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Après
la chute du communisme, la Pologne avait connu un printemps libéral, avec
notamment de nombreuses privatisations. Puis, la politique avait repris
le dessus, avec des gouvernements plus à gauche, puis, après l’échec de
ceux-ci, avec la droite conservatrice des frères KACZYNSKI. Et s’il y
a des libéraux conservateurs sur le plan des questions de société, eux
étaient des conservateurs non libéraux. Avec eux, c’était le grand retour
de l’Etat. Nationalisme vis-à-vis de l’extérieur, interventionnisme à
l’intérieur. Et bien sûr arrêt total des privatisations. Les
libéraux ont donc emporté les dernières élections, la gauche étant écrasée
et les conservateurs battus. On attendait en particulier le nouveau premier
ministre Donald TUSK sur la question des privatisations. Il vient d’annoncer
un ambitieux programme comportant 740 privatisations de sociétés d’ici
à 2011, donc dans un délai assez rapproché. Les ventes devraient rapporter
plus de 30 milliards de zlotys, soit près de 9 milliards d’euros. C’était
l’un des points forts de la campagne des libéraux, susceptible selon eux,
avec d’autres décisions (en particulier fiscales), de créer un « miracle
économique ». Le premier ministre a déclaré : « Nous voulons
des privatisations audacieuses et l’ampleur de notre programme le prouve ».
Pour les entreprises les plus importantes, elles seront vendues par introduction
en bourse. C’est donc une véritable démocratisation, puisqu’on passe d’un
actionnaire unique (l’Etat) à une multitude d’actionnaires. Pour les autres,
elles seront cédées aux enchères au plus offrant. La
liste définitive n’est pas encore connue, mais Les Echos indiquent
déjà les principales d’entre elles. Une des plus symboliques, surtout
pour un ex-pays communiste, concerne le capital de la Bourse de Varsovie.
Celle-ci avait été créée ou plutôt rouverte, car elle existait avant le
communisme, en 1991, mais elle était à capitaux publics ; elle sera
peu à peu privatisée. La compagnie aérienne nationale Lot serait privatisée
dès le début 2009. La plus importante compagnie d’assurance, PZU, déjà
privatisée en partie, le sera totalement. Il est question aussi de certaines
banques comme PKO BP, même si le Trésor veut y garder une participation
minoritaire. Seul
bémol, mais il est de taille, le gouvernement souhaite pour l’instant
conserver le contrôle de 25 sociétés « jugées stratégiques ».
C’est le cas des deux grands groupes pétroliers PKN Orlen
et lotos, du gazier PGNiG, de l’entreprise de
cuivre KGHM, des ports, des réseaux de base (ferroviaires, électriques,…).
C’est aussi le cas, hélas, de l’agence de presse polonaise PAP et de la
télévision et de la radio publiques. C’est
à nos yeux une erreur, sur le plan économique bien sûr, car ces secteurs
s’ouvrent à la concurrence sous l’influence européenne et la privatisation
est la conséquence logique de cette ouverture, mais aussi sur le plan
des libertés. L’Etat, par exemple, quoiqu’en pense le gouvernement français,
qui rejoint ici les Polonais, n’a rien à faire dans l’audiovisuel. Le
marché ne s’y est pas trompé et les analystes financiers ont été déçus
par cette liste, certes ambitieuse, mais limitative, de privatisations. Au
total, des privatisations prometteuses, surtout si les délais sont tenus,
mais incomplètes : les Polonais ont retrouvé le chemin du libéralisme.
On s’en réjouit. Mais il faut qu’ils sachent aussi qu’on n’est pas libéral
à moitié ou aux deux tiers. Disons que voilà le programme de privatisation
2009-2011, en attendant la suite pour après 2011. Et si la France montrait
le chemin aux Polonais, en privatisant les services publics, désormais
ouverts à la concurrence ? Le 7 mai 2008
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