OMC : LES VILLAGES GAULOIS RESISTENT A L'ENVAHISSEUR


Les négociations au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont l’air de se débloquer. Le « cycle de Doha », qui concerne notamment l’agriculture se propose d’en finir avec le protectionnisme agricole des pays riches qui pénalise les pays du tiers-monde. C’est le moment choisi par certaines collectivités locales françaises pour organiser la résistance contre l’envahisseur étranger.

De quoi s’agit-il ? Essentiellement de la libéralisation de commerce dans le secteur des services : après l’industrie, dont l’essentiel a été réglé, la libéralisation du commerce international doit logiquement concerner les services d’une part, l’agriculture de l’autre. Ce domaine des services est important et sensible (comme on l’a vu en Europe avec l’enterrement provisoire, à la demande de la France, de la directive BOLKESTEIN) et le commerce mondial des services représente déjà plus de 2 000 milliards de dollars, soit 20% des échanges internationaux : il a un énorme potentiel de développement, d’où l’intérêt des négociations de libéralisation. Si les Etats-Unis sont en tête des exportations de services, avec 15,2% du total et 319,3 milliards, la France n’est pas mal placée, avec la quatrième place (5,2% et 108,4 milliards) : a priori nous ne devrions pas avoir peur de l’ouverture des frontières dans le secteur des services.

C’était compter sans les champions de l’altermondialisation, les amis de José BOVE et d’Attac. Il existe, figurez-vous, un réseau des élus et collectivités hors AGCS (Accord général sur le commerce des services), c'est-à-dire de personnes qui prétendent se mettre hors la loi et échapper à la libéralisation des services. Car comme chacun sait, la libéralisation des services est mauvaise pour les collectivités locales comme pour les citoyens : c’est du moins l’opinion des altermondialistes, qui ne savent pas ce qu’est un client et qui ne croient pas aux vertus de la concurrence ou de la baisse des prix.

Cela concerne de nombreux secteurs, allant du tourisme à l’audiovisuel en passant par la fourniture d’électricité, la distribution de l’eau, les services publics  de proximité. Voilà en quoi les collectivités locales sont concernées. Depuis dix-huit mois, 260 collectivités locales (communes, communautés de communes, conseils généraux, conseils régionaux) se sont déclarées zone hors AGCS et se sont donc placées hors la loi. Elles annoncent qu’elles n’appliqueront pas les directives de l’OMC. Le premier appel à la désobéissance avait été lancé par quatre députés : Jack LANG, PS, Jean-Claude LEFORT (PC), Noël MAMERE (Verts) et Geneviève PERRIN-GAILLARD (PS).

Depuis, le groupe s’est structuré en réseau national d’élus et de collectivités locales. Inutile de dire que le groupe est essentiellement composé d’élus de gauche et d’extrême gauche, et il est en contact étroit avec Attac, ce qui ne surprendra personne. Il y a déjà 17 conseils régionaux (y compris l’Ile de France, Rhône-Alpes, etc.), 28 conseils généraux (des Landes à la Seine-Saint-Denis), et de nombreuses villes et communes, de Rennes à Niort en passant par Clermont-Ferrand… Tous ont fait adopter par leurs conseils une résolution « stipulant qu’elles n’appliqueraient pas des mesures menaçant, selon elles, la pérennité des services publics ».

Bien entendu, tout cela n’est que de l’agitation médiatique, puisque ces collectivités se sont mises hors la loi. Elles sont sorties de leur champ de compétence. Un conseil municipal ne peut pas délibérer sur des sujets internationaux. Il peut au plus émettre un vœu. D’ailleurs plusieurs communes se sont fait déjà rappeler à l’ordre et ont été déférées en tribunal administratif par le préfet : on peut s’étonner que ce ne soit pas fait systématiquement.

En attendant, on pourrait suggérer aux habitants de ces collectivités de porter plainte contre une décision illégale qui leur causerait, si elle était suivie d’effet, un préjudice considérable puisqu’ils ne bénéficieraient pas de la libre concurrence dans le domaine des services. Il n’y a qu’en France en tous cas que l’on voit ce genre de choses et là encore, il n’y a pas de quoi être fier de l’exception française.

Il est vrai que chez nous tous les politiciens ont conclu une alliance sacrée contre Bolkenstein, les Chinois, les Américains et tous les envahisseurs qui menacent nos nobles industries et nos belles campagnes.

 

 

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