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Les analyses d’Eric LE BOUCHER dans Le Monde
sont toujours intéressantes, car elles tranchent, par leur liberté de
ton, avec la dominante politiquement correcte du journal, ce qui, en économie,
veut dire au mieux keynésienne, au pire marxiste. Cela ne signifie pas
que ses analyses soient toujours libérales, mais elles sont toujours intelligentes
et montrent une vraie connaissance du sujet. Cette semaine, dans sa chronique
hebdomadaire, il s’intéresse à l’évolution (économique, mais aussi politique)
de l’Amérique latine. La tendance générale de ce sous-continent
est incontestablement de plus en plus à gauche. Mais il y a évidemment
une différence entre une gauche marxiste et révolutionnaire et une gauche
social-démocrate, voire social-libérale comme le dit LE BOUCHER. Si nous
étions en Europe, nous dirions que BESANCENOT n’est pas Tony BLAIR, ce
qui ne nous empêche pas de préférer en toute hypothèse THATCHER à tous
les deux. La différence entre les deux gauches est pour LE BOUCHER symbolisée
par CHAVEZ et LULA, d’où le titre de sa chronique « CHAVEZ-LULA,
le match est joué ». Il commence par observer qu’en Europe, les
socialistes « sont à la traîne » et qu’il en sera de même pour
« les démocrates américains et la gauche du monde entier ».
« Il manque à tous un programme, faute d’avoir encore trouvé la bonne
réponse, cohérente et complète, à la mondialisation, aux inégalités croissantes,
aux crises. Faute d’avoir tranché entre la tentation du centre, le réformisme
social-démocrate dans la ligne CLINTON-BLAIR et la tentation de l’autre
politique de la gauche de la gauche ». Or c’est en Amérique latine que ce combat
est le plus intense. Il est symbolisé par LULA et CHAVEZ. LULA, nous l’avions
dit, avait expliqué que les positions de gauche pouvaient avoir un sens
comme « péché de jeunesse », mais qu’ensuite on devait devenir
plus raisonnable. CHAVEZ, lui, en est resté au marxisme pur et dur. La
politique brésilienne est « social-libérale » dit LE BOUCHER
et par contraste il y a « le radicalisme vénézuélien ». La gauche
européenne hésite entre ces deux modèles. Or « de l’autre côté de
l’Atlantique-Sud, l’histoire dit laquelle des deux gauches réussit ». Le Brésilien s’est inscrit « dans la
politique orthodoxe engagée par son prédécesseur » ; il tourne
le dos au populisme sud-américain. Il joue l’ouverture des frontières,
la stabilité monétaire, les réformes de structure. Résultat : le
Brésil décolle, avec 5% de croissance l’an dernier, autant cette année
en dépit de la crise mondiale. Une monnaie qui monte plus vite encore
que l’euro vis-à-vis du dollar. L’inflation est passée de 1000% il y a
20 ans à 4,5%. Il y a six ans, il était en cessation
de paiement, sa dette est requalifiée aujourd’hui en investissement. « Des
millions de Brésiliens accèdent à la consommation ». Le Venezuela devrait a priori être plus
riche, compte tenu de sa fortune pétrolière. La manne est distribuée généreusement
aux amis du régime. « Les caisses débordent ». Mais le protectionnisme
est là (« CHAVEZ a restreint les importations d’automobiles »).
L’inflation dépasse les 22%. Les entreprises sont nationalisées les unes
après les autres et le secteur privé du coup n’investit plus. Les entreprises
étrangères quittent le pays, pour aller s’installer au Brésil où elles
investissent massivement. Le Venezuela a créé un fonds souverain pour
racheter les dollars du marché noir, ce qui a pour résultat d’instaurer
un double système monétaire, avec un dollar recherché par les Vénézuéliens
et un Bolivar en forte décote. Conclusion d’Eric LE BOUCHER : au pays
de CHAVEZ « la richesse s’enfuit », en dépit du quadruplement
du prix du pétrole. Chez LULA, « les richesses sont maintenant crées ».
Commentaire de BESANCENOT : « La révolution bolivarienne montre
au monde entier qu’on peut non seulement parler d’anticapitalisme, mais
aussi en faire ». En effet ; c’est même le plus court chemin
vers la misère. Bien sûr, LULA n’est pas notre modèle et nous préférons
pour notre part de vrais libéraux aux sociaux-démocrates. Mais la gauche,
elle, doit choisir. En France, elle est encore sur la ligne CHAVEZ, en
dépit des ouvertures libérales de DELANOE. Eric LE BOUCHER pose le bon
diagnostic : entre CHAVEZ ET LULA « le match est joué ». Le 4 juin 2008
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