanence. Plus rien ne dure, plus aucun principe ne prévaut.

 

Libéral-libertaire ?

Daniel Cohn Bendit s’est défini comme un « libéral libertaire ». C’est réellement faire injure au libéralisme que de le réduire à la liberté pour chacun de faire n’importe quoi. C’est ignorer le libéralisme que d’en faire la libération de tout lien, de toute moralité.

Le libéralisme est individualisme dans la mesure où il professe que chaque être humain est responsable de ses actes, notamment vis-à-vis des autres. La responsabilité est indissociable de la liberté. La liberté n’est pas la permissivité, puisque la liberté des uns est limitée par le respect de la liberté des autres. Le libéralisme sans le droit, sans la règle sociale, n’existe pas, les textes de Hayek, Bruno Leoni, sont sans ambiguïté là-dessus. Les libéraux s’inquiètent seulement de la façon dont la règle sociale émerge : est-ce par décret du pouvoir politique (ordre créé) ou est-ce par l’expérience vécue qui révèle ce qui est favorable ou nuisible à la nature de l’homme et à l’harmonie sociale (ordre spontané) ?

Le libéral n’est donc ni un libertaire, ni un libertin. Et Cohn Bendit caricature volontairement le libéralisme en s’en réclamant.

 

 Maurice Blondel, l'Action

Où est la vérité ?

Vieille question qui hante l’esprit humain. Une réponse est celle du relativisme : à chacun sa vérité. Le Pape Benoît XVI a fait du relativisme sa cible prioritaire. Un croyant ne peut pas admettre qu’il existe plusieurs vérités. Jésus l’a dit : « Je suis la Vérité ».

Pour le croyant, si Dieu est Vérité, cela ne signifie pas qu’il maîtrise et accepte fidèlement cette vérité. Il ne la maîtrise pas : seul Dieu connaît la vérité. L’arbre dont les fruits ne devaient pas être cueillis dans le Paradis Terrestre s’appelait « arbre de vérité », il marquait la différence entre la connaissance universelle et l’information parfaite, auxquelles aucun esprit humain ne peut accéder, et les bribes de vérité que l’être humain peut découvrir par sa raison, ou avec l’aide de la grâce divine.

En d’autres termes, le croyant est en recherche de vérité parce qu’il est en recherche de Dieu, et toute sa vie est animée par la tension vers Lui, sans jamais y parvenir totalement. Cette incomplétude, cette imperfection de la nature humaine mesurent la distance à Dieu et le péché originel, péché d’orgueil, n’est autre que la négation de cette distance.

Rien dans la religion chrétienne, et surtout catholique, n’oppose la vérité et la liberté. La liberté de l’homme est de chercher la vérité, sachant que la vérité est en Dieu et dans le message d’espérance et de charité que le Christ nous a laissé dans l’Evangile. Foi, espérance et charité.

Aussi n’est-il pas surprenant que des philosophes catholiques se soient employés à conjuguer catholicisme et libéralisme. Au XXème siècle on retiendra Jacques Maritain, mais surtout Maurice Blondel (dans L’action) pour qui la liberté est ce qui permet à l’homme de « rester fidèle à son élan », de poursuivre le chemin qui le mène à la vérité, qui le mène à Dieu. Ce chemin n’est ni intellectuel ni même spirituel : il est vécu dans les actes de la vie quotidienne.

La Vérité est une, la recherche de la vérité est personnelle et plurielle.

 

La foi et la liberté

Même s’ils sont éclairés par la foi religieuse, les croyants catholiques ne sont pas les seuls à rechercher la vérité. Par nature l’homme est un insatisfait, il est en quête de progrès et de perfection. Séparer la foi et la liberté signifie que cette quête est aveugle, purement circonstancielle.

Sans doute certains évènements sont-ils de nature à éclairer une vie et à lui donner un sens nouveau. Mais peut-on progresser sans repère, sans référence ? La liberté implique au minimum le choix entre deux actions, entre deux vies. Le choix existe-t-il quand il y a indifférence, quand le bien et le mal, le beau et le laid, n’ont pas de sens, pas de hiérarchie ? L’éthique et l’esthétique impliquent une foi, dans le Bien, dans le Beau. Aristote le pressentait déjà dans son « Ethique à Nicomaque » : pour accéder au souverain bien et au bien commun, il faut des vertus comme la justice, l’amitié, la prudence. Autant de repères pour l’homme libre.

Ainsi l’être humain ne peut-il conduire sans vie sans croire à quelque vérité, sans avoir foi en quelque chose.

Une telle approche est évidemment niée par les nihilistes et les post-modernes, pour lesquels tout change en permanence, et rien ne vaut. Mais où est la liberté de l’homme qui ne trouve aucune valeur à sa mesure, autre que l’instant ? L’homme libre peut-il être prisonnier du temps ? Les partisans du faux libéralisme ont cru trouver la liberté dans l’affranchissement de toute valeur, de toute référence. Le vrai libéralisme, celui qui mérite d’être connu, servi et vécu, est celui qui conjugue foi et liberté.

 
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Au sommaire du n°1330 du 11 juillet 2017


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