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Nous
avions salué comme il convenait le « courage » de l’ambassadeur
de France en Algérie qui avait dénoncé « les crimes de la colonisation ».
Nous sommes sûrs qu’avec le même souci d’objectivité, il va dénoncer l’affaire
que nous allons évoquer, à la suite notamment du Figaro. Les informations
de notre confrère sont apparemment fiables, puisqu’elles émanent de son
envoyé spécial sur le terrain, à Tiaret, et ses dires, comme on le verra,
peuvent être corroborés par plusieurs autres journalistes témoins de cette
scandaleuse mascarade. Il
s’agit d’un procès devant le tribunal correctionnel de Tiaret. Il concerne
une accusée, Habiba KOUIDER, éducatrice dans une crèche, qui a eu le mauvais
goût de s’être convertie au christianisme. Rentrant en bus d’Oran à Tiaret,
cette dangereuse personne a été interpellée par des gendarmes, qui ont
découvert dans son sac ce que Le Figaro appelle « des pièces à conviction :
des bibles et des évangiles ». Explosif en effet. Or la détention
de livres religieux est un délit passible de prison depuis la loi de février
2006 qui réglemente « les cultes non musulmans ». Ce grave délit
a valu à la coupable son transfert à la police, sa mise en garde à vue
et sa présentation au procureur, qui lui offre un marché « honnête » :
« Tu réintègres l’Islam et je classe le dossier ; si tu persistes
dans le péché, tu subiras les foudres de la justice ». Cette personne,
sûrement irresponsable, a osé tenir tête et n’a pas renié sa foi chrétienne. En
présence de journalistes qui assistent au procès, elle affirme même devant
le juge qu’elle est chrétienne. Le juge, soucieux du strict respect de
la loi, interpelle alors les journalistes : « Avez-vous une
autorisation pour prendre des notes ? ». L’avocat de l’inculpée
(car il s’en est trouvé un, les autres s’étant tous défaussés) ose répondre
que l’audience est publique. Après quoi le juge menace de prendre des
mesures « avant de confisquer les carnets des journalistes »,
sans doute des valets de l’impérialisme occidental revanchard et colonialiste.
Malheureusement, les journalistes ont eu assez de mémoire pour raconter
l’affaire. Le
procureur rappelle alors quelques vérités simples : « l’Islam
est religion d’Etat » (même si Jésus est considéré comme un prophète,
sa distinction entre Dieu et César n’est manifestement pas arrivée jusqu’à
certains musulmans). Et de requérir trois ans de prison ferme, contre
cette terroriste, possédant des livres, il est vrai, subversifs, puisque
parlant de l’amour du prochain, de la dignité de l’homme et de ses droits
comme être créé à l’image de Dieu : tout cela menace en effet l’ordre
établi. L’empire romain l’avait déjà compris. L’avocat
a osé plaider pour « la liberté de conscience garantie par la constitution »,
mais la constitution est sans doute considérée comme étant du droit bourgeois,
hérité de l’époque coloniale. Finalement, le
jour où le verdict devait être rendu, le juge a préféré gagner du temps
en réclamant un "complément d'enquête", mais il en a aussi profité
pour réclamer deux ans de prison contre six jeunes convertis. Ils avaient
notamment prié dans un appartement, endroit non reconnu comme "lieu
de culte". Un grand crime en effet. Le journaliste du Figaro
signale en outre que, depuis janvier 2008, les procès pour « délit
de chrétienté » se sont multipliés (Oran, Mascara, Bel-Abbès,…).
Mais le Ministre algérien des Affaires Religieuses se veut très clair :
« La communauté chrétienne jouit de tous les droits ». L’Algérie,
dit-il, ne fait que « lutter contre les sectes ». L’Evangile
et Ajoutons qu’en dépit de nos recherches,
nous n’avons pas trouvé de dépêche indiquant que notre ambassadeur, si
soucieux des droits de l’homme, se soit indigné de ce procès. A moins qu’il n’ait été trop occupé par des
affaires d’une actualité plus brûlante, comme dénoncer la répression coloniale
de mai 1945. Cela ne lui a pas laissé le temps de voir ce qui se passait
en mai 2008 ! Le 4 juin 2008
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