![]() | |||||||||||||||
|
DE MINIMIS NON CURAT PRAETOR…
Le
prêteur ne s’occupe pas des petites affaires et nos députés non plus.
Au moment où le Parlement est saisi d’une importante réforme constitutionnelle,
dont nous avons déjà parlé et dont nous reparlerons, visant notamment
à revaloriser le rôle du parlement, nos députés poursuivent parallèlement
leur train-train quotidien et montrent leur intérêt pour les grandes
affaires de l’Etat. En témoigne l’extrait ci-dessous, emprunté au compte
rendu analytique officiel de l’Assemblée nationale, 169° séance de la
session, questions orales sans débat. Ministres
et députés s’interrogeaient sur une question vitale pour le pays, « la
lutte contre le cynips du châtaignier ». Compte rendu intégral : « M. Jean-Claude
Flory – Appelé autrefois l'arbre à pain – il a sauvé des générations
entières de la famine –, le châtaignier occupe encore des dizaines de
milliers d'hectares dans notre pays. Consommée sous diverses formes,
la châtaigne structure une véritable économie du terroir et représente
plusieurs milliers d'emplois. Rien qu’en Ardèche, la filière castanéicole
occupe 5 000 hectares, 1 000 exploitations et plusieurs
centaines d’emplois. Après
les maladies phytosanitaires comme la maladie de l'encre ou celle de
l'endothia, auxquelles elle a payé un lourd tribut, la châtaigneraie
française se voit aujourd’hui menacée par le cynips du châtaignier,
considéré comme le principal fléau de l'espèce. Originaire d'Asie, cet
insecte a été introduit aux États-Unis en 1974, puis en Italie en 2002.
Sa présence a été repérée en mai 2007 sur quatre communes de la Vallée
de la Roya dans les Alpes-Maritimes. Grâce à la mobilisation de la profession
et du groupe d'études sur la châtaigneraie, un plan de surveillance
nationale a été déclenché et repris en 2006 au niveau européen. La
mobilisation de tous les acteurs est nécessaire au vu de l'impact potentiel
du cynips sur la production de châtaignes. Le ministère de l'agriculture
et l'INRA doivent prendre la mesure du danger qu’il représente et un
programme de prévention, de recherche et de lutte de grande envergure
doit être appliqué. Quelles
mesures le Gouvernement envisage-t-il de prendre pour lutter efficacement
contre le cynips à l'échelle nationale et européenne ? Mme Nadine
Morano, secrétaire d’État chargée de la famille – Michel Barnier vous prie de bien
vouloir excuser son absence. Participant à un conseil informel des ministres
de l'agriculture et de la pêche en Slovénie, il m’a priée de vous transmettre
sa réponse. Je
sais combien l'action de sensibilisation menée par le groupe d'études
sur la châtaigneraie – que vous présidez – a été déterminante pour l’adoption
de mesures de surveillance depuis 2005. La situation est en effet préoccupante
dans la haute vallée de la Roya, où le cynips du châtaignier a été détecté
en avril 2007 à 15 kilomètres de la frontière italienne. Cette
zone faisait du reste l'objet d'une surveillance particulière depuis
2005, compte tenu de sa proximité avec le foyer italien, la zone de
Cuneo dans le Piémont. Les
prospections ont permis de repérer l’insecte sur quatorze sites répartis
sur quatre communes : Tende, La Brigue, Fontan et Saorge. Des mesures
ont aussitôt été appliquées pour ralentir la progression du foyer. Conformément
à la réglementation communautaire, une zone contaminée, une zone focale
de 5 kilomètres autour de la zone contaminée et une zone tampon de
10 kilomètres autour de la zone focale ont été délimitées. Les maires
des communes concernées ont été informés de l'interdiction de tout mouvement
de végétaux de châtaignier à l'intérieur ou vers l'extérieur de ces zones.
Il leur a été demandé d'inviter les propriétaires et exploitants des châtaigniers
infestés à couper et à incinérer les rameaux porteurs de galles avant
l'envol de l'insecte. Enfin, les propriétaires et exploitants de châtaigniers
de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et des régions limitrophes ont
été informés de la présence de l’insecte dans les Alpes-Maritimes et de
la nécessité d'intensifier la surveillance. Une
nouvelle campagne de prospection est en cours afin de modifier le cas
échéant les zones délimitées et de vérifier l'absence du cynips dans
les autres massifs de châtaigniers du sud-est de la France. Un arrêté
devrait prochainement être pris pour permettre une meilleure surveillance
des introductions et des plantations de châtaigniers. La
lutte chimique étant très peu efficace contre le cynips, le ministère
de l'agriculture envisage par ailleurs de mener des actions de lutte
culturale – utilisation de variétés résistantes pour les nouvelles plantations
– et biologique – lâcher, comme en Italie, d'un autre insecte, le torymus
sinensis, qui parasite les larves du cynips. Un projet d'étude devrait
permettre de tester la sensibilité de variétés de châtaigniers hybrides,
issues de croisements avec la variété Bouche de Bétizac, résistante
au cynips. Un projet de lâcher de torymus sinensis dans la vallée de
la Roya dès l'hiver 2008-2009 est également en préparation sous l'égide
de l'Université de Turin et de la Chambre d'agriculture des Alpes-Maritimes.
Le
ministère de l'agriculture est donc pleinement mobilisé aux côtés des
professionnels. Soyez assuré qu'il continuera de s'impliquer fortement
dans les programmes de prévention, de recherche et de lutte contre cet
insecte. M. Jean-Claude
Flory –
Je vous remercie de cette réponse très précise. La lutte contre le cynips
doit être conduite en étroite relation avec la profession castanéicole,
d’autant que la culture de la châtaigne voisine souvent avec d’autres
activités, comme par exemple l’élevage de chèvres. La coopération avec
l’Italie est également déterminante. Il faut de toute façon une coordination
européenne, car le cynips risque de toucher d’autres États comme l’Espagne ». Trois
observations : -
Nous sommes bien gouvernés et ministres et députés revalorisent le rôle
du parlement en abordant les questions essentielles. -
C’est sans doute l’application par la classe politique française du
principe de subsidiarité. - Enfin, nous avons épargné à nos lecteurs
les autres questions à l’ordre du jour de cette séance (choisie au hasard,
précisons-le) dont la plus excitante portait sur le sérotype 1 de la
fièvre catarrhale ovine dans les Hautes Pyrénées. Et on s’étonne qu’il
n’y ait parfois que dix députés en séance et que les Français se désintéressent
de la politique ! Le 11 juin 2008
| |||||||||||||||