POUTINE : L’OTAN RECONSTRUIT LE MUR DE BERLIN


Nous avions volontairement passé sous silence la visite à Paris de Vladimir POUTINE, nouveau premier ministre de la Russie, reçu comme il se doit en vrai chef d’Etat. Il a rencontré Nicolas SARKOZY et François FILLON pour des entretiens « francs, parfois assez serrés, toujours constructifs ». Le tapis rouge était de rigueur. POUTINE a aussi rencontré Maurice DRUON à son domicile, qui a salué son « ami », nous invitant à lui « faire confiance ». Il a surtout retrouvé son vieux complice Jacques CHIRAC, ils se sont rappelés les bons tours joués à BUSH à propos de l’Irak. A son tour Jacques CHIRAC est allé à Moscou le 12 juin, pour recevoir le prix d’Etat, distinction la plus élevée de Russie, pour « accomplissements exceptionnels dans le domaine des humanités », mot qui manifestement en russe n’a pas le même sens qu’en français. CHIRAC a renvoyé l’ascenseur affirmant : « mon estime tient à la remarquable conduite que tu as eue des affaires de la Russie », l’assurant de « sa très haute estime », rendant « hommage à son action », etc.

Nous aurions passé tout cela sous silence s’il n’y avait eu la suite, à savoir une remarquable interview accordée par POUTINE au quotidien Le Monde. Il y parle clairement de l’élargissement de l’OTAN : « Nous sommes opposés à l’élargissement de l’OTAN en général. L’OTAN a été créée en 1949. Son objectif était la défense et la confrontation avec l’Union soviétique, pour se protéger d’une éventuelle agression, comme on le pensait à l’époque. L’union soviétique n’existe plus, la menace non plus, mais l’Organisation est restée. D’où la question : contre qui faites-vous « ami-ami » ? ».

« Admettons que l’OTAN doive lutter contre les nouvelles menaces : la prolifération, le terrorisme, les épidémies, la criminalité internationale, le trafic de stupéfiants. Pensez-vous qu’on puisse résoudre ces problèmes au sein d’un bloc militaro-politique fermé ? Non. Elargir l’OTAN, c’est ériger de nouvelles frontières en Europe, de nouveaux murs de Berlin, invisibles cette fois, mais pas moins dangereux. La défiance mutuelle s’installe, c’est néfaste. Les blocs militaires conduisent à une limitation de la souveraineté de tout pays membre. Nous savons bien où les décisions sont prises : dans un des pays leaders de ce bloc. Nous craignons que l’adhésion de ces pays à l’OTAN (Ukraine, Géorgie) ne se traduise par l’installation, chez eux, de systèmes de missiles qui nous menaceront ». Traduisons : ce sont les Etats-Unis qui menacent la paix du monde, comme ils l’avaient fait à l’époque de la guerre froide, comme s’ils avaient construits eux-mêmes le mur de Berlin dans les années 60 !

Autre révélation intéressante, concernant les conditions de détention de l’ex-patron de Ioukos, KHODORKOVSKI : le Président MEDVEDEV « doit s’appuyer sur la législation. Lui et moi avons fait les mêmes études universitaires à la faculté de droit de Saint-Pétersbourg. Nous avons eu de très bons professeurs, qui nous ont administré un vaccin : le respect de la loi. Je connais MEDVEDEV de longue date. Il va respecter la loi ».  Mais la loi permet d’améliorer les conditions de détention, ose le journaliste : « Bien sûr, mais pour cela, il faut que les personnes détenues satisfassent aux obligations  prévues par la loi ». Volapuk !

Enfin, comment la Russie peut-elle prétendre partager les valeurs européennes, quand la concurrence, en économie et en politique, n’est pas admise, demande Le Monde ? « Je ne vois aucune contradiction. La concurrence, c’est la lutte. Si l’une des parties prend l’avantage, puis l’emporte, cela veut dire que la concurrence existe. Dans tout pays, les acteurs économiques tentent d’être proches du pouvoir et d’obtenir des avantages. Nous avons évoqué un des capitaines de l’industrie pétrolière russe. A une époque, ces personnes se voyaient refuser le visa d’entrée aux Etats-Unis ; on considérait qu’ils étaient liés à la mafia. Soulager son existence en prison, ne serait-ce pas faire deux poids deux mesures ? La lutte pour les privilèges a toujours existé et existera toujours. La Russie n’est pas un cas unique. Nous nous sommes efforcés de tenir à distance égale les représentants du monde des affaires, plutôt avec succès me semble-t-il ». Intéressant mélange, confusion totale, étonnante conception de la concurrence. Peut-être aurait-il intérêt à lire BASTIAT ? Quant à la concurrence en politique, il ne répond même pas à la question. POUTINE ? Un grand démocrate. Un grand économiste.

Le 18 juin 2008 

 
 
 

 

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