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Nous avions attiré l’attention de nos lecteurs,
il y a quinze jours, à propos du financement des retraites, sur la volonté
du gouvernement d’utiliser les excédents du régime chômage pour combler
les trous du régime retraite. Ce n’était qu’une hypothèse. Mais cela tourne
maintenant au conte de fée ou au cauchemar, comme on veut. Le nouvel épisode
du feuilleton mérite d’être connu. C’est vraiment la multiplication des
excédents. En effet, l’assurance-chômage, qui a été
durablement en déficit (avec des déficits cumulés de l’ordre de 15 milliards)
est depuis peu en excédent : 3,5 milliards en 2007, 4,6 en 2008.
L’UNEDIC annonce 4,9 en 2009, 6,9 en 2010, 8 milliards en Et puis le gouvernement espère beaucoup
de sa réforme sur « l’offre raisonnable d’emploi », qui fait
hurler les syndicats. Le principe est en effet excellent : on ne
peut indéfiniment refuser un emploi ; si l’emploi a un profil conforme
à celui du candidat, on ne pourra refuser que deux propositions ;
le salaire qui devra être accepté pourra être inférieur de 5% au salaire
précédent à partir du troisième mois, puis de 20% à partir du sixième.
Le gouvernement en espère un nouveau recul du chômage, donc des excédents
encore plus substantiels. Ce n’est plus une assurance-chômage, c’est un
puits de pétrole. Conclusion : avec des tels excédents,
on va pouvoir combler largement le trou des retraites, soit en transférant
les recettes d’un poste à l’autre, soit en baissant les cotisations-chômage
et en augmentant d’autant les cotisations retraites. C’est un conte de
fée, et le réveil risque d’être dur. Tout d’abord, il faut comprendre
pourquoi, mécaniquement, le chômage baisse (et encore a-t-il augmenté
le mois dernier, mais la tendance est effectivement à la baisse). C’est
un phénomène purement mécanique. Le nombre d’actifs s’effondre (faibles
entrées - classes creuses-, nombreuses sorties -classes nombreuses du
baby-boom). La population active diminue, donc le chômage en fait mécaniquement
autant. Mais cela n’est qu’un effet immédiat :
c’est « ce qu’on voit » aurait dit BASTIAT. C’est un raisonnement
malthusien. Les pays qui à terme ont le moins de chômeurs (comme les USA)
sont ceux dont la population active a augmenté le plus vite, dynamisant
le marché du travail et l’économie ; lorsque la population active
diminue, à terme l’offre de biens et services diminue et l’économie se
ralentit : le chômage finit fatalement par s’accroître. C’est « ce
qu’on ne voit pas ». Dès maintenant la croissance se ralentit,
elle sera au mieux de 1,5% cette année ; avec moins d’actifs, où
en serons-nous demain ? Qui peut croire qu’une France en croissance
zéro va diminuer à moins de 5% de sa population active le nombre de chômeurs ?
Les excédents ne seront donc pas au rendez-vous. Et puis nous sommes à
la veille de négociations sur l’assurance-chômage : on peut faire
confiance à la surenchère syndicale pour accroître le montant des indemnités. Ensuite, cette idée de combler les déficits
d’un régime par les excédents d’un autre est absurde. Les choses n’ont
rien à voir. Si par miracle l’assurance-chômage était en excédent, il
faudrait, une fois reconstituées les réserves raisonnables (les syndicats
réclament un « fonds de réserve »), réduire les cotisations.
Et la question des retraites doit être résolue de son côté. Sur ce point,
comme nous l’avions déjà dit, l’ouvrage publié et présenté ces jours-ci
par Jacques GARELLO et Georges LANE apporte la réponse : on aura
beau trouver des fortunes, le système actuel de retraites est condamné,
dans sa nature même. Il ne faut donc pas, dans une fuite en avant, trouver
de nouvelles recettes : c’est les verser dans le tonneau des Danaïdes.
Il faut changer de système. Et cesser de mélanger ce qui relève de l’assurance
(chômage, maladie), de l’épargne (retraite) ou de la solidarité des générations
(régime famille). Le 21 mai 2008
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