BRUXELLES MET FIN AUX AIDES PUBLIQUES AU RAIL


Comme nous l’avons souvent souligné, il y a de tout dans les décisions Bruxelloises. Du bureaucratique et de l’interventionnisme d’une part ; mais aussi du libéral de l’autre. Quand Bruxelles demande à Paris de mettre fin à la dérive de ses budgets publics, comme nous l’expliquons en conjoncture, cela va dans la bonne direction. Quand la Commission oblige les Etats à ouvrir leurs services publics monopolistiques à la concurrence, c’est pareil. Et quand elle en tire les conséquences concrètes, c’est encore mieux.

C’est ce qui vient de se passer avec le rail. Le transport de marchandises est désormais ouvert à la concurrence (depuis 2006) ; pour les voyageurs ce sera pour bientôt (en 2010). Donc le rail est désormais ouvert à la concurrence ou le sera incessamment. Certains pays en ont tiré les conséquences, comme hier les Anglais et aujourd’hui les Allemands, en privatisant totalement ou partiellement leur ancien monopole. Ce n’est pas le cas partout et en France, par exemple, l’ancien monopole mis en concurrence (la SNCF) reste public à 100%.

Qui dit entreprise publique, a fortiori « service public », signifie en France subventions publiques. Or c’est un domaine dans lequel Bruxelles vient de tirer les dernières conséquences de l’ouverture à la concurrence : la concurrence doit être loyale, donc les aides publiques doivent disparaître. La Commission européenne vient d’adopter un texte visant à encadrer les aides des Etats membres à leur compagnie de transport ferroviaire. Jacques BARROT, commissaire européen aux transports, précise que cela concerne toute forme d’aide quelle qu’elle soit. Par exemple « les reprises de dettes cachées dans les budgets nationaux », « les aides non notifiées » ou encore « les garanties illimitées de l’Etat », qui servent à obtenir plus facilement un prêt bancaire à faible taux et qui évidemment constituent une rupture d’égalité par rapport à la concurrence. La Commission précise que ces garanties illimitées des Etats constituent des aides « qui ne sont pas compatibles avec le traité et qui doivent être démantelées au plus tard dans les deux ans ». La Commission avait déjà procédé de la même façon lors de l’ouverture de l’électricité ou du gaz à la concurrence.

Evidemment, même si c’est un progrès considérable, la situation laissera encore à désirer. La SNCF pourra continuer à conserver son statut d’EPIC (Etablissement public à caractère industriel et commercial). Si le gouvernement français ne veut pas privatiser la SNCF, Bruxelles ne peut pas l’y obliger.

D’autre part, la France avait pris ses précautions. Elle avait séparé, ce qui est logique, l’infrastructure (RFF-Réseau Ferré de France) et les trains eux-mêmes (SNCF), mais en transférant la grande majorité des dettes sur RFF. Son ratio d’endettement est ainsi artificiellement réduit, la SNCF dégage même des bénéfices et peut donc plus facilement investir ou emprunter pour cela. Si elle avait conservé toutes les dettes antérieures, sa situation aurait été plombée. Mais on peut considérer que c’est un problème du passé et tourner la page, à condition que désormais l’Etat ne se mêle plus d’aider la SNCF, ni même d’apporter sa garantie. C’est cela que vient d’indiquer Bruxelles.

L’autre ambigüité, c’est que RFF n’est pas, pour sa part, sur un marché ouvert à la concurrence. RFF peut donc continuer à recevoir des aides de l’Etat (800 millions l’an dernier selon Le Figaro). Autre problème : les liens entre régions et SNCF : les régions accordent des aides pour « la modernisation des matériels roulants- wagons et motrices ». Or ces trains sont utilisés comme s’ils étaient la pleine propriété de la SNCF : les nouveaux concurrents n’apprécient pas ce tour de passe-passe, en raison du cofinancement des régions. Voilà encore une atteinte à la concurrence qui reste à condamner. Mais enfin, apprécions l’avancée dans la bonne direction, et mesurons par contraste l’archaïsme des discours français sur « la défense des services publics ». La page se tourne peu à peu et l’Europe ne parle plus que « de services d’intérêt général » : en soi, toute une évolution.

Le 21 mai 2008 

 
   

 

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