![]() | |||||||||||||||
|
Nous
avions dénoncé il y a peu la manipulation consistant à prouver qu’il y
avait des millions d’enfants pauvres en Europe, à partir d’une définition
inexacte de la pauvreté et en feignant de croire que ces enfants n’avaient
pas de famille. Voici qu’apparaît ces jours-ci un autre thème de propagande
anti-capitaliste, tout aussi discutable : celui des « travailleurs
pauvres ». La
nouvelle est partie d’Allemagne et se propage comme par hasard en plein
débat sur une révision éventuelle du SMIC : il fallait démonter qu’il
y avait beaucoup de travailleurs allemands pauvres et que la réponse ne
pouvait venir que de la généralisation du SMIC. Selon
l’Institut für Arbeit und Qualifikation (IAQ), la part des travailleurs
pauvres n’aurait cessé de progresser dans ce pays et serait passée de
15% à 22,2% entre 1995 et 2006. Soit, abomination des abominations, un
niveau proche de celui des Etats-Unis (25%). Pire encore, il y aurait
désormais plus de travailleurs pauvres qu’au Royaume-Uni (21,7%), un pays
évidemment montré du doigt pour son libéralisme. Les pays à SMIC élevé
feraient beaucoup mieux, par exemple 11,1% en France. Bien
entendu, l’Institut en question a une explication à ce phénomène. La réunification
ou la faible croissance ne seraient pas le facteur essentiel « loin
de là » est-il précisé. Grands responsables : « la déréglementation
du marché du travail et l’effacement des syndicats dans des secteurs entiers »,
ainsi que le titre Les Echos. Bref, encore des victimes du libéralisme
sauvage. Si
on y regarde d’un peu plus près, on s’aperçoit que les choses sont un
peu plus compliquées. Qu’est-ce qu’un travailleur pauvre ? C’est
une personne dont le salaire est inférieur aux deux tiers du salaire médian.
Il s’agit donc, une nouvelle fois, d’un indicateur d’écarts de revenus
et non de pauvreté. Cela veut dire que 22% des Allemands gagnent moins
des deux tiers du salaire médian. Nous ne savons rien quant à leur pauvreté.
Ce chiffre ne veut rien dire. A la limite, si on décrétait qu’un pauvre
était une personne gagnant moins que le salaire médian, on aurait mathématiquement
50% de pauvres ! Gagner les deux tiers du salaire médian allemand,
ce n’est pas la même chose que gagner les deux tiers du salaire médian
nord-coréen ou d’un habitant du Zimbabwe ! Il est probable que ce
niveau de salaire d’un pauvre allemand est supérieur au salaire médian
de bien des pays de l’Union européenne. Et pourquoi les deux tiers ?
C’est totalement arbitraire et parfois on propose 50% ou 60%, ce qui n’a
pas plus ou moins de sens. Autre
observation, on confond une nouvelle fois salaire et revenu. Il y a une
première différence qui tient aux revenus non salariaux : un salarié
a souvent des prestations sociales surtout à ce niveau de salaire. Il
a parfois, voire souvent, d’autres revenus, notamment de l’épargne. Tout
cela donne un revenu sensiblement plus élevé pour une bonne partie des
personnes concernées. Mais les gens ne vivent pas seuls, comme les enfants
dont nous parlions la dernière fois. S’ils sont en couple, il y a dans
plus de 80% des cas deux salaires. Deux salaires, même à ce niveau là,
plus les autres revenus non salariaux, dont les revenus sociaux, on n’est
pas dans la pauvreté. Il faudrait isoler le cas d’un célibataire ne recevant
aucune prestation sociale ni d’autres revenus, et on serait alors bien
loin des 22% proposés. Bien
entendu, il y a en Allemagne comme ailleurs des personnes pauvres. Ce
sont d’ailleurs avant tout des non-travailleurs, c'est-à-dire des personnes
sans emploi, l’emploi étant la meilleure façon de sortir de la pauvreté.
Mais les idéologues ont besoin de faire apparaître qu’un Allemand sur
quatre ou cinq est pauvre ; on imagine déjà les files d’attente devant
les restos du cœur allemands - à cause de l’ultra-libéralisme, de la déréglementation
et de l’affaiblissement des syndicats. La réalité est évidemment à l’inverse. Chaque
année, le classement de l’indice de liberté économique permet de constater
que la pauvreté et les inégalités sociales diminuent avec le libre échange,
la libre entreprise et le recul de l’Etat. La paupérisation du prolétariat
dans les pays capitalistes n’a existé que dans les œuvres de Marx et dans
la vulgate marxiste. Le 7 mai 2008
| |||||||||||||||