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Ce livret destiné à des militants libéraux avait deux objectifs : d’une part, rappeler le contenu du contrat que des candidats libéraux devraient passer avec les électeurs, d’autre part, imaginer deux scénarios de l’alternance : la gauche reconduite en 2002 et en 2007, mais devenue libérale, ou la droite au pouvoir en 2002 et pour longtemps. En fait, la droite a gagné en 2002, mais le scénario « Thatcher » n’a jamais fonctionné, et la gauche reprend le pouvoir en 2012 !

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La route de la servitude

En décembre 1943 Hayek écrit à Londres un ouvrage qui porte ce titre. En 1945, ce livre lui vaudra la célébrité :

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Egalité des droits ou égalité des situations ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Vendredi, 07 Décembre 2012 00:00
 John Rawls l libres.org

Tandis que le libéralisme prône l’état de droit, aucun homme ne pouvant ni se mettre hors la loi ni prétendre faire la loi, le socialisme propose la « société des égaux », celle où il n’y a plus aucune différence entre hommes, tous ayant la même destinée et la même situation.

Il ne saurait en être autrement ; d’une part, tous sont soumis à un pouvoir politique central et nulle diversité n’est durablement tolérée entre individus, entre communautés ; d’autre part, la doctrine socialiste voit la source des injustices dans la propriété privée, qui elle-même crée un clivage entre possédants et exploités ou, ce qui revient au même, entre riches et pauvres. 

 

La justice, c’est l’égalité

Le propre du socialisme est d’assimiler justice et égalité. Une société juste peut se construire de deux façons. La première, que j’appellerai égalitarisme ex ante, est d’établir toutes les conditions pour empêcher les inégalités d’apparaître. Cela s’obtient par la prise en mains totale par l’Etat du sort de chacun, à qui on assigne un savoir, un métier, un logement, voire même un mode de vie ou de reproduction (l’enfant unique des Chinois, l’eugénisme des nazis). Cet égalitarisme totalitaire a été dramatiquement vécu par des millions d’êtres humains.

La deuxième est la mise en place de l’égalitarisme que j’appellerai ex post. Ayant pris acte d’inégalités qui auraient échappé à toute prévention institutionnelle, à toute vigilance gouvernementale, l’Etat va rétablir l’égalité en abaissant les uns pour redresser les autres. Il s’agit donc de redistribuer les revenus, les fortunes. Cependant, dans sa « Théorie de la justice », le philosophe John Rawls en vient à se demander si la redistribution au-delà d’une certaine intensité ne vient pas compromettre les chances de l’égalité à long terme. Car Pierre n’est dépossédé au bénéfice de Paul que dans la mesure où il a creusé la différence en sa faveur. Si Pierre à son tour éprouve le sentiment d’une spoliation, d’une injustice, il risque de changer de comportement. Mais alors quel est cet optimum social et socialiste qui permet de donner le plus possible à ceux qui en ont le moins (maximin), sans compromettre la redistribution ? Rawls ne donne pas la réponse, ni davantage Armatya Sen, prix Nobel d’économie, qui a pourtant travaillé avec talent sur la mesure des inégalités et leur évolution.

 

Egalitarisme contre Personnalisme

Ce que les socialistes ne veulent pas admettre, c’est que la situation des individus n’est pas principalement une question sociale, mais un problème personnel. Les écarts de revenus ou de richesse ne signifient rigoureusement rien pour la justice, car ils s’arrêtent à des situations, c'est-à-dire à des observations statiques. Ce qui est important n’est pas qu’il y ait des riches et des pauvres, car un individu sera toujours le riche ou le pauvre de quelque autre. Dans une société de libertés, les êtres humains sont appelés à améliorer leur sort ou condamnés à l’aggraver, suivant leur action, suivant leur art d’exploiter leurs talents. Donc, ce qui est important c’est la possibilité de progresser, c’est l’espoir pour les pauvres d’aujourd’hui de devenir les riches de demain. La justice consiste donc non pas à niveler, à brider l’élan de progrès qui habite les individus, mais à leur permettre de s’élever dans l’échelle sociale, ou dans le savoir, ou dans le bonheur.

