DES TAXIS AUX COULEURS BLEU BLANC ROUGE


L’histoire commence par la grande peur des artisans taxis. Le rapport ATTALI, après bien d‘autres, dénonçait la fermeture totale du secteur. Rappelons par exemple qu’à Paris, c’est une loi de 1937 qui fixait à environ 15 000 le nombre de taxis, à peine augmenté depuis. En raison de cette fermeture, il est pratiquement impossible de s’installer, sauf à acheter une licence, vendue fort cher (jusqu’à 400 000 euros à Orly). A cela s’ajoute le manque de liberté tarifaire. Autrement dit, il n’y a pas de concurrence et ce que constate le client, c’est la pénurie. Selon le rapport ATTALI, entre les taxis ordinaires et les véhicules de petites remises, on pourrait avoir entre 50 000 et 60 000 véhicules à Paris et banlieue. Et la liberté tarifaire pourrait être pratiquée, notamment pour les VPR (tarifs annoncés à la prise de rendez-vous).

De tout cela, les taxis ne voulaient pas, d’où les manifestations, blocages et autres que nous avons connus. Aussitôt le gouvernement fait savoir que, sur ce point comme sur d’autres, le rapport ATTALI est enterré. Mais le gouvernement leur fait aussi savoir discrètement (en fait par la publication d’un autre rapport disant le contraire du rapport ATTALI) qu’il faudrait que les taxis fassent un petit geste pour que la question soit définitivement enterrée.

Des négociations ont donc eu lieu à la suite des grèves. Elles viennent d’aboutir et un protocole d’accord a été signé entre le ministre de l’intérieur, Michèle ALLIOT-MARIE, et la profession.

On y trouve tout un ensemble de petites mesures, plus ou moins intéressantes, mais hors-sujet par rapport au problème de fond. Par exemple, on pourra payer un taxi avec un chèque emploi-service ; on va changer les lumineux-taxi pour améliorer la visibilité ; les compteurs automatisés permettront d’éditer des facturettes détaillées ; des bornes d’appel « intelligentes » seront déployées. Enfin, et c’est ce qui a fait notre admiration, une couleur sera généralisée pour les toits des voitures : il n’y a qu’en France qu’on pense qu’on a besoin de l’Etat pour décider ce type de mesures, et l’on attend avec impatience de savoir quelle couleur aura la préférence de nos dirigeants : pourquoi pas bleu blanc rouge ? Patriotisme économique oblige.

Malgré tout, le protocole aborde le douloureux problème de l’augmentation du nombre de taxis à Paris. 500 licences seront crées en 2008. L’objectif est d’arriver à 20 000 véhicules disponibles en 2012, soit un peu plus de 4000 taxis supplémentaires ; le rapport ATTALI parlait de 50 000 à 60 000 : on est bien loin du compte. Le président de la fédération nationale des artisans taxis ne s’y est pas trompé : « C’est un bon protocole, il renforce la réglementation, alors qu’on était parti sur une déréglementation totale ». Bref, comme le titre Les Echos « les taxis sont satisfaits de leur nouvelle réglementation ». Les clients le seront aussi !

D’ailleurs, si on regarde l’accord de près, le passage à 20 000 véhicules ne se fera pas uniquement par augmentation du nombre de licences, mais aussi par une meilleure disponibilité des véhicules, ce qui réduit en réalité le nombre de véhicules nouveaux et donc le nombre d’emplois créés. Une voie réservée aux taxis (mais aussi aux bus et au covoiturage) sur l’autoroute entre Roissy et Paris permettra de ramener 700 véhicules à Paris aux heures de pointe. De même l’allongement de l’amplitude quotidienne de dix à onze heures augmentera l’offre de 600 voitures ; mais ce n’est pas un accroissement réel du nombre de véhicules.

Rien de bien clair pour la province, si ce n’est que l’accroissement du nombre de taxis sera assurée sur la base d’un index à définir. Ce qui veut dire qu’on part du présupposé que le nombre actuel est bon et qu’il n’aura qu’à évoluer en fonction par exemple de la hausse de la population. Or ceux qui ont attendu vainement un taxi en province, par exemple à certaines gares, mesurent bien la pénurie, actuelle, artificiellement créée. Mais elle sera pérennisée…

Malgré cela, les taxis ne sont pas satisfaits ; ils protestent contre la hausse du pétrole et même contre le coût des réformettes envisagées (adaptation des véhicules). Ils feraient mieux de réclamer la baisse des taxes sur l’essence pour tous, d’accepter la concurrence et la liberté des prix (ce qui réglerait aussi la question de la répercussion des hausses de coûts). Voilà, en tous cas, comment en France on conçoit la réforme et la concurrence.

Le 18 juin 2008 

 
   

 

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