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SNCF : LA BATAILLE DU FRET GAGNÉE PAR LES SYNDICATS
Ce qui se passe à la SNCF en matière de fret
est extraordinaire. Désormais, ce marché des transports de marchandises
est totalement ouvert à la concurrence, par l’effet des règles européennes.
Résultat : la SNCF n’est plus seule à transporter des marchandises
par rail et ses concurrents progressent vite, avec maintenant 8% du marché
(Euro rail Cargo, Veolia Cargo, Rail Link Europe…). Dans le même temps
le fret de la SNCF est dans les pires difficultés car l’entreprise a gardé
ses mauvaises habitudes et surtout les fameux « avantages acquis »
issus de la culture du monopole public, le service public étant en France
compris avant tout comme le service des agents du secteur public. 900 millions de perte en 2006, année exceptionnelle,
et encore 241 millions en 2007, année « normale ». Tout le monde
sait qu’à terme, lorsque la SNCF sera peu à peu devenue une entreprise
comme une autre, son secteur fret devra s’être adapté ou disparaître.
Si l’entreprise ne veut pas disparaître demain, c’est maintenant que l’adaptation
doit se faire. Où en est l’adaptation ? La durée du travail est théoriquement de 35
heures par semaine, soit 1568 heures
par an. Mais l’organisation de la SNCF est telle que dans le secteur du
fret la durée effective est de 1 120 heures, soit l’équivalent de
25 heures par semaine. La productivité du travail y est beaucoup
trop faible, alors que le personnel représente 50% des coûts de l’activité.
Il faut, même si on ne touchait pas aux sacro-saintes 35 heures, augmenter
le travail productif et mieux utiliser les possibilités d’heures, mieux
payées en contrepartie. C’est du moins ce que proposait aux syndicats
le nouveau PDG, Guillaume PEPY. Il a donc présenté un projet de réforme,
soumis aux négociations avec les syndicats. Jusque là, rien d’extraordinaire
par rapport au comportement habituel des « partenaires sociaux »
en France. La réforme de la SNCF sur ce point - tout
le monde le sait désormais - est vitale pour la survie de cette branche
de l’entreprise. Guillaume PEPY explique très bien qu’autrefois la route
n’était qu’en partie en concurrence avec la SNCF (par exemple au moment
des grèves), mais que celle-ci retrouvait son monopole de fait après les
grèves ; désormais cela n’a plus de sens, puisqu’il existe d’autres
transporteurs du rail, prêts à récupérer les marchés sans grèves et à
de meilleures conditions. Conclusion logique ; accepter la réforme
ou mourir. Aussitôt les syndicats montent au créneau,
protestent contre la mise en cause des fameux « avantages acquis ».
Le PDG de la SNCF met alors tout sur la table et propose des réformes
moins ambitieuses, mais encore capables de sauver l’entreprise :
on allongera la durée du travail consécutive d’une heure à 7 heures (au
lieu de 7h30 prévu au départ dans la réforme), on assouplira la règle
des repos obligatoires hebdomadaires, mais en contre partie les conducteurs
recevraient une rémunération supérieure de 10% pour rejoindre celle des
conducteurs de TGV (3000 euros) : bref, on est encore dans la logique
des négociations. L’extraordinaire se produit lorsque le PDG
déclare soudain : « Si les syndicats refusent nos propositions
sur la réglementation sociale, nous refermerons le dossier et nous n’irons
pas jusqu’à l’épreuve de force ». Il a bien martelé « on ne
passera pas en force ». « Le dossier serait provisoirement clos ».
Autrement dit, la balle était dans le camp des syndicats : s’ils
acceptaient les propositions, le fret était sauvé ; s’ils ne les
acceptaient pas, au lieu de faire prévaloir l’intérêt de l’entreprise,
en maintenant la réforme indispensable, le PDG préfère tout lâcher aux
syndicats et renoncer à sa réforme. Ce sont donc les syndicats qui décident !
Finalement, la table ronde prévue le 29 mai est annulée par la direction
« pour réfléchir » aux conséquences du refus syndical de faire
évoluer la réglementation du travail. Attendons la suite… Bien entendu, les syndicats ont expliqué
que c’était un horrible chantage. Le Figaro a parlé « d’épreuve de
vérité pour le fret SNCF », mais Les Echos ont vu juste en titrant
que « la SNCF veut éviter la grève à tout prix ». Donc on fait
des propositions, puis des concessions et on annonce que si les syndicats
trouvent que c’est encore trop, on renoncera à la réforme ! Résultat :
on n’évitera même pas la grève (CGT, FO, Sud ont déjà déposé un préavis),
et on tuera l’entreprise dans son activité fret. A vrai dire, cela ne
nous dérange pas, le privé faisant mieux, plus vite, moins cher et sans
grève. Et la SNCF elle-même a des filiales de droit privé… Le 11 juin 2008
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