LA LOI SUR LES OGM GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉE ?


Il y a l’écume des choses : l’UMP qui boude le temps d’un scrutin, ce qui permet à la gauche de faire voter la question préalable et d’emporter une victoire provisoire ; dès le lendemain, les députés UMP s’étant fait tancer, tout rentrait dans l’ordre et la commission mixte paritaire revotait le texte initial. Cela se présente comme une bagarre entre la gauche (anti-OGM) et la droite (pro-OGM).

Mais si l’on veut bien y regarder de plus près, et examiner le texte gouvernemental modifié par les navettes, on s’aperçoit que l’opposition gauche-droite est factice, car en réalité l’immense majorité des parlementaires se retrouve dans le droit fil du Grenelle de l’environnement, sur la ligne des BOVE, BORLOO et autres Nicolas HULOT. Il y a certes quelques courageux députés, qui ont expliqué qu’ils n’approuvaient pas la dérive anti-OGM actuelle, l’irrationalité de ce débat, mais ils sont minoritaires.

Bien entendu, le gouvernement explique que son texte est « équilibré ». La preuve : il prévoit un délit de fauchage d’OGM. Quelle innovation ! De quoi faire descendre tous les écolos professionnels dans la rue ! Mais cela n’apporte rien : il suffisait d’appliquer la loi (atteinte à la propriété, destruction du bien d’autrui) et il y avait assez de motifs de condamnation. C’est ce qu’on appelle une fausse fenêtre pour faire croire à un texte équilibré ; et faire passer le reste, qui est extraordinairement restrictif vis-à-vis des OGM et en contradiction avec les textes européens signés par la France.

Ces mesures restrictives, qui frisent la prohibition, sont autant d’atteintes à la propriété et à la liberté d’entreprendre. Tout le monde s’en moque manifestement. Seul compte le principe de précaution. Si on l’avait appliqué au XIX° ou au XX° siècles, la plupart des innovations, notamment médicales, n’auraient pas eu lieu. N’oublions pas que certains, vers 1830, pensaient que la folle vitesse des chemins de fer (moins de 30 km/h) allait provoquer  des perforations intestinales. Si on les avait écoutés, ou mieux si on avait fait une loi pour mettre en œuvre leurs recommandations, on irait encore en voiture à cheval.

M. BORLOO annonce fièrement qu’on aura avec cette loi le « dispositif le plus précautionneux  du monde ». Y a-t-il de quoi s’en vanter ? Au départ, la loi a été faite pour transcrire en droit français une directive européenne posant le principe de la liberté de produire avec ou sans OGM. A l’arrivée, compte tenu de toutes les restrictions, il n’en reste que la liberté de produire sans OGM. C’est bien dans la logique de la clause de sauvegarde, que nous avons activée en janvier 2008 pour suspendre l’autorisation du maïs transgénique, le seul autorisé jusque là.

Mais cela ne suffit pas. Pour aller encore plus loin dans les interdictions, il faut encore faire croire à l’opinion que le projet de loi est ultralibéral, totalement en faveur des OGM et, pis encore, « pas conforme à l’esprit du Grenelle de l’environnement». On a même manifesté devant le Parlement pour « empêcher la contamination OGM de l’Assemblée nationale » : un sommet dans la désinformation. Rares sont ceux qui ont compris -il y en a quand même quelques-uns - quel était l’enjeu : la liberté d’entreprendre, l’avenir de l’agriculture française, sa compétitivité, la recherche scientifique, les productions d’avenir et, en ligne de mire, la lutte contre la faim dans le monde. Mais la majorité des députés n’a pas perçu l’enjeu.

Le reste relève de la bureaucratie. Le Haut Conseil sur les biotechnologies avec un comité scientifique et un comité « éthique, économique et social » ressemble à une usine à gaz, le premier rendant des « avis », le second des « recommandations » ! Et le texte est d’une obscure clarté, ce qui favorise toutes les manipulations : les OGM ne pourront être cultivés que « dans le respect des structures agricoles, des écosystèmes locaux et des filières qualifiées sans OGM » ! Le seuil proposé au départ (0,1%) est impossible à respecter et c’est le haut conseil qui finalement le fixera. Bien entendu, en cas de contamination, ce sont les agriculteurs qui devront indemniser. Toute parcelle d’OGM devra être rendue publique : autant donner l’adresse aux faucheurs. Qui se lancera alors dans une telle production, avec de telles épées de Damoclès ? Tout cela n’est que le début du commencement de l’application du Grenelle ; on attend les autres textes avec impatience. S’ils sont aussi liberticides, on a du souci à se faire.

Le 28 mai 2008 

 
   

 

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