ROME, OBJET DES IMPRÉCATIONS MALTHUSIENNES


On connaît la thèse malthusienne : la population augmente plus vite que les ressources alimentaires. Cette thèse est fausse sur le plan démographique : la natalité chute avec le développement. MALTHUS a eu tort d’extrapoler un déséquilibre propre à une phase de transition, pendant laquelle la mortalité diminue très rapidement tandis que la natalité mettra plus longtemps à décroître. Cette thèse est également fausse sur le plan agricole : MALTHUS ne croyait pas que la productivité agricole puisse augmenter. 

Ces idées avaient resurgi avec le club de Rome dans des années 1960, après le très « scientifique » rapport MEADOWS publié sous le haut patronage du MIT. Il y était « scientifiquement » établi que la planète serait à nouveau menacée d’un raz de marée démographique, que la pollution exploserait et que les ressources alimentaires ne pourraient suivre. Tout cela ne s’est pas produit ; en particulier on a avancé successivement les chiffres de 25 milliards d’habitants pour 2050, puis 20, puis 15, puis moins de 10. Les savants experts avaient oublié de tenir compte du changement des comportements lié à la croissance économique, elle-même stimulée par le commerce mondial. Quant aux ressources alimentaires, on a surtout connu, notamment en Europe, des surproductions, des récoltes trop bonnes jetées aux ordures et des montagnes de produits agroalimentaires à la décharge. Tout cela  aurait dû renvoyer MALTHUS et les néo-malthusiens dans les cordes.

Or voilà qu’on nous repasse le plat, accommodé d’une sauce plus soft. Croyons-en la presse: « Des prix agricoles élevés pendant au moins dix ans » pour Le Monde,  « L’OCDE et la FAO annonçant dix ans de prix agricoles élevés » pour Les Echos et « Encore dix ans de prix agricoles élevés » pour Le Figaro. Ce tintamarre médiatique préparait les esprits à un nouvel épisode malthusien, qui vient de se dérouler à Rome du 3 au 5 juin, avec le « sommet de la faim » organisé par la FAO, en attirant tous les puissants de ce monde.

Nul doute que, ces derniers temps, les prix agroalimentaires ont sensiblement augmenté. C’est le cas du blé, du riz, des céréales en général, de la viande, notamment bovine et de la volaille. Cela vient essentiellement du développement d’une large fraction de l’ex-Tiers-monde, notamment des pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil. Ces pays s’enrichissent, faisant sortir des millions d’habitants de la misère, et la population se met en tête de manger plus et de manger mieux : quelle impudence !  Toujours est-il que la demande explose. Du côté de l’offre, des millions d’hectares sont désormais affectés à des produits agricoles non alimentaires, car il faut développer les biocarburants pour satisfaire les écologistes. On en vient à se demander si le remède n’est pas pire que le mal : on nourrit artificiellement les véhicules au lieu de nourrir les personnes. La pression des verts paralyse aussi les technologies agricoles innovantes (comme les OGM). L’évolution actuelle de l’offre et de la demande conduit naturellement à la hausse des prix.

Peut-on pour autant, comme le prétend la FAO, faire des prévisions à plus long terme ? Tout au plus peut-on dire que si le développement se poursuit, la demande augmentera très probablement. Mais on ne peut ignorer que la hausse du prix a une fonction essentielle : stimuler l’offre. La production devrait donc se développer parallèlement à la demande.

Encore faut-il que cette hausse de l’offre soit encouragée par de vrais prix, et non des prix artificiels, fixés par la puissance publique comme aujourd’hui ; que la libre circulation des produits existe sans protectionnisme ni subventions; que l’Etat ne se mêle pas de la production et laisse chacun produire ce qui est demandé par les clients.

Or le récent sommet « de la faim » a été orienté dans une toute autre direction. Le directeur de la FAO Jacques DIOUF a affirmé que « la faim est un problème politique ». La FAO propose « une réponse collective bien coordonnée, et planifiée ». Certes, le sommet a aussi dénoncé le protectionnisme et les manipulations des marchés. Mais la faim n’est pas un problème politique et n’a pas de solution étatique. Il aurait mieux fallu rappeler que la carte de la faim est l’inverse de la carte des libertés économiques. La solution à la faim, ce n’est pas l’Etat, c’est la liberté. Rome, unique objet de mon ressentiment…

Le 18 juin 2008 

 
 
 

 

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