![]() | |||||||||||||||
|
On
parle beaucoup, en matière d’emplois et de lutte contre le chômage, du
modèle Danois. Il y aurait sûrement beaucoup à dire sur la « flexisécurité »,
qui passe par une flexibilité totale pour l’employeur, qui peut licencier
à tout moment ses salariés, et donc qui n’hésite pas à embaucher, et par
une grande sécurité pour le salarié, en terme d’indemnités, de formation
et de placement. Le système n’a pas que des avantages et en particulier,
il coûte fort cher : le Danemark consacre 4,2% de son PIB à l’emploi,
chiffre le plus élevé de l’OCDE, mais avec beaucoup de mesures « actives »
et efficaces. Résultat
positif en revanche : un taux d’emploi parmi les plus élevés, passant
de 71,5% en 1996 à 73,6% en 2006 et surtout un taux de chômage à faire
rêver de 2,4%, le plus bas depuis trente ans. Au-delà
de la flexisécurité, on trouve d’autres réformes structurelles, modifiant
les relations entre les entreprises, l’Etat, les municipalités, les partenaires
sociaux. Le pays a été découpé
en quatre « régions emplois » comportant en tout 91 centres
d’emplois (« jobs centers »). Le niveau national continue à
définir les cibles à atteindre, les objectifs prioritaires en termes d’emplois.
Puis il y a des négociations entre l’Etat et les régions emplois pour
définir les objectifs de chaque région, en tenant compte de leurs spécificités.
On est loin, on le voit, du « libéralisme sauvage ». L’élément
essentiel est celui des jobs centers. Ils doivent rendre compte en permanence
de leurs résultats. Un audit de performance a lieu chaque année. Résultat :
les régions sont comparées les unes aux autres et les jobs centers sont
en quelque sorte mis en concurrence, « benchmarkés » pour prendre
une expression à la mode popularisée par Laurence PARISOT, c'est-à-dire
comparés, mesurés les uns par rapport aux autres. Résultat : une
notation parfaitement fiable et transparente. On
voit aussitôt, et on peut les sanctionner, les jobs centers qui n’ont
pas atteint leurs objectifs et qui sont moins bons que les autres. Bien
sûr, en contrepartie, ces centres peuvent se débrouiller comme ils veulent
et notamment faire appel à n’importe quel acteur, y compris privé, pour
les aider à trouver du travail aux chômeurs : les seules contraintes
étant de respecter leur enveloppe budgétaire et d’atteindre au moins les
objectifs. Les Danois parlent de « liberté en responsabilité »,
ce que Le Figaro traduit en « libersabilité » par analogie avec
la « flexisécurité ». Nous
n’en tirons pas pour conclusion que le « modèle Danois » soit
la référence idéale, ou même le chemin à suivre. Tout cela reste assez
largement entre les mains d’une administration d’Etat. Pourquoi ne pas
privatiser les jobs centers, qui, même s’ils font appel au privé, restent
eux-mêmes publics ? Mais
ce que nous voulons montrer c’est que, même dans une logique qui reste
sociale- démocrate, la mise en concurrence, la comparaison permanente,
est une des meilleures pistes à suivre. Chez nous, nous avons avant tout
un monopole public, celui de l’ANPE. Il commence parfois à faire appel
au privé, avec des résultats très prometteurs. Mais cela ne porte que
sur peu de chômeurs. Pour le reste, le monopole public fait la preuve
de sa totale inefficacité. La piste de la mise en concurrence, même pour
des institutions publiques, est la plus sûre. Nous l’avions montré à propos
de l’école ; nous le montrons ici à propos de l’emploi. Cela vaut
dans tous les domaines. Il n’y a rien de plus socialement efficace que
la concurrence. L’autre point à souligner dans la pratique
danoise est la grande souplesse du contrat de travail, qui ne crée pas
la précarité comme le disent les syndicalistes français, mais qui au contraire
conduit au plein emploi. La flexibilité n’est pas ressentie comme une
catastrophe quand on est assuré de retrouver un autre emploi dans les
jours qui suivent. Le 7 mai 2008
| |||||||||||||||