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C’est le nouveau sujet de « réforme »
à la mode : le gouvernement et le parlement vont s’attaquer, après
plusieurs tentatives infructueuses, aux niches fiscales. En soi, c’est
plutôt positif, mais il y a beaucoup d’ambigüités dans cette démarche.
Pour l’instant, il n’est question que de plafonner les effets de cinq
niches, mais le problème est évidemment plus vaste. La première façon d’envisager les choses,
c’est de condamner le principe même des niches fiscales : en soi,
c’est une atteinte à l’égalité devant l’impôt ; c’est l’arbitraire
du fait du prince : pourquoi une exonération ici et non là ;
c’est surtout une arme redoutable du dirigisme économique : en accordant
telle ou telle niche fiscale, le gouvernement indique ce qu’il juge bon
et ce qu’il juge mauvais, ce qu’il entend favoriser et ce qu’il entend
pénaliser. Il y a environ 400 niches fiscales en vigueur :
autant d’atteintes à la liberté de choix ; ce n’est pas à l’Etat
de nous dire à quoi employer notre argent, ni de modifier arbitrairement
nos choix à travers les dispositions fiscales.
On y trouve en effet de tout : Les crédits d’impôts pour dépenses d’équipement
de l’habitation principale en faveur des économies d’énergie et du développement
durable ? On favorise artificiellement l’écologiquement correct !
Taux de 5,5% pour la fourniture de logements dans les hôtels : pourquoi
seulement dans ce cas ? Exonération en faveur de certains contrats d’assurance-maladie
complémentaire : et pourquoi pas pour les autres ? Investissements
productifs dans les DOM-TOM : n’est-il pas bon d’encourager l’investissement
partout ; pourquoi spécialement dans les DOM-TOM ? Pareil pour
les investissements locatifs dans les mêmes territoires. Dépenses dans
les secteurs sauvegardés (loi MALRAUX) : le reste n’est-il pas digne
d’intérêt ? Locations ou sous-location de meublés : et pourquoi
pas les locations vides ? Notons aussi l’exonération plafonnée de
TIPP pour les esters méthyliques d’huile végétale… Tout cela reflète l’arbitraire, les groupes
de pression, les survivances historiques et les politiques successives
de l’Etat : on privilégie tel ou tel secteur ; puis on change
d’avis et on a d’autres priorités, mais la niche fiscale reste. Tout cela
n’a rien de libéral : une niche fiscale n’a rien de libéral, car
l’Etat libéral n’a pas à imposer des priorités dans les choix individuels.
En revanche, nombreux parmi les adversaires
des niches fiscales sont ceux qui ont une arrière-pensée : pour eux,
supprimer les niches fiscales, c’est trouver une occasion d’augmenter
les impôts. On a avancé le chiffre de 50 milliards : voilà de l’argent
neuf dans les caisses publiques. Pour un libéral, il est évident que la
suppression totale des niches fiscales doit s’accompagner d’une baisse
équivalente de l’ensemble des impôts : ce serait l’occasion par exemple
de supprimer les tranches les plus élevées de l’impôt sur le revenu, ou
d’instaurer la flat tax, ou de supprimer l’ISF et quelques autres impôts
idiots, ou encore de baisser le taux de TVA ou de supprimer l’impôt sur
les sociétés. Dans ce cas, oui, la suppression des niches fiscales a un
sens. Mais si c’est pour accroître les prélèvements obligatoires, c’est
un non-sens. Enfin, supprimer les niches c’est bien,
supprimer les doubles impositions c’est encore mieux. Nous faisons campagne
depuis des années pour substituer l’impôt sur la dépense à l’impôt sur
le revenu. La différence se comprend : l’épargne ne serait plus taxée
deux fois, une fois sur le revenu primaire, et une fois sur le revenu
de l’épargne. Évidemment il ne faut pas
discriminer entre les « bons » et les « mauvais »
placements ou investissements, sans quoi on créerait à nouveau des niches
fiscales. Bien entendu, ceux qui bénéficient d’une
niche fiscale sont contre toute suppression (on dit que dans chaque niche,
il y a un chien qui veille). Mais ils l’accepteraient beaucoup mieux si
l’on compensait cette suppression par une baisse générale équivalente
des impôts. C’est d’ailleurs ce qu’a fait l’administration
REAGAN après la grande réforme fiscale de 1982. Le 21 mai 2008
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