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L’imagination est au pouvoir, et ce depuis
des années. Nos dirigeants trouvent toujours des solutions durables à
nos problèmes. Les retraites sont-elles en déficit ? Qu’à cela ne
tienne : on va les financer grâce à l’argent de l’assurance-chômage. Cette idée géniale est venue après la publication
des derniers chiffres du déficit de la Sécurité Sociale, que nous avions
annoncés il y a deux mois et qui viennent d’être officiellement confirmés :
9,5 milliards de déficit en 2006, contre 8,7 en 2006. Et à l’intérieur
de ce déficit, 4,57 milliards de déficit pour le seul régime vieillesse.
Bien entendu, cela va aller en s’aggravant, puisqu’on n’en est qu’au début
du départ en retraite des classes nombreuses du baby boom de l’après –guerre.
On connaît le futur de la répartition : avec le vieillissement de
la population il y aura de plus en plus de retraités, de moins en moins
de cotisants, le système est donc condamné à une explosion certaine. Mais notre gouvernement vient de trouver
une source nouvelle et originale de financement. C’est l’argent de l’assurance-chômage
qui pourra servir à financer les déficits des caisses de retraite. En
clair, le gouvernement lorgne sur la cagnotte de l’UNEDIC. C’est une cagnotte dont le fond est un peu
percé. Il faut d’abord rappeler que l’assurance-chômage a été durablement
en déficit, le cumul des déficits ayant atteint un maximum de 15 milliards
d’euros. Mais depuis le recul récent du chômage, essentiellement pour
des raisons mécaniques et démographiques, un excédent est apparu :
3,5 milliards en 2007, peut-être 5 milliards en 2008. Ensuite, et plus fondamentalement, un excédent
ne signifie pas une situation financière assainie : la dette persiste,
même si les excédents sont revenus. L’assurance-chômage doit encore 9,9
milliards d’euros aux établissements financiers. Dès septembre, un emprunt
de 4 milliards doit être remboursé : voilà de quoi utiliser les excédents.
Et dans cette perspective, il ne saurait être sérieusement question de s’en servir pour les retraites. Mais comme le gouvernement fait du pilotage
à vue, l’essentiel est de boucler avant l’été les deux dossiers des retraites
(confié à Xavier BERTRAND) et de l’assurance chômage (Christine LAGARDE).
Les deux ministres vont bâcler le travail, et se renverront sans doute
la balle, les innovations de l’un contrariant celles de l’autre :
nouvelle cacophonie en perspective ! Pour l’instant, on va donc parer au plus
pressé et, tel l’ours qui a la garde du pot de miel, le gouvernement va
avaler l’excédent de l’UNEDIC pour compenser le déficit des retraites.
Cela provoque la fureur les « partenaires
sociaux » qui recommencent à partir du 6 mai à renégocier sur l’assurance-chômage.
Le patronat a une autre idée sur la question : s’il y a des excédents
dans le régime chômage, pourquoi ne pas baisser les cotisations, qui sont
actuellement de 6,4% sur les salaires ? Mais, de leur côté, les syndicats
préfèrent voir augmenter le taux et la durée d’indemnisation ; ils
demeurent ainsi fidèles à leur logique du toujours plus, faisant remarquer
que seule la moitié des chômeurs est indemnisée. Le débat sur la question s’inscrit en réalité
dans la continuité du « grand » projet de réforme des retraites
de 2003, où il était déjà question de financer les retraites en jouant
sur les taux de cotisation respectifs du chômage et des retraites :
faire moins payer pour le chômage (supposé en déclin) pour accroître les
cotisations pour l’assurance vieillesse, dont on sait bien qu’elles sont insuffisantes à servir les pensions promises.
Aujourd’hui on ne joue plus sur les taux de cotisation, on se livre simplement
au jeu des vases communicants : on reverse immédiatement les excédents
des uns pour compenser le déficit des autres. On ne se demande pas si
la compensation suffit, ou sera possible dans un proche avenir :
on prend l’argent là où il est. Bien entendu, tout cela n’a aucun sens.
C’est le système de retraite lui-même qui est condamné, comme Jacques
GARELLO et Georges LANE le démontrent dans un ouvrage sur ce sujet qui
paraîtra fin mai sous le titre « Futur des retraites et retraites
du futur - volume1 : Le futur de la répartition » (Librairie
de l’Université d’Aix en Provence). Toute autre solution qu’un changement
radical de système est vouée à l’échec : personne n’a jamais pu combler
le tonneau des Danaïdes. Le 7 mai 2008
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