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Écrit par Jacques Garello   
Jeudi, 15 Novembre 2012 00:00

 

 Ludvig von Mises l www.libres.org

Le constructivisme: une présomption fatale

 

Nul n’est allé plus loin dans l’analyse du socialisme que Ludwig von Mises (Le Socialisme, traduit en français et publié en 1938). Il présente ainsi l’essence du socialisme : la construction d’une société parfaite à travers une organisation collective.

Tous les mots ont ici leur importance.

Les socialistes s’intéressent à la société, pas à l’individu. Non qu’ils ignorent l’humanité, ils en veulent au contraire le bonheur, mais c’est de la bonne organisation de la société que dépend ce bonheur. Le socialisme s’attache au tout, pas au détail : on appelle encore cela le « holisme ».

Cette société est à construire. Comme pour toute construction il faut un plan, avec le plus possible de détails, d’où la nécessité de tout régenter. Pour reprendre l’opposition de Hayek, leur ordre social est créé, il n’est pas spontané, il ne résulte pas de l’expérience vécue, de la pratique des relations entre les hommes, des leçons qu’enseigne l’histoire des succès et des erreurs. Il résulte de la raison, de la perfection de l’intelligence d’un homme isolé ou d’une secte.

Quelle perfection recherche-t-on à travers cette société ? On a l’embarras du choix : la paix, la justice, la prospérité, la concorde, le bonheur. Bref tout ce qui peut séduire le chaland. Ici il y a de petits boutiquiers (comme Fourier et les sociétés d’harmonie) ou de grands magasins (comme Marx et la société sans classe). Les bienfaits pour l’humanité vont du bien-être matériel à l’épanouissement physique avec la naissance d’un homme nouveau : chez Fourier l’homme qui vit dans le Phalanstère est doté d’un cinquième membre, et il n’est pas jusqu’aux animaux eux-mêmes qui changent de corps ou de comportement.

« Présomption fatale », dit Hayek dans son tout dernier ouvrage : derrière la société parfaite se profile un univers concentrationnaire.

 

 

 Karl Marx l www.libres.org

L’utopie parée des vêtements de la science 

Mises insiste beaucoup sur le fait que le socialisme que nous connaissons a fait un pas décisif au XIXème siècle, quand il est passé de l’utopie à la science.

Les ancêtres des socialistes étaient apparemment des rêveurs. En général, ils pensaient que la société parfaite était derrière eux. Revenir à la société primitive, à son organisation présumée harmonieuse, était l’objectif. C’est, dit Mises, « le socialisme de village » : le petit cercle, la communauté où l’on partage, dans un monde d’abondance qui n’a pas encore été pollué par l’argent. Rousseau inspire encore aujourd’hui beaucoup de « socialistes verts », qui prônent l’écologie pour mieux nous affranchir de l’économie corruptrice et polluante.

Cette version utopiste, ce doux rêve de sociétés célestes, n’a jamais séduit qu’une élite éclairée (ou aveuglée) et a laissé les peuples globalement indifférents.

Le pas décisif a consisté à accommoder le socialisme à la sauce scientifique. Ce sont les acquis de la science qui permettent d’organiser la société parfaite. Les socialistes ont pris le train du progrès scientifique en marche et c’est ce qui les a menés si loin et si vite. Qui pourrait rejeter les principes d’une société scientifiquement organisée ? Chez Saint Simon ce sont les savants (entendus au sens large, incluant par exemple les artistes) qui donnent à la société la bonne direction pour la conduire au progrès. Chez Marx, point n’est besoin de savants organisateurs. Ce sont les lois de la science économique elle-même qui guident inexorablement vers la société sans classe. Marx se prévaut des travaux de Malthus, Ricardo (« mon grand’père » dit-il) : certains parlent de lui comme du « dernier des grands classiques ». Quelle promotion, quelle autorité intellectuelle ! Voilà la loi du socialisme sur un pied d’égalité avec la loi de la pesanteur. Nul ne saurait la contester.

 

Disparition de l’individualité, appel à l’Etat 

Les lois scientifiques s’imposant à tous, le socialisme ne tolère pas les initiatives individuelles. L’organisation constructive de la société parfaite est collective. Ici s’impose la condamnation de la propriété privée et l’appropriation collective des biens, notamment du capital, source de la production de tous les biens. Le capitaliste propriétaire a des plans qui ne concordent pas avec l’intérêt général, puisqu’il recherche son profit personnel au bénéfice des autres.

Cette implacable logique est aussi le talon d’Achille du socialisme, elle lui a valu sa condamnation de tous les défenseurs de la personne humaine, dont on sait qu’elle « naît propriétaire » comme disait Bastiat.

Il est d’ailleurs remarquable que dans les écrits de Marx et de tous les partisans de la propriété collective, il n’y ait jamais eu de détail sur la façon de gérer une propriété collective, sinon de la confier aux hommes de l’Etat. Voilà donc l’Etat, présenté naguère comme instrument d’oppression du capitalisme, devenu maintenant instrument de construction du socialisme.

Pourtant, ce handicap viscéral peut se transformer en nouvel atout : en glissant fatalement du socialisme vers l’étatisme, les socialistes attirent tous les partisans du despotisme, y compris bien sûr ceux que la « droite » nourrit en son sein. Il est alors difficile de séparer le bon grain de l’ivraie. Droite et gauche se rejoignent sur l’essentiel : instaurer le règne de l’Etat, planifier et centraliser.

 
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