Le socialisme n’a bâti à ce jour que des univers d’une tristesse sans fond, il a brise le rêve de promotion, il a sanctionné la réussite. Les attaques contre la propriété ne sont ni plus ni moins que des attaques contre la personnalité.

 

L’égalitarisme à l’œuvre

L’égalitarisme s’exprime concrètement dans les modalités de la redistribution et dans la mise en place de divers services publics. La voie royale de la redistribution c’est la fiscalité, et précisément la progressivité. « Faire payer les riches » est le slogan de tous les impôts socialistes. La variante « taxer le capital au lieu de taxer le travail » a aussi beaucoup de succès : voilà un excellent prétexte pour assommer d’impôts les entreprises, les opérations financières, l’épargne et la transmission du capital. Les droits de succession sont d’inspiration purement socialiste, ils ne se légitiment que par le désir de remettre le compteur des richesses à zéro à chaque génération.

La « protection sociale » est également d’inspiration égalitaire. Elle installe en fait des millions de personnes dans l’assistanat : ne faut-il pas leur garantir un pouvoir d’achat qui rétablisse l’égalité avec ceux qui s’en sortent tout seuls ? Paradoxalement, l’égalitarisme se transforme en clientélisme, puisque les allocations et subventions diverses vont surtout à ceux auxquels les hommes politiques ont fait des promesses démagogiques. L’égalitarisme débouche ainsi sur des privilèges.

Enfin, on met à la disposition des citoyens des « services publics » devant lesquels ils sont supposés être égaux : l’école pour tous, la poste, la culture, le sport, la santé pour tous. Mais la gestion de ces services est telle que la plupart des gens n’en sont pas satisfaits, surtout compte tenu du prix (inégal) qu’ils payent. Quelle égalité devant la grève des trains, le retard du courrier, l’attente dans les hôpitaux ? C’est une égalité de façade.

 

 Lord Acton l www.libres.org

Des égaux plus égaux que les autres

En fait toutes les expériences socialistes se sont soldées par l’apparition et le développement d’une nomenklatura qui non seulement vit mieux que le peuple, mais se place également au dessus des lois. Peut-il en être autrement ? La centralisation du pouvoir propre au socialisme est source de privilèges et de corruption. S’enrichir est rapide, pourvu qu’on ne soit pas regardant sur les moyens : concussion, dénonciation, spoliation, etc. « Le pouvoir corrompt, tout pouvoir absolu corrompt absolument ». J’ai déjà cité la formule de lord Acton. C’est l’usage du pouvoir qui permet de confisquer toutes les richesses, et en toute impunité.

L’inégalité est aussi dans l’esprit des dirigeants : dans une république socialiste, le peuple doit être éclairé par le dictateur père du peuple, guide de la nation, chef suprême. Autre variante despotique : Saint Simon et Lénine ont légitimé la suprématie d’une minorité éclairée Saint Simon met la société socialiste entre les mains des savants. Aujourd’hui les savants sortent des grandes écoles et de la plus grande d’entre elles, l’ENA. Lénine ne croit pas que le peuple soit capable d’organiser la révolution prolétarienne : il faut le parti, seul capable de réussir le coup d’Etat. Dans cette double tradition, la France a admis la position éminente d’un petit nombre de dignitaires issus des grands corps de l’Etat. Ils ont droit à tous les égards, puisqu’ils œuvrent pour le peuple, sa prospérité et son bonheur. Voilà qui me paraît assez contradictoire avec l’égalitarisme qui emplit les discours socialistes. Le socialisme « populaire » n’est pas pour demain.

 

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Au sommaire du n°1312 du 14 mars 2017


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