OGM : FAUX ESPOIR DE LIBERTE



José BOVE et ses amis sont furieux. Bruxelles ne s’intéresse guère à leurs délires sur les OGM et à leur arrachage des cultures au nom du principe de précaution. Et Bruxelles vient de décider la levée du moratoire sur les OGM, moratoire institué en 1999.

Cela ne concerne pour l’instant que le Bt 11, qui est un maïs doux transgénique, qui aurait dû faire son apparition, si nous le voulions, dans nos assiettes, mais, comme on le verra, cela ne sera pas le cas. L’autorisation est valable dix ans. Le commissaire européen chargé de la protection des consommateurs, l’Irlandais David BYRNE déclarait : « Mon boulot n’est pas de promouvoir ce produit, mais de m’assurer qu’il n’aura aucun impact sur la santé humaine. Le consommateur n’a rien à craindre, dans la mesure où le Bt11 est aussi sûr que le maïs traditionnel : il pourra faire son choix en toute connaissance de cause ». D’ailleurs, depuis quelques semaines, un étiquetage « clairement visible » et obligatoire doit figurer sur tout produit alimentaire présentant au moins 0,9% d’OGM.

Cette décision européenne a été prise car les Etats membres n’ont pas été capables de trouver un consensus et dans ce cas les commissaires décident. Certains ont émis quelques réserves, mais la majorité l’a emporté sans problème en faveur de l’autorisation, puisque, sur 30 Commissaires, quatre seulement émettaient des réserves (dont Jacques BARROT). C’est tout à fait conforme au droit communautaire. C’est à la commission de décider de lever ou non le moratoire en cas de non accord au sein du Conseil. De plus, le Parlement européen, à une très large majorité, avait repoussé une résolution des Verts demandant à la commission de surseoir à toute décision avant le scrutin du 13 juin.

Faut-il s’en offusquer ? Il s’agit d’un échec des partisans du principe de précaution, et cela ne pouvait que rassurer les libéraux. De plus, comme le souligne le ministre italien de l’agriculture « le marché jugera » et il jugera en connaissance de cause, puisque l’indication d’OGM figurera nettement. Comme le souligne le bureau européen des consommateurs, « Les règles de traçabilité et d’étiquetage sont de nature à satisfaire les consommateurs. Les anti-OGM prendront la peine de lire l’étiquette tandis que d’autres resteront indifférents ». C’était en tous cas une victoire de la liberté de choix, une victoire contre l’obscurantisme et un espoir pour les pays du tiers-monde qui meurent de faim : les OGM pourraient représenter l’une des solutions au problème de la faim dans le monde.

Mais ce qui nous a semblé intéressant, dans cette affaire, ce sont les réactions des uns et des autres et ces réactions ont conduit, pour l’instant, en pratique, à une remise en cause de la décision. Greenpeace, dans un bel élan nationaliste, a appelé les Etats membres qui étaient hostiles à cette levée du moratoire à interdire ce produit au niveau national. Comme le dit avec clarté Ségolène ROYAL, qui veille sur nous, « La loi du commerce l’a emporté sur le principe de précaution ».

L’UFC–Que choisir, qui souhaite tout, sauf le libre choix des consommateurs, a affirmé qu’elle était « opposée » à la levée du moratoire. L’eurodéputé William ABITBOL (Liste Pasqua) a demandé « au gouvernement français d’opposer son veto à une mesure qui ne rencontre ni l’approbation des populations, ni même celle des parlementaires européens » (ce qui est faux, comme on l’a vu). Toujours nuancé, Philippe de VILLIERS dénonçait « un coup de force puisque cette décision est prise contre l’avis de la France et de neuf Etats sur quinze par les commissaires ayatollahs » (Sic !). Pour le socialiste Jean-Paul HUCHON, voilà « un mauvais coup porté à l’Europe ».

On le voit, c’est une quasi-unanimité dans la classe politique. Pourtant, cette décision était celle du bon sens et du progrès. En outre, elle devait faciliter les choses pour l’Europe au sein de l’OMC, où ce moratoire contre les OGM nous avait mis dans une situation délicate et où une action était engagée contre nous. Heureusement, il restait José BOVE et Noël MAMERE pour faire échouer cette décision sur le terrain. M. MAMERE a déclaré que les écologistes « étaient prêts à pratiquer la désobéissance civile ». Cela promet. Peut-être voulait-il contrôler nos assiettes, sans doute au nom de la liberté.

Résultat final : en dépit de la décision de Bruxelles, la pression des anti-OGM a été telle que la firme productrice de cet OGM vient de renoncer à le commercialiser. La campagne de terreur l’a donc emporté pour l’instant. C’est pour l’instant un échec de la liberté.



 

 

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