L’ÉCONOMIE FRANÇAISE SUR LE SABLE


Si les Français vont partir en vacances dans les semaines qui viennent, l’économie française, pour sa part, est déjà sur le sable. Pour se prélasser après un bon effort, ou pour s’enliser ? Le gouvernement pratique la méthode Coué et demeure optimiste, mais tous les instituts, privés, publics, internationaux, affichent un pessimisme certain. Le gouvernement ne peut pas se contenter de dire qu’ils se trompent tous. Si l’économie française ne se porte pas bien, c’est parce que les réformes sont toujours à faire : seul le remède libéral pourrait sauver l’économie française.

 

Le moral au plus bas, la croissance aussi

Le premier indicateur, c’est la dégradation du moral des ménages. Il ne faut pas sous-estimer l’importance de ces indicateurs psychologiques, car la façon dont les ménages (ou les entrepreneurs) perçoivent le présent et surtout l’avenir est parfois plus importante que la réalité chiffrée. Or le moral des ménages a connu en mai (dernier mois publié) sa huitième baisse consécutive. L’indicateur global du moral des ménages est au plus bas historiquement depuis la création de l’indice, à – 41 (solde des réponses négatives par rapport aux réponses positives). Ils sont en particulier pessimistes sur leur situation financière et même pour le chômage. Et les industriels ne sont guère plus optimistes.

Ensuite, il y a la croissance économique. La ministre de l’économie maintient ses prévisions optimistes et explique que les autres prévisions ne reflètent pas la réalité. Elle s’est glorifiée du chiffre du premier trimestre (0,6% de hausse du PIB). Mais lorsque toutes les prévisions coïncident (sauf celles de Bercy), il doit y avoir quelque chose de vrai. L’OCDE, par exemple, qui a publié ses prévisions pour tous les pays et donc qui ne vise pas spécialement la France, annonce 1,8% de hausse du PIB dans notre pays en 2008 et 1,5% en 2009. Ce n’est pas avec cela qu’on redressera la situation. Un institut privé comme Natixis prévoit même 1,5% dès 2008, avec une stagnation au second trimestre qui s’achève (+ 0,1%) et même au suivant (+ 0,2%). Natixis parle d’une période « très défavorable, avec une probabilité élevée ».

 

L’inflation reste élevée, supérieure à 3% (3,3%), même si nous n’y pouvons pas grand-chose, puisque la politique monétaire est passée sous la tutelle de la Banque centrale européenne. De plus, les facteurs internationaux accentuent le dérapage de certains secteurs, comme l’alimentation et le pétrole. La seule chose que nous pouvons faire ici, c’est de favoriser la concurrence pour maîtriser les prix, mais nous nous heurtons à un certain protectionnisme français (agriculture par exemple) et au refus de toute véritable ouverture des professions et des marchés (nous avons reculé face aux pharmaciens, aux taxis ou aux libraires).

 

Plus de chômage et plus de déficits que les autres

 

Pouvons-nous au moins nous réjouir de l’emploi ? Le dernier taux de chômage officiel est de 7,2% (7,5% avec l’outre-mer). C’est indiscutablement un progrès (nous étions à 8,4% il y a un an). Mais faut-il avoir la cruauté de rappeler que selon les statistiques officielles de l’OCDE, l’ensemble des pays développés est à 5,5% en moyenne, le Japon à 4,0%, les Etats-Unis, que l’on dit si mal en point, à 5,0%, de même que le Royaume-Uni. Et surtout ce recul du taux de chômage ne vient pas de créations massives d’emplois, mais de facteurs démographiques transitoires (ralentissement de la population active). Or, à terme, avoir moins d’actifs, c’est avoir plus de chômeurs, puisque l’offre finira par se restreindre.

Le reste est à l’avenant : investissements productifs faibles, consommation en baisse, pouvoir d’achat en recul, commerce extérieur en déficit historique, ce qui traduit nos faiblesses compétitives. Il y a surtout la dégradation, dénoncée par Bruxelles, des finances publiques. On se rapproche dangereusement de la limite des 3%, l’endettement public est toujours largement supérieur à 60%. Mais il n’y a pas que la commission européenne qui nous alerte pour nos déficits, puisque l’OCDE estime que le « dérapage devrait se poursuivre jusqu’à amener Paris à la limite de la sortie de route », selon le compte rendu qu’en fait Les Echos.

 

La belle au bois dormant

 

Résumons : l’économie française est donc déjà en vacances, en roue libre, en RTT permanente. Faut-il s’en étonner ? Rien n’a fondamentalement changé depuis un an. On a beaucoup parlé de réformes, mais celles qui sont vitales n’ont pas eu lieu. Faut-il rappeler que nous sommes champions du monde des dépenses publiques (plus de 54% du PIB) ? Or les dépenses publiques continuent à progresser. S’il y a une légère diminution du nombre de fonctionnaires de l’Etat, ceux des collectivités locales ne cessent de progresser. Faut-il rappeler la situation fiscale, avec un impôt sur le revenu pouvant aller jusqu’à 50% (CSG incluse), un impôt sur les sociétés qui est un des plus élevés d’Europe, des impôts locaux qui explosent ? Or que propose-t-on ? De nouvelles taxes pour régler la hausse de l’essence, ou pour lutter contre la dégradation de l’environnement ou pour payer la télévision publique.

Faut-il alors se tourner vers la Sécurité Sociale ? Jacques GARELLO a démontré qu’on ne s’était pas attaqué au fond du problème des retraites, les mini-mesures envisagées (réforme des régimes spéciaux, 41 ans de cotisations) ne réglant pas la question de l’explosion du régime par répartition. L’assurance-maladie est à la dérive et on ne cherche à redresser les comptes qu’en s’attaquant à la liberté de la médecine et en montrant du doigt les professionnels de santé. Cette année, les déficits sont « stabilisés », mais la Cour des Comptes ne veut pas avaliser les résultats.

Les rigidités administratives, sociales, structurelles persistent : SMIC créateur de chômage, limitation du licenciement, donc de l’embauche, contraintes pesant sur les entreprises, professions fermées, services publics ruineux, prix fixés par la puissance publique, absence de concurrence, protectionnisme, entreprises publiques,… L’héritage de COLBERT est toujours présent et nous n’avons guère progressé depuis, au contraire.

Reconnaissons à Nicolas SARKOZY un mérite : il a parlé de la nécessité de la réforme et de la rupture. Mais il n’en a pas tiré les conséquences. Les réformes mises en œuvre représentent à peu près 1% de ce qu’il faudrait faire : à ce rythme là, nous en avons pour cent ans. L’économie française s’est endormie sur le sable.

Le 24 juin 2008

 
 
 


 

 

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