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Dans
l’ouvrage « Liquider mai 68 » dirigé par Matthieu GRIMPET et
Chantal DELSOL aux Presses de Si
on y trouve ici où là quelques petits espaces de liberté, susceptibles
d’introduire un peu de bon sens dans le système, la loi PECRESSE a aussi
prévu le « contrepoison » en livrant encore plus nos universités
aux syndicalistes professionnels. Cela a été fait d’une manière très subtile. Dans
le système précédent, les professeurs étaient élus par leurs pairs, de
même que les maîtres de conférences, les étudiants et le personnel administratif.
On pouvait faire des listes, élues à la proportionnelle, mais la plupart
du temps, surtout chez les professeurs, on pouvait présenter une liste
avec un seul nom, ce qui transformait le scrutin en scrutin majoritaire,
permettant à des professeurs réputés, voire à des « mandarins »,
d’être élus dans les conseils, et cela d’autant plus que les élections
avaient lieu par UFR (c’est à dire par facultés), lieu où chacun se connait.
Certes, ils y étaient minoritaires, mais certaines fortes personnalisés
surnageaient et on pouvait avoir de vrais présidents d’université, comme
le géographe Jean-Robert PITTE
à l’université Paris IV Sorbonne, qui pouvait dénoncer la mainmise de
la gauche sur l’éducation. Tout
cela est terminé. Désormais, il y a pour chaque collège une liste qui doit être commune à toutes les
disciplines, à toutes les facultés d’une même université. Plus question
qu’un économiste, un juriste ou un médecin célèbre soit élu par ses pairs ;
il faut déposer une liste pour tout l’établissement et on peut être un
prix Nobel dans sa discipline et ne pas plaire aux représentants d’une
autre discipline. Ou tout simplement ne pas pouvoir déposer une liste
parce que, étant juriste ou économiste, on ne connait pas les littéraires
ou les scientifiques. Qui
est capable de déposer une telle liste transversale ? Essentiellement
les syndicats qui, justement, reposent sur une structure transversale,
regroupant les disciplines diverses. Plus question qu’une personnalité
émerge, portée par sa discipline. Il faut passer par le moule syndical,
et on sait que dans un syndicat, c’est rarement le prix Nobel qui a le
pouvoir ! Parfois, certains sortants arrivent à faire une liste,
car eux connaissent au bout de plusieurs années de pouvoir des collègues
partout, mais cela devient alors « le syndicat des sortants »
ce qui n’est pas mieux. Pas question d’une personnalité nouvelle. Mais il y a mieux. Dans les conseils d’administration, il y a au maximum sept professeurs, sept maîtres de conférences, cinq étudiants et trois administratifs. Si par miracle les professeurs arrivaient à faire élire une liste « modérée », moins politisée, on peut être sûr que le collège des maîtres de conférences, nettement plus à gauche et syndicalisé (un appui syndical, c’est bon pour faire carrière), va élire une liste politisée et totalement syndicalisée.
De
plus, le système est tel que la liste en tête emporte de droit la majorité
des sièges (4 sur 7 donc) et le reste est réparti à la proportionnelle,
ce qui, s’il y a deux listes, donne encore deux de plus à la liste majoritaire,
soit 6 en tout, et …un seul siège à l’opposition. Ce qui fait donc dans
le cas d’une élection de professeurs « modérés », 6 professeurs
et 1 maître de conférences « modérés » et 6 Maîtres de conférences
et un professeur très à gauche. Chacun ayant le même poids, il y a blocage,
7 contre 7. Mais les étudiants (souvent moins de 5% de votants, donc une
prime aux trotskistes et autres communistes) et le personnel administratif
(CGT notamment) feront la différence. Devinez pour qui ils vont voter ?
C’est comme cela que PITTE et d’autres ont été battus. Le système se met
en place peu à peu. Désormais, pour présider une université, il faudra
avoir fait une belle carrière de syndicaliste. Et les exceptions disparaitront
peu à peu. C’est inscrit dans la logique du système. Le 22 mai 2008
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