![]() |
|||||||||||||||
|
Nous avions analysé la montée en puissance
des fonds souverains et leur ambiguïté : ils participent à la nécessaire
liberté de circulation des capitaux et des investissements, mais ce sont
des fonds publics et s’ils achètent la majorité des actions d’une entreprise,
on peut apparenter cela à une nationalisation par un pays étranger. Ainsi,
ces fonds ont-ils un comportement imprévisible et risquent de répondre
davantage à des motivations politiques
qu’économiques. Quelle attitude tenir ? Le gouvernement allemand a choisi la voie
du protectionnisme. A l’issue d’un long débat entre chrétiens-démocrates
(CDU) et sociaux-démocrates (SPD) de la coalition, un projet de loi sur
le contrôle des fonds souverains va être soumis aux différents ministères,
avant d’être présenté par le gouvernement au vote des assemblées. Le projet prévoit que tout investisseur
étranger candidat à l’acquisition de 25% ou plus d’une entreprise allemande
devra notifier au gouvernement ses intentions et recevra une réponse dans
un délai non précisé, quel que soit le secteur d’activité. S’il menace « la
sécurité et l’ordre public », le gouvernement pourra l’interdire,
ou encore poser des conditions. Or on sait que les notions de sécurité et
d’ordre public peuvent être interprétées d’une façon plus ou moins élastique.
De plus, ces demandes d’autorisation d’investissement de la part des fonds
souverains seront examinées par l’ensemble du gouvernement, chaque ministère
pouvant faire valoir ses arguments, ce qui inclut donc les ministres SPD.
On imagine qu’ils vont y regarder à deux fois avant de donner leur accord.
En particulier le Ministre du travail se proposait de contrôler les investissements
en prenant en compte leur impact sur l’emploi. Certes, comme le rappelle
Le Figaro, le ministre des finances
(CDU) en voyage dans le Golfe, avait déclaré que « nous serions fous
de barrer la route aux fonds souverains et à leurs 3000 milliards de dollars ».
Mais la pression du SPD a manifestement fait changer d’avis Madame MERKEL. Par contraste, le Secrétaire américain au
Trésor a donné aux investisseurs du Golfe la garantie que son pays resterait
une terre d’accueil pour les fonds souverains. Il s’est contenté de demander
la réciprocité : que les pays pétroliers eux aussi ouvrent leurs
secteurs énergétiques aux investissements étrangers. Ces diverses positions confirment bien que
les fonds souverains posent un double problème. D’une part ils n’ont aucune
raison d’être parce que la finance doit obéir aux lois du marché, et pas
à celle des Etats. D’autre part ils déclanchent
des réactions protectionnistes et créent ainsi un dommage collatéral aux
principes du libre échange. N’oublions pas que la crise de 1929 a engendré
un nationalisme économique qui a conduit à la deuxième
guerre mondiale car le nationalisme économique mène à la xénophobie et
à l’intervention désordonnée des Etats. Le 18 juin 2008
|
|||||||||||||||