L’OMC EST-ELLE DE GAUCHE ?


 

C’est un bien étrange débat que rapporte Le Figaro. Il a opposé Pascal LAMY à José BOVE. D’un côté un socialiste bon teint, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, de tendance sociale-démocrate, mais membre affiché du parti socialiste français. De l’autre le « leader paysan », représentant de la confédération paysanne, altermondialiste comme on dit aujourd’hui, d’extrême gauche, en pointe dans le combat antilibéral, possible candidat de rassemblement de tous les gauchistes à la prochaine élection présidentielle. Bref, gauche de gouvernement contre gauche protestataire.

Débat devant les étudiants de l’Ecole nationale supérieure des télécommunications de Paris et une salle constituée sur mesure pour José BOVE, au programme : l’OMC. Le discours de José BOVE est sans surprise. C’est l’OMC, fer de lance du libéralisme, qui est responsable de tous les maux. Les OGM ou le boeuf aux hormones, c’est l’OMC. La mondialisation sauvage, c’est l’OMC. Bref, « ce sont les intérêts privés qui sont défendus par l’institution », ceux des multinationales bien sûr. C’est l’OMC qui impose « un certain ordre économique libéral ». L’air est connu, mais on ne se lasse pas de l’entendre à l’extrême gauche.

Nous avons été plus intéressés par le discours de Pascal LAMY. Sans doute désireux de séduire une salle très marquée à gauche, il s’est employé à défendre l’OMC (normal, compte tenu de ses fonctions) sur le thème : l’OMC est une institution de gauche. Elle n’est pas habitée par « une idéologie libre-échangiste », contrairement à ce que croit la gauche française. L’OMC n’est ni contre le social, ni contre l’environnement.

Bien sûr Pascal LAMY a pris quelques précautions oratoires : « je ne vais pas plaider que l’OMC est de gauche » a-t-il affirmé .Mais pour ajouter aussitôt « l’OMC est pour la gauche un instrument potentiel de régulation. Aucun des principes de l’organisation n’est étranger à une pensée de gauche, même au plan français j’oserai dire ». M. LAMY a parfaitement raison. L’OMC est un excellent instrument de régulation. C’est pour cela que les libéraux critiquent cette institution, qui n’est pas, contrairement à ce que racontent tous les médias, à l’unisson de José BOVE, le fer de lance de l’ultralibéralisme.

L’OMC est une organisation internationale qui cherche à organiser le commerce mondial. Comme toute organisation étatique ou supra étatique, elle est donc le contraire du libéralisme. Certes, l’OMC a favorisé, comme le GATT avant elle, la libéralisation des échanges internationaux. Mais elle repose sur une vision d’un monde économique régulé par elle et par des accords internationaux, et non soumis au libre fonctionnement des marchés. D’ailleurs M. LAMY le dit, c’est une « logique d’organisation » contre les rapports bilatéraux, en clair la régulation contre le libre contrat. Il était bon que cela soit dit par le leader de l’OMC.

Certes, interrogé sur la proposition socialiste de créer une taxe TOBIN sur les transactions financières, P. LAMY critique et répond que « ça sent la synthèse à plein nez » : en clair gauchissement préélectoral du PS oblige. Mais pourquoi gâche-t-il tout aussitôt en ajoutant qu’il y a d’autres moyens plus intelligents pour favoriser l’aide au développement, par exemple les « écotaxes » ! Critiquer la taxe TOBIN pour proposer à la place des écotaxes, on avouera que cela ne manque pas de sel. Nous, nous trouvons qu’il y a effectivement un moyen plus intelligent pour favoriser le développement, c’est le libre commerce mondial.

Ceci étant, comme toujours dans la social-démocratie, il se glisse une ou deux vérités. C’est ainsi que dans un entretien au Monde P.LAMY affirme que « l’Europe doit progresser sur les tarifs agricoles, les Etats-Unis sur la réduction de leurs subventions internes aux agriculteurs ». Et surtout, à propos de l’agriculture française, « il vaut mieux que les producteurs inefficaces cèdent la place plutôt que de pousser à la hausse des prix ou des subventions ». Voilà qui devrait mettre M. BOVE très en colère.

Et encore « la globalisation va très vite et plus vite que nos mentalités. Or elle est surtout perçue du point de vue du travailleur, et non de celui du consommateur : la population est sensible aux pertes d’emplois liées à l’émergence de nouvelles économies, mais elle oublie que les produit achetés dans les grandes surfaces sont moins chers du fait de la mondialisation ». Et il se garde même de critiquer l’OPA sur Arcelor « il faut s’y habituer, car un jour ce seront les Sud-africains ou d’autres qui le feront. Il n’est pas étonnant que cette nouveauté ait du mal à s’imposer dans la culture d’un pays comme la France. Mais il faut se mettre à la place des Indiens. Lafarge rachète bien des entreprises chez eux ». « C’est le monde tel qu’il est désormais ».

C’est tout le problème avec les sociaux-démocrates. Ils ont une part de vérité et comprennent en général la supériorité des solutions marchandes. Ils comprennent même que l’économie fonctionne pour les consommateurs. Mais ils ne peuvent se débarrasser totalement de leur fond idéologique et s’ils croient le marché efficace, ils pensent que la justice sera le fait d’organismes étatiques ou paraétatiques. L’OMC en fait partie et en ce sens M. LAMY a raison : c’est un excellent instrument de régulation.

 

Le 9 Mars 2006  

 

 

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