« LA CRÉATIVITÉ FISCALE S’ACCÉLÈRE »


Dans un article publié il y a quinze jours par la Nouvelle Lettre et le site www.libres.org , « Impôts : les giboulées de mars », nous avions souligné la multiplication des nouvelles taxes, passées, présentes et à venir. Certains nous auront peut-être trouvés excessifs ou exagérateurs. Nous devons en effet faire amende honorable : nous avions sous estimé le tsunami fiscal. Notre confrère Les Echos revient sur le sujet et apporte de nouvelles précisions. Lui parle non de giboulées, mais de « créativité fiscale », avec une pointe d’ironie, on s’en doute. Le titre sur toute la page est révélateur : « Avec six taxes et impôts nouveaux depuis sept mois, la créativité fiscale s’accélère ». C’est sans doute ce que Nicolas SARKOZY appelle la rupture.

Notre confrère remonte à 2003 et liste les créations nouvelles : 2003 : TGAP sur les imprimés non sollicités ; 2004 : Contribution des fabricants ou distributeurs de dispositifs médicaux, tissus et cellules et certains produits de santé ; 2005 : TGAP (Taxe Générale sur les Activités Polluantes) sur les carburants ; 2006 : taxe sur les installations de production d’énergie éolienne situées dans les eaux intérieures ou la mer territoriale ; taxe additionnelle à la taxe sur les cartes grises ; taxe sur les déchets réceptionnés dans un incinérateur de déchets ménagers ; taxe sur les résidences mobiles terrestres ; taxe sur les friches commerciales ; 2007 : Taxe de solidarité sur les billets d’avion ; taxe sur le charbon, les houilles et les lignites ; 2008 : taxe sur les poissons, les crustacés et les mollusques ; éco-pastille ; taxe exceptionnelle sur les compagnies pétrolières ; contribution exceptionnelle de régulation des entreprises de vente en gros de spécialités pharmaceutiques ; contribution sociale sur les stock-options ; TGAP sur les huiles et lubrifiants à usage perdu. Effectivement, nous étions loin du compte de ce magnifique inventaire à la Prévert.

Une note de la très sérieuse commission des finances de l’Assemblée nationale précise : «  La vitesse de création de nouvelles taxes s’est accélérée au cours de la douzième législature » (2002-2007) et « plus encore au début de la législature actuelle ». Six prélèvements nouveaux rien que dans les lois de finances et de financement de la sécurité sociale votées fin 2007. La seule éco-pastille coutera de 200 à 1 600 euros par véhicule polluant et rapportera 470 millions d’euros dès cette année. Bien entendu, tout cela ne concerne que le passé et ne tient pas compte des projets immédiats, comme la taxe sur les chaînes de télévision privées, les opérateurs de télécommunication, les fabricants d’électronique, la publicité Internet, ou encore l’impôt sur les séjours hôteliers, cher à C.ALBANEL, sans oublier la taxe carbone ou la « fat tax ».

La gauche, pourtant mal placée en matière d’accroissement de la fiscalité, s’en donne à cœur joie et Ségolène ROYAL baptise Nicolas SARKOZY « Monsieur Taxe ». La commission des finances a beau chercher à minimiser les choses en disant que tout cela n’est pas grand-chose par rapport à la centaine de taxes existantes, elle ne fait alors qu’enfoncer le clou pour montrer dans quel monde fiscal kafkaïen nous vivons. Il paraît que certains impôts ont été supprimés ; mais comme il s‘agit de choses telles que le reliquat de la vignette automobile, c'est-à-dire epsilon, puisque la vignette elle-même a été supprimée il y a longtemps, personne ne s’en est aperçu.

Or cette invasion fiscale se produit à un moment où l’on apprend que l’ensemble des prélèvements obligatoires s’est encore accru en 2007, dépassant les 44%. La Commission a alors une idée étrange : « Il n’apparaît plus possible de créer de nouvelles impositions dans l’unique objectif d’augmenter les ressources de l’Etat. Il semble désormais nécessaire, afin de les rendre acceptables par le citoyen, de leur assigner un objectif populaire et consensuel ». En clair, de rendre les taxes plus « fun » en désignant les méchants que l’on va montrer du doigt : les automobilistes, les pollueurs, les PDG, l’industrie pharmaceutique, les chaînes de TV privées, les mangeurs de poissons (il faut préserver les « ressources halieutiques »), les compagnies pétrolières et même les producteurs de charbon (ça, c’est une taxe d’avenir, puisqu’on vient de liquider Charbonnages de France). Bref, on n’arrête pas le progrès fiscal.

 

Le 27 février 2008 

 
   

 

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