PRIVATISATION DES CHEMINS DE FER ALLEMANDS


La privatisation, au moins partielle, des chemins de fer allemands, figurait dans le programme de la CDU, présenté par Angela MERKEL. La constitution d’un gouvernement de coalition avec les sociaux-démocrates du SPD a retardé le processus, car l’aile gauche du SPD craignait de se voir reprocher cette mesure par le nouveau parti situé à sa gauche, à la suite de la fusion de l’ancien parti communiste de l’ex-Allemagne de l’Est et de l’aile la plus extrême du SPD. Finalement, un compromis vient d’être trouvé.

La Deutsche Bahn sera coupée en deux, comme l’a été notre propre SNCF : d’un côté, ce qui roule, les trains, les transports de voyageurs et de marchandises (l’équivalent de l’actuelle SNCF), de l’autre, le réseau, l’infrastructure, les rails, les gares (l’équivalent de Réseau Ferré de France), qui restera pour l’instant propriété publique. Le compromis gouvernemental prévoit que la Deutsche Bahn sera partiellement privatisée, dans un premier temps, à hauteur de 24,9% (alors qu’au départ la CDU souhaitait 49%).

Pourquoi ce chiffre précis de 24,9% ? Parce que la loi prévoit une minorité de blocage à partir de 25%. Avec 24,9%, les actionnaires privés ne disposeront pas de la minorité de blocage.  Sur ce point le SPD, qui a cédé sur le principe de la privatisation, au moins partielle, l’a emporté en évitant cette minorité de blocage. Tout le monde semblait par contre d’accord pour conserver les infrastructures dans le secteur public, Angela MERKEL elle-même précisant que la Bahn n’est « pas une entreprise comme les autres » et donc que l’infrastructure resterait « naturellement » dans le giron de l’Etat.

Ce qui est intéressant, c’est la différence de discours sur le principe même de la privatisation partielle. La tranche de 24,9% est une « première étape de la privatisation » a déclaré Mme MERKEL, tandis que le président du SPD, Kurt BECK, affirmait qu’il s‘agissait d’un « point final ». La CDU a indiqué très précisément qu’en cas de victoire (seule), elle poursuivrait l’introduction en bourse de la Deutsche Bahn. De toutes façons, une privatisation, même partielle dans un premier temps, est hautement symbolique, puisqu’il s’agit du dernier monopole (public, par définition, puisqu’il ne peut exister de vrais monopoles privés) allemand.

Cette privatisation partielle rapportera entre 4 et 6 milliards d’euros, dont les deux tiers iront renforcer les fonds propres de l’entreprise, permettant un développement des investissements, nécessaire face à la concurrence, puisque le marché du rail est désormais partout en Europe ouvert à la concurrence. Le dernier tiers servira à financer le budget fédéral.

Politiquement, le compromis ne satisfait vraiment personne. L’aile gauche du SPD s’est fait tirer l’oreille et une partie de la CDU dénonce une privatisation « au rabais ». Le responsable des transports à la CDU souhaite qu’on aille beaucoup plus loin, tandis que le vice-président du groupe CDU-CSU souhaitait qu’on dépasse au moins les 30%, pour pouvoir entrer dans l’indice boursier DAX de Francfort.

On peut certes regretter la timidité de l’opération. Mais transposons le raisonnement à la France : peut-on imaginer un accord entre l’UMP et le PS aboutissant à privatiser le quart de la SNCF ? Poser la question, c’est y répondre. Quel homme politique français, de gauche comme de droite, envisage aujourd’hui la privatisation, même partielle, de la SNCF ? Et pourtant, même une coalition droite/gauche le fait en Allemagne et elle n’a pas nos timidités. Voilà, encore une fois, soulignée l’extraordinaire exception française.

Le 7 mai 2008 

 
 
 

 

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