GDF VICTIME DU COMPLOT DES LIBÉRAUX DE BRUXELLES


Gaz de France fait  la une de l’actualité. D’une part, cette grande entreprise publique (au moins pour un temps) va fusionner avec Suez pour cause de « patriotisme économique » : le gouvernement VILLEPIN avait imaginé de contrer ainsi l’OPA que les Italiens se préparaient à lancer sur le groupe Suez. D’autre part, GDF est une fois de plus montrée du doigt par les autorités européennes. Nos confrères ne s’y sont pas trompé : « Nouvelle offensive de Bruxelles pour démanteler GDF » pour Le Figaro ; « GDF : Bruxelles lance une nouvelle enquête pour entrave à la concurrence » pour Les Echos.

L’affaire peut intéresser les Français, qui viennent de subir deux hausses considérables du prix du gaz. Comment fonctionne leur chère usine à gaz ? De façon tout à fait anormale et contraire à la concurrence, c'est-à-dire à l’intérêt des consommateurs, disent les gens de Bruxelles. Il est vrai que ces ultra-libéraux croient aux vertus de la concurrence, toujours en faveur du client ; et de plus ces européistes veillent ardemment à l’application des traités qui, dès l’origine (le traité de Rome en 1957), engageaient la lutte contre les monopoles.

En réalité, ce qui chagrine nos partenaires, c’est que, si tous les marchés des anciens « services publics » ont été ouverts à la concurrence, les anciens monopoles, surtout quand ils restent publics (comme dans le cas de GDF) font tout pour empêcher la concurrence de jouer. C’est ce que dénonce le commissaire européen à la concurrence, Neelie KROES. Elle vient de décider d’ouvrir une nouvelle enquête à l’encontre de GDF. Ce n’est pas la première et GDF est déjà sous le coup d’une précédente enquête, car l’entreprise avait signé dès 1975 des clauses de non agression réciproque avec d’autres monopoles comme E.ON en Allemagne.

Voilà donc un nouveau dossier, où Bruxelles soupçonne GDF d’entente et d’abus de position dominante. Les Echos expliquent que l’entreprise aurait conclu avec des entreprises sous son contrôle des contrats d’importation et de réservation de capacité d’approvisionnement à long terme, en particulier avec le réseau de transports GRT Gaz. Pourquoi ? Pour « accaparer le réseau pour ses seuls besoins au détriment de ceux de ses concurrents ». Elle monopolise via sa filiale transport l’usage de ses gazoducs, empêchant la concurrence de travailler. Ces contrats à long terme empêchent aussi la baisse des prix. A cela s’ajoute un abus de position dominante, car elle a « délibérément sous-investi » dans les infrastructures de transports qu’elle possède afin de limiter les importations de gaz sur le marché français.

Les services de la Commission ont notamment été édifiés par des documents saisis lors des inspections réalisées dans les locaux de GDF, « des documents suffisamment étayés pour décider d’ouvrir une enquête ». Des documents « attestant de comportements jugés anticoncurrentiels » précise Le Figaro. « La liste des griefs est longue et Bruxelles n’en aurait même pas encore dévoilé la totalité ». Bien sûr, GDF se défend et elle n’a passé des contrats d’importation de gaz que pour « assurer la sécurité d’approvisionnement du territoire français », capacité dont on ne voit pas ce qui pourrait la menacer sur un libre marché !

En réalité, tout ce débat n’intervient pas maintenant par hasard. Bien sûr, il y a l’approche de la présidence française et certains commissaires n’hésitent pas à montrer qu’ils ne se laissent pas impressionner par l’arrogance française. Mais il y a aussi le débat actuel sur la libéralisation de l’énergie. L’Europe souhaite que les opérateurs historiques comme GDF ou E.ON vendent leurs filiales de transport et de distribution. Au fond, c’est le même problème que pour le rail : distinguer l’infrastructure (les rails) de ce qui roule dessus (des trains en concurrence). Ici aussi, il y a le contenant (les gazoducs) et le contenu (le gaz) qui devrait émaner d’entreprises diverses en concurrence. Que dirait-on d’un transporteur routier qui posséderait les routes et interdirait aux autres transporteurs d’y circuler ! Bien entendu, la France est contre cette « séparation patrimoniale ».

Pour GDF, tout cela est un vaste complot libéral et l’enquête ouverte ne sert qu’à « renforcer le camp des libéraux qui exigent un démantèlement ». C’est vrai, quelle idée étrange ont les libéraux de vouloir protéger la concurrence et les clients !

Le 11 juin 2008 

 
   

 

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