LA SOCIALISATION DE LA SANTÉ (SUITE)


La semaine dernière, nous vous avons fait part de notre inquiétude pour la médecine libérale et la santé en général, à propos des gaspillages à l’hôpital d’une part et des Agences régionales de santé d’autre part. Cette semaine, nous ne sommes pas plus rassurés, à propos d’un serpent de mer de la médecine libérale, celui de la liberté d’installation et de la répartition géographique des médecins ; on se souvient que les internes s’étaient mobilisés pour protester contre les mesures autoritaires qui étaient envisagées et le gouvernement avait paru céder et leur donner satisfaction.

Manifestement, le débat n’est pas clos.  Les Echos parlent même d’une « batterie de propositions en vue pour mieux répartir les médecins ». En préalable à la première séance plénière des états généraux de l’organisation de la santé, Nicolas SARKOZY a déclaré qu’il souhaitait que « ces travaux puissent déboucher sur des mesures opérationnelles en matière de répartition des professionnels de santé sur le territoire, de renforcement de la permanence des soins (gardes et astreintes) et de régulation des dépassements d’honoraires », ce qui est très inquiétant.

Un groupe de travail mis en place à la suite du conflit des internes et présidé par le doyen  BERLAND a produit un document de synthèse pour le moins ambigu : « Tout en privilégiant l’ensemble des mesures incitatives d’organisation et d’accompagnement », il faut aussi « accepter la perspective de mesures de régulation respectant la solidarité intergénérationnelle et applicables à tous les médecins en zone surdotée ». Les professeurs de médecine nous avaient habitués à un langage moins technocratique, alors qu’ils parlent aujourd’hui comme des énarques. Et encore, les syndicats de salariés  membres du groupe trouvent la déclaration trop prudente et voudraient préciser en quoi consiste cette « régulation ». Certains envisagent la non-prise en compte par l’assurance maladie des cotisations des médecins du secteur 1 s’installant dans une  zone surdotée et la limitation des dépassements des médecins dans le secteur 2 : bref, des sanctions financières et une réduction de la liberté.

Le groupe de travail propose aussi de « négocier un contrat individuel » avec chaque généraliste dans les zones surdotées. Quant on sait ce que l’Etat entend par « contrat », on peut là aussi être inquiet pour la liberté de la médecine. Par exemple, le médecin en question devrait s‘engager à exercer à temps partiel dans un secteur sous-doté. Quant à ceux qui exerceraient totalement dans les zones sous-dotées, ils recevraient diverses rémunérations qui ont « vocation à compléter le paiement à l’acte, voire à s’y substituer ». A quand le remplacement du paiement à l’acte par un simple salaire ?

Consciente de l’inquiétude provoquée par toutes ces perspectives chez les médecins libéraux, Roselyne BACHELOT, ministre de la santé, s’est répandue dans les médias et notamment dans Le Monde, pour tenir des propos contradictoires. D’un coté, elle affirme : « il est nécessaire de garder la liberté d’installation », mais elle ajoute aussitôt qu’il faut tenir compte des aspirations des nouvelles générations : « L’exercice de la médecine en solitaire, c’est fini ». Certes, les cabinets de groupe sont une bonne solution, mais à condition que ce soit facultatif et si quelqu’un veut s’installer seul, c’est sa liberté.

Dans le même temps, elle propose d’aider « financièrement, dès 2008, la création de 100 maisons de santé pluridisciplinaires à hauteur de 50 000 euros maximum par projet présenté par les professionnels ou des collectivités locales ». Là, on n’est plus dans la médecine libérale, si l’Etat finance les installations de groupe ou si les collectivités locales décident. Et le ministre de parler de « mettre à leur disposition des locaux, de les aider pour financer un secrétariat… ». Et encore de signer « des contrats territoriaux d’installation entre chaque professionnel, l’assurance-maladie et les collectivités territoriales ». « Il faut un pilotage territorial », « des schémas régionaux de l’offre de soins de premier recours ». Tout cela, on en conviendra aisément, n’est pas très libéral et marque une nouvelle étape dans la socialisation de la santé.

 

Le 27 février 2008 

 
   

 

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