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Nous avons eu l’occasion, à propos notamment
des enfants pauvres, puis des travailleurs pauvres, de contester la mesure
habituelle de la pauvreté. Il s’agit d’une mesure monétaire : est
considéré comme pauvre celui qui gagne moins de 60% du revenu médian.
Ne revenons pas sur l’arbitraire du chiffre de 60%, ce n’est pas l’essentiel.
Ce qui compte, c’est qu’il s’agit d’un critère d’écarts de revenus et
non de pauvreté. Selon ces calculs, il y a environ 12% de « pauvres »
en France, ce qui veut dire en réalité que 12% des Français gagnent moins
de 60% du revenu médian. Qui est ainsi pauvre en France, serait riche
en Afrique ou même dans l’Europe du sud ou de l’Est. Tout cela est connu. Ce qui est intéressant, c’est que les autorités
françaises, Martin HIRSCH, haut commissaire aux solidarités actives, en
tête, viennent eux aussi de prendre conscience de ce phénomène :
il y aura toujours des écarts de revenus, des « inégalités »
comme disent certains, justifiées souvent par des différences de productivité
économique, sauf à rêver d’un chimérique et totalitaire communisme, qui
serait d’ailleurs injuste par nature, puisque, comme le soulignait déjà
ARISTOTE, « il n’est de pire injustice que de traiter également des
choses inégales ». Donc avec une mesure relative de la pauvreté,
jamais celle-ci ne disparaîtra. Tout au plus a-t-elle diminué de 3% de
2000 à 2005. Conclusion, il y a toujours presque autant de pauvres. C’est là que Martin HIRSCH souhaite passer
de cette conception relative de la pauvreté
à une autre conception. Certains pays partent d’une conception
absolue, certes difficile à déterminer, mais qui implique que, quand le
niveau moyen de revenus s’élève, avec la croissance, si les plus pauvres
suivent cette évolution, leur nombre ne cesse de diminuer, ce qui est
logique, puisqu’alors tout le monde s’enrichit. L’indicateur nouveau choisi
par le haut commissariat aux solidarités actives repose sur une mesure
intermédiaire, un indicateur semi-absolu. C’est ce qu’on appelle « le
taux de pauvreté ancré dans le temps ». Au départ, par exemple en 2000, on fixe
l’indicateur de manière relative : est pauvre celui qui a moins de
60% du revenu médian (817 euros en 2005). Mais ensuite, on garde cet indicateur
en valeur absolue, comme mesure de la pauvreté, simplement en l’indexant
sur l’inflation, pour en maintenir le pouvoir d’achat. Ce qui fait que
si le revenu médian est en hausse, l’indicateur ne change pas pour autant,
éliminant la question des écarts de revenus. L’indicateur, relatif au
départ (il faut bien une base) devient ensuite absolu. Si, ce qui est
le plus probable, dans une économie qui progresse, les pauvres sont moins
pauvres qu’avant en valeur absolue, leur nombre diminue sensiblement.
C’est alors ainsi que pour l’indicateur relatif, la pauvreté de 2000 à
2005 n’a diminué que de 3% ; en valeur « semi-absolue »,
elle a diminué de 22%, ce qui à l’évidence est plus proche de la réalité ;
dans un pays qui globalement s’enrichit, il y a moins de pauvres. Bien sûr, on peut contester la mesure et
son arbitraire. Pourquoi prendre comme base l’an 2000 plutôt qu’une autre
date ? Pourquoi partir d’une valeur relative, fixée à 60% ?
Tout cela est très discutable. Mais on peut aussi apprécier l’effort pour
mieux coller à la réalité de la pauvreté et s’éloigner de la notion d’inégalités.
D’ailleurs, la fureur de l’Observatoire national de la pauvreté en dit
long : « Cet indicateur aboutit à dissocier la question de la
pauvreté de celle des inégalités et compromet ainsi l’objectif de cohésion
sociale légitimement poursuivi ». Voilà qui éclaire le débat. Ceux
qui défendent une conception relative n’ont que faire de la lutte contre
la pauvreté ; ce qui les intéresse, c’est la réduction des écarts,
c’est à dire l’évolution vers une société socialiste, où chacun gagne
le même revenu ou presque. Ou est la cohésion sociale dont ils parlent,
si tout le monde, quel que soit le service qu’il rend aux autres, gagne
la même chose ? Face à ces contestations, Martin HIRSCH,
tout en maintenant sa définition semi-absolue, la complète par une batterie
d’indicateurs (une quinzaine), formant un « tableau de bord »
comprenant le logement, l’emploi, les ménages sans actifs occupés, l’éducation,
la santé, etc., ouvrant la porte à autant d’arbitraires dans les choix
retenus. Mais il nous semble qu’un tabou vient de tomber, en introduisant
la distinction fondamentale entre pauvreté et écarts de revenus. Le 28 mai 2008
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