« ENCADRER » L’ACTIVITE LIBERALE

DES MEDECINS HOSPITALIERS


C’est une toute petite déclaration de Roselyne BACHELOT, ministre de la santé, que l’on trouve rapportée dans un article des Echos consacré à l’amélioration de l’accès aux soins et aux patients en situation de précarité. On y trouve un peu de tout, y compris la nécessité pour les cliniques de respecter des engagements tarifaires de non-dépassement d’honoraires, dès lors qu’elles se trouvent en situation de monopole local. Comme si un « monopole » privé pouvait s’imposer quelque part et si l’expression avait un sens.

Et soudain, au détour d’une phrase, cette déclaration du ministre : les hôpitaux, quant à eux, verront l’activité libérale actuellement autorisée pour une partie de leurs médecins « davantage encadrée ». «  Peut-on admettre qu’un patient doive attendre plus d’un mois pour une intervention à l’hôpital et qu’il lui soit proposé de la faire très rapidement s’il a recours au secteur privé dans ce même hôpital ? ». Cette formule ouvre la porte à la démagogie la plus totale, émanant notamment des syndicats, qui ne cessent de dénoncer la médecine à deux vitesse, celle pour les pauvres et celle pour les riches.

Rappelons tout d’abord que l’activité libérale des médecins hospitaliers est très limitée en nombre, puisque fin 2005, 4 293 médecins hospitaliers étaient concernés, sur un total de 34 000, soit environ 12%. La remarque du ministre sur le non accès au soin tombe donc largement à plat, puisque l’immense majorité des médecins hospitaliers n’est pas concernée. De plus, les médecins ayant une activité libérale à l’hôpital ne peuvent y consacrer plus de 20% de leur temps et ne peuvent faire plus d’actes dans le privé que dans le public. Enfin, comme pour tous les médecins à honoraires libres, ils doivent fixer leurs honoraires « avec tact et mesure ». En outre, un tout récent décret alourdit la redevance versée à leur établissement par les médecins hospitaliers qui appliquent les honoraires libres à leur clientèle privée.

C’est dire qu’il y a déjà un encadrement très restrictif. Le ministre veut donc aller plus loin. Est-ce l’amorce de la suppression de cette activité libérale ? Car une activité libérale déjà encadrée qui va être désormais « super-encadrée », est-ce encore une activité libérale ? Celle-ci sera-t-elle encore possible ? La médecine a un coût. Elle n’est jamais gratuite, comme n’importe quelle activité économique (« Il n’y a pas de repas gratuit » aimait à rappeler Milton FRIEDMAN).

La seule question est donc de savoir qui paie. Dans le secteur public, il y a une apparence de gratuité, avec des tarifs fixes totalement pris en charge par la sécurité sociale et le tiers-payant. On en connait tous les défauts : faux prix, gratuité apparente, irresponsabilité, gaspillage. Elle permet, selon le ministre, l’accès de tous aux soins. On pourrait imaginer d’autres formules, en introduisant la liberté d’assurance, qui permettrait des économies engendrées par la concurrence. En France, on préfère la gratuité et le monopole public.

Mais il y a, même dans ce système, des espaces de liberté, comme cette activité libérale des médecins hospitaliers. Ceux qui, par un choix libre et responsable, veulent consacrer plus à se soigner et donc sont prêts à payer plus peuvent le faire. Ils ont alors effectivement un service plus rapide. Est-ce un scandale ? Le ministre s’en offusque au nom de l’accès aux soins des autres ; mais cet accès n’est pas refusé, puisque même les médecins ayant une activité libérale doivent consacrer 80% de leur temps au secteur public. Mais c’est la même chose dans tous les domaines ; celui qui est prêt à faire des sacrifices financiers sur d’autres dépenses peut avoir accès à un meilleur produit ou un meilleur service. C’est contraire à l’égalité, dit-on. Mais dans ce cas, il faut aussi fermer les grandes écoles privées ou les magasins de luxe. Oui, mais la santé, dit-on, n’est pas un secteur comme les autres ; mais l’éducation non plus, la culture non plus, le pain non plus. Avec un tel raisonnement, tout doit relever du seul et unique service public unifié, c'est-à-dire d’un monopole public. Comme au bon vieux temps de l’Union soviétique. Dans un système où l’essentiel de l’hôpital est public, s’attaquer à un petit espace de liberté n’est pas acceptable. 

Le 5 juin 2008 

 
   

 

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