ASSURANCE-CHOMAGE : LA POULE AUX ŒUFS D’OR S’ÉPUISERA


Nous avions attiré l’attention de nos lecteurs, il y a quinze jours, à propos du financement des retraites, sur la volonté du gouvernement d’utiliser les excédents du régime chômage pour combler les trous du régime retraite. Ce n’était qu’une hypothèse. Mais cela tourne maintenant au conte de fée ou au cauchemar, comme on veut. Le nouvel épisode du feuilleton mérite d’être connu. C’est vraiment la multiplication des excédents.

En effet, l’assurance-chômage, qui a été durablement en déficit (avec des déficits cumulés de l’ordre de 15 milliards) est depuis peu en excédent : 3,5 milliards en 2007, 4,6 en 2008. L’UNEDIC annonce 4,9 en 2009, 6,9 en 2010, 8 milliards en 2011. A ce rythme là, les dettes antérieures seront remboursées dès la fin 2009. On sera à un excédent cumulé de 14,9 milliards en 2011. Mais les pouvoirs publics précisent que ces chiffres sont sous-estimés… C’est ainsi que les salariés de plus de 57 ans et demi sont actuellement dispensés de recherche d’emploi et sont indemnisés ; cette dispense va disparaître ; ils seront donc nombreux, paraît-il, à retrouver du travail, ce qui fait autant de bénéficiaires en moins : d’où des excédents encore plus élevés.

Et puis le gouvernement espère beaucoup de sa réforme sur « l’offre raisonnable d’emploi », qui fait hurler les syndicats. Le principe est en effet excellent : on ne peut indéfiniment refuser un emploi ; si l’emploi a un profil conforme à celui du candidat, on ne pourra refuser que deux propositions ; le salaire qui devra être accepté pourra être inférieur de 5% au salaire précédent à partir du troisième mois, puis de 20% à partir du sixième. Le gouvernement en espère un nouveau recul du chômage, donc des excédents encore plus substantiels. Ce n’est plus une assurance-chômage, c’est un puits de pétrole.

Conclusion : avec des tels excédents, on va pouvoir combler largement le trou des retraites, soit en transférant les recettes d’un poste à l’autre, soit en baissant les cotisations-chômage et en augmentant d’autant les cotisations retraites. C’est un conte de fée, et le réveil risque d’être dur. Tout d’abord, il faut comprendre pourquoi, mécaniquement, le chômage baisse (et encore a-t-il augmenté le mois dernier, mais la tendance est effectivement à la baisse). C’est un phénomène purement mécanique. Le nombre d’actifs s’effondre (faibles entrées - classes creuses-, nombreuses sorties -classes nombreuses du baby-boom). La population active diminue, donc le chômage en fait mécaniquement autant.

Mais cela n’est qu’un effet immédiat : c’est « ce qu’on voit » aurait dit BASTIAT. C’est un raisonnement malthusien. Les pays qui à terme ont le moins de chômeurs (comme les USA) sont ceux dont la population active a augmenté le plus vite, dynamisant le marché du travail et l’économie ; lorsque la population active diminue, à terme l’offre de biens et services diminue et l’économie se ralentit : le chômage finit fatalement par s’accroître. C’est « ce qu’on ne voit pas ».

Dès maintenant la croissance se ralentit, elle sera au mieux de 1,5% cette année ; avec moins d’actifs, où en serons-nous demain ? Qui peut croire qu’une France en croissance zéro va diminuer à moins de 5% de sa population active le nombre de chômeurs ? Les excédents ne seront donc pas au rendez-vous. Et puis nous sommes à la veille de négociations sur l’assurance-chômage : on peut faire confiance à la surenchère syndicale pour accroître le montant des indemnités.

Ensuite, cette idée de combler les déficits d’un régime par les excédents d’un autre est absurde. Les choses n’ont rien à voir. Si par miracle l’assurance-chômage était en excédent, il faudrait, une fois reconstituées les réserves raisonnables (les syndicats réclament un « fonds de réserve »), réduire les cotisations. Et la question des retraites doit être résolue de son côté. Sur ce point, comme nous l’avions déjà dit, l’ouvrage publié et présenté ces jours-ci par Jacques GARELLO et Georges LANE apporte la réponse : on aura beau trouver des fortunes, le système actuel de retraites est condamné, dans sa nature même. Il ne faut donc pas, dans une fuite en avant, trouver de nouvelles recettes : c’est les verser dans le tonneau des Danaïdes. Il faut changer de système. Et cesser de mélanger ce qui relève de l’assurance (chômage, maladie), de l’épargne (retraite) ou de la solidarité des générations (régime famille).

Le 21 mai 2008 

 
   

 

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