PASCAL LAMY, UN ULTRALIBERAL A L’OMC…


Nous sommes dans un pays dans lequel les mots n’ont plus aucun sens et la subversion du langage est totale, ce qui contribue à pervertir les esprits. Alors que l’on apprenait que Pascal LAMY restait le seul candidat en course pour la direction de l’organisation mondiale du commerce (OMC) et qu’il allait donc selon toute vraisemblance en devenir directeur général, on assistait à un déchaînement de la part de l’extrême gauche (Faut-il dire l’ultra-gauche) pour expliquer de M. LAMY était ultra-libéral et qu’il allait encore renforcer ce foyer de libéralisme qui était l’OMC.

Loin de nous l’idée de défendre Pascal LAMY ou de considérer qu’être traité par José BOVE d’ultra-libéral est une insulte : au contraire, à nos yeux ce serait plutôt un compliment. Mais voilà, nous n’aimons pas le mensonge et il faut rétablir la vérité. Que M. LAMY soit un homme estimable ne fait pas de doutes et personne n’a mis en cause ses qualités humaines ou de gestionnaire. Il a été un commissaire européen qui a fait correctement son travail au poste du commerce, même si nous ne partageons pas ses idées.

Oui, mais voilà ce qui nous gène : M. LAMY n’est pas libéral, ni ultra, ni libéral tout court. Il est socialiste. C’est bien entendu son droit et c’est un socialiste intelligent. Mais il n’en reste pas moins socialiste. On rappelle volontiers qu’il est chrétien, mais c’est un chrétien de gauche, « de progrès » comme on dit, c'est-à-dire qui a été de toutes les aventures de la gauche. En ce sens, il n’est pas représentatif de la majorité des chrétiens pratiquants, dont le cœur ne penche pas à gauche. Quant à Romano PRODI, aux côtés de qui il a travaillé comme commissaire européen, il n’a jamais eu de doutes sur le socialisme de Pascal LAMY.

Il a travaillé avec M. MAUROY et surtout pendant dix ans avec Jacques DELORS. Sont-ils des ultra-libéraux ? Pierre MAUROY a été premier ministre du temps de l’union de la gauche et n’a jamais renié l’alliance avec les communistes, même du temps de BREJNEV triomphant. Quant à Jacques DELORS, qui joue aujourd’hui les sages et les consciences morales, il était ministre de l’économie sous François MITTERRAND en même temps que des ministres communistes étaient au gouvernement et, en particulier, pendant la période de nationalisations totale des banques et d’un tiers de l’industrie française : nous n’avons pas souvenir qu’il ait protesté contre ces atteintes au « libéralisme ».

Cela nous semble plus grave provenant de quelqu’un se disant ouvertement chrétien et modéré que de la part du trotskiste moyen. M. LAMY a travaillé avec d’anciens compagnons de route du parti communiste et cela ne l’a pas dérangé. Pascal LAMY lui-même reste adhérent du PS, a présidé l’association Notre Europe fondée par Jacques DELORS et il s’était présenté en 1993 sous cette étiquette aux élections législatives : il n’y a donc aucune ambiguïté et il n’a d’ailleurs pas mis son drapeau dans la proche.

S’est-il converti au libéralisme aujourd’hui ? Certes, il parle d’économie de marché. Il est même globalement plutôt favorable aux échanges internationaux. Mais cela ne suffit pas à en faire un libéral. Surtout à la tête d’une institution qui, certes, a libéralisé quelque peu les échanges internationaux, mais qui, globalement, est tout sauf libérale. Pascal LAMY lui-même n’a-t-il pas dit qu’il était avocat d’une « régulation de la mondialisation » : une mondialisation régulée (par l’Etat et par les organismes supra étatiques internationaux), ce n’est pas du libéralisme. M. LAMY, et c’est son droit, est beaucoup plus socialiste que Tony BLAIR. Il n’est donc pas libéral. Son cursus (sciences po, ENA) ne plaide pas non plus en faveur de son grand libéralisme. Il est passé ensuite par l’inspection des finances, ce qui n’a pas arrangé les choses.

Enfin, on notera avec intérêt que Jacques CHIRAC a soutenu sa candidature à l’OMC : connaissant la haine actuelle du Président de la République contre tout ce qui est libéral, c’est une preuve de plus que M. LAMY est et reste socialiste et étatiste. Encore une fois, c’est son droit. Mais nous n’aimons guère qu’on nous fasse prendre des vessies pour des lanternes et un socialiste pour un libéral. Il faut savoir appeler les choses par leur nom. Comme le disait Jacques RUEFF : « Soyez libéraux, soyez socialistes, mais ne soyez pas menteurs ».

 

 

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