OMC : LA FRANCE QUI FREINE


 

 

Il y a la France qui tombe, sous le poids de la fiscalité et de la bureaucratie, et il y a désormais la France qui freine, celle de notre classe politique. C’est particulièrement vrai ces temps-ci à propos du commerce international et des négociations de l’OMC. Non que nous soyons des inconditionnels des grandes bureaucraties internationales comme l’OMC, mais il faut reconnaître que cet organisme penche plus dans le sens de la liberté du commerce que dans celui du protectionnisme.

Les dernières négociations dans ce domaine, celles du cycle de DOHA, ont pour l’instant échoué, en raison du protectionnisme des pays riches, notamment en matière agricole. Contrairement à ce que pensent beaucoup de Français, ce sont les pays pauvres qui plaident pour l’ouverture des frontières, car le protectionnisme des pays riches leur ferme de nombreux débouchés. Et la lutte ne se fait pas à armes égales entre ceux qui peuvent subventionner leur agriculture, et donc vendre artificiellement moins cher, et ceux qui ne le peuvent pas.

Il y a cependant un espoir pour débloquer les négociations commerciales, en particulier parce que le Commissaire européen au commerce, Peter MANDELSON, est prêt à discuter avec les Américains de nouvelles concessions réciproques pour réduire notre protectionnisme agricole des deux côtés de l’Atlantique. Il y a, comme le dit le Commissaire, une « fenêtre d’opportunité » d’ici Pâques. Cette opportunité a été confirmée à Davos.

Oui, mais voilà : ce calendrier ne convient pas du tout aux hommes politiques français, car il se chevauche avec celui de l’élection présidentielle et il n’est pas question pour notre classe politique de se fâcher avec l’électorat rural. Le chancelier MERKEL comme le Président BUSH veulent avancer. Mais, comme le signale Le Monde à la une, « Paris ne veut pas entendre parler d’un éventuel compromis avec les Américains ».

En effet, il est question de réduire de 54% les tarifs douaniers agricoles (contre 39% dans la dernière offre officielle) et de plafonner à 17 milliards de dollars les subventions américaines les plus anticoncurrentielles. La semaine dernière à Bruxelles notre ministre du commerce extérieur, Christine LAGARDE, s’est fâchée : « C’est toujours l’Europe qui fait les premiers pas et formule les meilleures offres », alors que l’on est parti, contrairement à ce qu’elle dit, sur le base de concessions réciproques. Commentaire du Monde, en titre, « Paris entrave la relance des négociations de l’OMC ». Et, sur toute la page 8, « La France bloque la relance des négociations à l’OMC ».

Bref, en pleine campagne électorale, la France fait tout, contre l’avis de la présidence allemande, pour empêcher les négociations de progresser. Il faut à tout prix empêcher la libéralisation des échanges. Le gouvernement français refuse toute «  nouvelle concession ». Alors que c’est la seule façon, par des concessions réciproques, d’arriver à un compromis acceptable pour les pays riches comme pour les pays pauvres. Concessions des uns sur l’agriculture et des autres sur les services ou l’industrie. Inde et Brésil poussent aussi à la roue, comme tous les pays émergents. Les Américains (même si les lobbies protectionnistes sont actifs) semblent avoir compris l’enjeu. Les Européens en général aussi. Seule, la France fait de la résistance.

Tous les candidats sont unanimes sur ce point. Car aller plus loin dans la libéralisation passe forcément par une réforme de la politique agricole commune (PAC), véritable vache sacrée pour notre classe politique. Ce à quoi Jacques CHIRAC compte répondre par un veto. Mais les décisions doivent se prendre à la majorité qualifiée et la France risque d’être bien isolée. Pourtant, la croissance mondiale, le développement des pays pauvres, notre propre dynamique passent par une nouvelle libéralisation des échanges. Mais notre classe politique ne veut rien entendre : pour elle, la mondialisation a quelque chose de diabolique et tous sont, à un degré ou à un autre, « souverainistes ». Alors que la France, comme les autres, si elle veut bien se réformer, a tout à gagner dans l’ouverture des frontières. Et surtout, il y a une sacré incohérence entre les discours larmoyants sur l’aide au tiers-monde et le refus de commercer avec les pays en développement, quand on sait que le commerce est la meilleure forme d’aide au développement.

Le 2 février 2007

 

 

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